L’Arabie saoudite sur la voie de l’après-pétrole

Pétrole Arabie saoudite L'Economiste Maghrébin

L’Arabie Saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, est à un tournant de son histoire économique. Grande puissance du Golfe, la pétromonarchie se trouve fragilisée par la chute des cours du brut. Fin septembre, lors de la réunion de l’OPEP à Alger, l’Arabie Saoudite a accepté de limiter sa production de pétrole pour soutenir les prix du baril. La chute des cours du pétrole a provoqué une nette baisse des revenus issus des pétrodollars. Une nouvelle donne qui a finalement conduit le royaume saoudien à s’engager sur la voie d’une reconfiguration de son modèle économique.

La manne pétrolière a financé l’industrialisation et l’urbanisation du pays et laissé prospérer  un Etat-providence s’appuyant sur une administration pléthorique. Le niveau élevé du PIB par habitant ne saurait néanmoins masquer des signaux sociaux négatifs apparus ces dernières années: 30 % des moins de 25 ans sont au chômage et environ 13% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le problème de la redistribution sociale de la rente pétrolière est patent. Tandis que les richesses (y compris celles issues des marchés publics et de l’immobilier) sont captées essentiellement par les membres de la famille royale, la population pauvre subit de plein fouet une inflation forte et une crise du logement, à tel point que le pouvoir saoudien a dû mettre en œuvre en 2002 une « stratégie nationale pour remédier à la pauvreté ».

La situation économique et sociale s’est aggravée avec la baisse du prix du baril (de près de 60% en deux ans). Selon les estimations de l’institut saoudien de statistique, l’activité du secteur non pétrolier a fléchi de 0,7% au premier trimestre 2016. La croissance en volume de la production pétrolière (+5,1%) a néanmoins permis de contrebalancer les faibles résultats de l’économie hors hydrocarbures. Certes, le pays dispose encore de réserves non négligeables (environ 560 milliards de dollars). Il n’empêche, celles-ci fondent de manière assez vertigineuse: la chute du prix du pétrole a creusé les déficits publics (près de 13% du PIB pour 2016) et a poussé le royaume wahhabite à puiser dans ses réserves pour effacer les pertes.

Face à cette situation– qu’il ne faut pas non plus exagérer–, le pays cherche à limiter sa dépendance par rapport aux revenus pétroliers, en trouvant notamment de nouvelles sources de (re)financement. L’Arabie saoudite vient ainsi de lancer son premier grand emprunt sur les marchés financiers internationaux. Il s’agit pour Riyad de lever jusqu’à 15 milliards de dollars sur cinq, dix et trente ans. Une décision qui en annonce une autre : une ouverture importante aux capitaux étrangers et une volonté de diversification des investissements et des secteurs d’activités (y compris dans les services). Enfin, l’heure est plus que jamais à l’austérité budgétaire : non seulement c’est la fin de la hausse continue du salaire et des primes des fonctionnaires (au nom d’une stratégie d’achat de la paix sociale), les subventions sur l’eau, le carburant et l’électricité sont largement ponctionnées.

Au début des années 2000, le Royaume s’était déjà lancé dans un vaste programme de réforme de l’éducation et avait investi dans la création de nouvelles universités, afin de promouvoir les sciences et technologies. En 2011, le programme des « Nitaqat », qui impose un quota croissant de Saoudiens dans les firmes nationales, devait avoir des effets positifs sur l’emploi à moyen et à long terme. Conscient que ces initiatives ne suffisent pas, le gouvernement s’est lancé dans un programme de transformation tous azimuts du système économique et social. Le Plan baptisé « Vision 2030 »– dirigé par Mohammed Ben Salmane, fils du roi Salmane, vice-prince héritier et ministre de la Défense– vise à libérer le pays de sa dépendance structurelle des revenus pétroliers. L’après-pétrole est désormais à l’ordre du jour.

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