Ahmed Souab : « On a perdu la bataille contre la corruption »

Ahmed Souab - L'Economiste Maghrébin

Depuis plus de cinq ans après le 14 janvier 2011, le pays est absorbé, dans un premier temps, par la lutte contre le terrorisme auquel vient s’inviter celle contre la corruption.

Objectif : Mener la guerre contre la corruption pour avancer vers un avenir meilleur. Mais existe-t-il une stratégie nationale de lutte contre la corruption ? C’est autour de cette problématique qu’un colloque  a été organisé aujourd’hui par le Tunisian Center for Global Security Studies, en collaboration avec la Fondation Hanns Seidel, durant lequel les experts présents ont tenté d’apporter leur témoignage  sur ce fléau.

Chawki Tabib, président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, a déclaré: « Il est évident que nous sommes en guerre contre la corruption, même si le chef  du gouvernement l’a déjà inscrit parmi les priorités du gouvernement d’union nationale. Il est temps aujourd’hui d’instaurer une stratégie commune, comme on l’a fait contre le terrorisme. Mieux vaut tard que jamais  car il y va de l’avenir des citoyen tunisiens, de nos enfants mais aussi et surtout des générations futures ».

D’après M. Tabib, il faut y aller à cette guerre contre la corruption. Il a indiqué : « Quand on parle de guerre on parle de la répartition des tâches, mettre sur pied une stratégie pour combattre l’ennemi. Malheureusement, on assiste à un véritable jeu de ping pong entre ceux qui protègent les corrompus et ceux qui s’opposent au système de la corruption. »

Comme il a également souligné qu’aucun pays au monde n’a réalisé zéro corruption, en poursuivant: « Aujourd’hui, la corruption s’est ancrée dans la société. Si on se compare aux autres pays comme la Finlande, la Suède, le Danemark… jusqu’ à maintenant, ils luttent contre la corruption. Si on arrive à mettre en place une stratégie viable, ce serait une grande avancée en la matière ».

La bataille du président de l’instance révèle l’état du système qui n’a pas changé en continuant que pour le combattre, il lui faut des textes de loi et  un cadre juridique. Plusieurs volets tels que les déclarations des biens, la protection des témoins, une loi relative aux conflits d’intérêts…devraient être touchés.

Par ailleurs, M. Tabib s’insurge : «  Le système est corrompu. Il encourage la corruption et protège les corrompus. Ce qu’on appelle les grands corrompus  ont recours aux grands moyens, en contournant les textes des lois en leur faveur; ce qui n’est pas le cas pour les petits corrompus « .

« Absence de volonté politique, c’est la face sombre du pays », c’est par ces propos que le juge Ahmed Souab, près du Tribunal administratif, a ouvert son intervention. Selon lui, le constat est clair : il y a absence de ressources financière et humaines.

Il précise: « En tant que magistrat,  je peux dire, haut et fort, qu’on a perdu la bataille contre la corruption car où  en sont les dossiers de Abdelfatah  Amor ? Plus de 300.000 dossiers, parmi eux les dossiers de l’ATCE, les hommes des médias,  l’affaire Adel Dridi… En somme, il n’y a pas de transparence et de ce fait il n’y a aucun résultat.  Tant que la vérité sur les corrompus  n’est pas dévoilée, la lutte contre la corruption est vouée à l’ échec ».

L’ancien secrétaire d’État aux Affaires sécuritaires, Rafik Chelly, abonde dans le même sens, à savoir l’absence d’une volonté politique.  Il conclut : « S’il y avait cette  volonté politique, on mettrait  fin à ce fléau. Chacun a une responsabilité. Il faut trouver d’autres moyens pour éradiquer ce phénomène comme  des campagnes de sensibilisation… »

Quand on veut instaurer un Etat de droit,  c’est avec des hommes et des femmes qui sont des valeurs sûres  parce qu’elles ont su garder leur confiance en la justice. Bien que la stratégie nationale n’ait pas encore vu le jour, il y a urgence. Il est temps d’y aller !  Telles sont les conclusions  de cet aréopage d’ experts.

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