Ghannouchi, l’Islam « en colère » et les tueurs de masse

Le procédé est désormais classique. Il a été si utilisé depuis la « révolution » et les politiciens en ont tellement usé et abusé qu’il devient un sujet de plaisanterie et de sarcasme. Dès qu’il se trouve embarrassé après avoir fait une déclaration qui provoque des controverses, l’homo politicus tunisien trouve aussitôt la parade en jurant ses grands dieux que jamais il n’a voulu dire cela, que ses propos ont été déformés ou, quand le journaliste détient l’enregistrement, les déclarations ont été extraites de leur contexte.

En fait et pour être honnête, ce procédé éculé, usé jusqu’à la corde n’est pas le monopole de la classe politique tunisienne, mais son usage est assez répandu de par le monde. Tout homme politique qui se respecte, dans quelque pays où il se trouve, dans quelque contrée où il fait carrière dans la chose publique devra avoir eu recours à ce procédé au moins une fois dans sa vie.

Chez nous, s’il y a des politiciens qui recourent systématiquement à ce procédé, il faut les chercher du côté des islamistes d’Ennahdha. La dernière et nième fois que ce parti a eu recours au fameux procédé, c’était il y a deux ou trois jours quand Radio Mosaïque a été accusée de « manque de professionnalisme » parce qu’une journaliste a enregistré une déclaration  du chef islamiste Rached Ghannouchi sur Daech et l’a diffusée telle quelle sur les ondes, sans montage ni manipulation.

La déclaration de Ghannouchi assimilant Daech à « une image de l’islam en colère » a suscité de furieuses réactions non seulement de la part de la classe politique, mais aussi sur les réseaux sociaux. Mais au lieu d’assumer courageusement la responsabilité de ses déclarations, il a tenté de noyer le poisson en s’en prenant à la journaliste, coupable d’avoir fait son travail professionnellement.

Maintenant, venons-en au contenu de la déclaration de Ghannouchi. Les daéchiens, dit-il, sont « une image de l’Islam en colère, une image de l’Islam qui perd la raison, mais nous on ne peut pas qualifier de mécréant quelqu’un qui dit ‘il n’y a de Dieu que Dieu. On peut lui dire qu’il est injuste, qu’il est dans l’erreur, qu’il est extrémiste, qu’il est radical mais on ne peut pas lui dire qu’il est mécréant ».

Entendons-nous bien. Qui sont ces gens que Ghannouchi a visiblement des difficultés à qualifier de mécréants, mais qu’il consent tout de même à leur coller les qualificatifs  d’injustes, d’extrémistes et de radicaux ? Ce sont des coupeurs de têtes, des assassins et des criminels. Ce sont ceux qui ont massacré des dizaines de touristes au Bardo et à Sousse ; ce sont ceux qui ont égorgé nos soldats à Chaambi ; ce sont ceux qui ont tué et qui continuent de tuer les Irakiens et les Syriens par milliers à coups de voitures piégées et de ceintures d’explosifs ; ce sont ceux qui, il y a quelques semaines, ont fait exploser un véhicule piégé dans le quartier de Karrada à Bagdad faisant 450 morts en quelques secondes ; ce sont ceux qui se font exploser dans les mosquées au milieu des fidèles parce qu’ils sont chiites ; ce sont ceux qui ont aligné une trentaine de travailleurs égyptiens sur une plage de Tripoli et les ont décapités parce qu’ils sont des coptes ; ce sont ceux qui ont foncé avec un camion frigorifique sur des innocents dans la promenade des Anglais à Nice, faisant 84 morts et 256 blessés en quelques minutes, et la liste des crimes innommables des hordes daéchiennes est longue.

Ce sont donc ces tueurs de masse que le chef d’Ennahdha a du mal à considérer comme des mécréants. En fait, tous ceux qui ont encore en mémoire les propos de Ghannouchi sur les salafistes qui lui rappellent sa jeunesse, tous ceux qui ont vu la fameuse vidéo où le même Ghannouchi explique à ses interlocuteurs salafistes que « le moment n’est pas encore venu » car « l’armée et la police ne sont pas sûres », tous ceux-là ne peuvent pas s’étonner de la dernière « sortie » du chef nahdhaoui. En revanche, ce qui est étonnant, c’est que la justice n’a jamais pris la peine de lui demander des comptes sur les graves propos qu’il tient. Les propos tenus sur l’armée et la police dans la fameuse vidéo ne sont-ils pas assimilables à un complot contre la sûreté de l’Etat ? Et chercher à ménager les daéchiens en s’interdisant de les considérer comme mécréants, n’est-ce pas éprouver une certaine sympathie pour ces tueurs de masse ?

Mais revenons à cette histoire de « l’image de l’Islam en colère ». Non, les terroristes daéchiens ne donnent pas l’image d’un islam en colère. Parce qu’une religion ne peut pas se mettre en colère. Ce sont les fanatiques qui parlent en son nom qui entrent en transe, accusent de mécréance quiconque ne pense pas comme eux et se donnent pour mission divine de nettoyer la terre des impies. Cela dit, ces fanatiques donnent plutôt l’image d’une honteuse exploitation de l’islam pour des raisons bassement politiques.

Les daéchiens ne sont pas « l’Islam en colère », mais de pauvres bougres ignorants et stupides utilisés par les Etats-Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie qui ont besoin de chair à canon pour la réalisation de leurs objectifs stratégiques dans le monde arabe et, en premier lieu, en Irak, en Syrie et en Libye. Voilà la triste vérité.

Je vous propose cette explication de l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud : « Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres. »

On peut s’étonner que Ghannouchi ait du mal à cacher ses sympathies pour des hordes terroristes qui sont en train d’être pourchassées partout dans le monde et écrasées sous les bombes en Syrie, en Irak et en Libye. Il sait parfaitement qu’ils sont en train d’être éliminées physiquement. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas la survie de cette chair à canon, mais la survie de l’idéologie obscurantiste et destructrice qu’ils portent. Et c’est dans ce sens qu’on peut dire que Ghannouchi de 30 ans du MTI n’est en rien différent de Ghannouchi de 70 ans d’Ennahdha. Hier il était un danger pour le pays et il l’a amplement démontré. Quarante ans après, il l’est toujours.

3 Commentaires

  1. Article propagandiste par excellence!! Ghannouchi a parlé d’un sujet x, soit. L’article, pour relayer ce sujet x, parle d’abord des mensonges des classes politiques et de leur technique selon laquelle ils accusent les médias de manquer de professionnalisme en relayant des informations erronées ou isolées de leur contexte pour se défaire d’une polémique, et ensuite l’on parle du sujet x. Quel en est l’objectif? Certainement pour avancer des informations erronées et isolées de leur contexte tout en faisant croire au lecteur que le politique en cause utilisera inévitablement la technique ci-haut. C’est une technique vieille comme le monde… Ah ces homo-journalisticii tunisiens!!

  2. Lisez un peu quelques livres de spécialiste du terrorisme (particulièrement islamiste) comme Olivier Roy ou Todd. On accuse Rached Ghannouchi de paroles qu’il ait dites, mais légitimerait ces mêmes paroles si c’était quelqu’un d’autre qui l’aurait dit. Le terrorisme BIEN QU’ISLAMISTE, n’a rien avoir avec l’islam. C’est la manifestation d’un mal-être social. En tant que musulmans sunnites, nous n’avons aucunement le droit de remettre en cause la religiosité des uns et des autres. Il n’y a pour juge que Dieu.

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