Critères de convergence de Tunis

Mohamed Abdellatif Chaïbi

Administrer Tokyo, New York ou Shanghai, Paris, toute mégapole de plusieurs dizaines de millions d’habitants, nécessite de grands moyens. Faire en sorte que votre ville soit attractive, fluide, davantage belle et agréable à vivre, en nécessiterait aussi. Autant sinon davantage en moyens matériels et immatériels. Tout logiquement, sans grandes ressources il vous serait impossible d’équiper et de bien gérer une ville de la taille de 1 million d’habitants. Pour vos villes les plus peuplées, vous dépenseriez alors votre peu d’argent, toujours davantage, toujours pour rien.

Tunis

Les Tunisiens, mécontents, roulent sur l’or, l’euro et le dollar 

Un réseau métropolitain ou RFR, des ponts et des échangeurs, qui n’assurent pas une mobilité urbaine convenable, revient à s’endetter pour une infrastructure toujours insuffisante et des usagers toujours plus nombreux, toujours de plus en plus mécontents.

La Tunisie des villes a besoin d’alléger sa concentration démographique plutôt que de se lancer dans de nouveaux grands ouvrages urbains. La Tunisie des régions a plutôt besoin de désenclaver ses terres et de multiplier ses pistes agricoles, que de se lancer dans de nouvelles autoroutes et lignes ferrées. Nos distances réduites nous appellent à en faire l’économie pour le moment.

Les ruraux et les citadins unis

Exode rural élevé et continu, manque de politiques publiques urbaines et rurales conséquentes nous font converger vers les indicateurs des pays voués à la pauvreté et à l’instabilité. Continuer de la sorte, de 27% de la population, le Grand Tunis passera demain à 33%, puis à 35, 40, et puis 50% ; au moins 6 millions d’habitants.

Des taux élevés et dont les conséquences socioéconomiques et humaines commencent à ressortir à travers des citadins, jeunes et moins jeunes, tous insatisfaits de leurs villes. Ils les trouvent peu commodes, peu accessibles. De plus en plus exiguës et repoussantes.

Si l’on y ajoute la cherté de la vie et la lourde fiscalité qui gagnent maintenant les habitants des villes, voilà que nous sommes, au moins, dans les conditions qui étaient les nôtres, l’année 1864. Cette fois-ci ce ne serait pas la faute des ruraux, mais plutôt des citadins. Qui sait encore ? Les deux à la fois ?

Critères de convergence de Tunis

Villes démesurément peuplées. Ce n’est autre que l’éternel problème du dépeuplement rural qui mute et qui nous revient à chaque fois sous une autre forme endurcie. Non résolu, il continue à nous tirer dangereusement vers les déséquilibres les plus critiques et les plus instables.

C’est de loin le principal défi politique de la Kasbah. Comment réussir à donner à la Tunisie sa bonne pesanteur économique, sociale et humaine ? Aucune partie, aucun document ou plan ne devrait s’approprier à sa guise le monopole ou la responsabilité d’une telle lourde réponse.

Seule la méga lecture de nos différents cycles économiques anciens et passés est en mesure de nous y conduire : il s’agit d’asseoir une économie régionale viable. A ce propos deux grandes manœuvres économiques ont été tentées.

La première, d’avant Protectorat, celle du Grand-Vizir Kheireddine. La seconde, du Collectivisme, menée les années 60 par Monsieur Ahmed Ben Salah, alors ministre de l’Economie, des Finances, du Plan et des Affaires sociales. La première intelligente et généreuse a échoué faute de temps. Le mandat ministériel de Kheireddine était court. La seconde a échoué faute de patience et de démarche.

Il aurait fallu mutualiser les fonds, l’argent, et la finance. Jamais, les Tunisiens n’accepteraient d’en faire pareil pour leurs terres, le lait et l’huile, le bétail et les tracteurs. A l’époque, la finance tunisienne n’était pas assez sophistiquée pour penser procéder de la sorte.

Toutefois, ce n’est pas parce que ces deux grandes tentatives ont échoué qu’il faudrait que l’on renonce à recommencer. Adoptons l’intelligence domaniale de la première. Augmentons les concours, mutualisons et fédérons les fonds pour financer l’agriculture et l’agro-alimentaire, et les régions prospéreront. Naturellement et harmonieusement, les taux en population de nos villes surpeuplées baisseront. La mécanique à lancer pourrait se formaliser ainsi : baisser le taux du Grand Tunis de 10 % en 20 ans. Soit de 1% chaque 2 années. Et ce, jusqu’à atteindre les 17% en 2036, presque la moyenne des pays EU d’aujourd’hui.

Le SMAG 600 dinars, ex TMM = TUNIBOR = 0

Un SMAG mensuel net à 600 dinars est fondamental. Aucune économie régionale ne pourrait s’amorcer autrement. Le geste technique devrait être double. Décréter le SMAG à 600 dinars et tenir le SMIG inchangé sur 10 ans.

C’est le bout du fil de soie par lequel il faudrait tirer. La roue aura sa vitesse initiale, fera lentement son premier tour. Mais ce n’est pas tout. La BCT a un rôle déterminant dans cette grande manœuvre économique déterminante. Elle devrait s’y mobiliser selon une doctrine et des réflexes monétaires nouveaux et appropriés.

Faute d’avoir manquer à le faire pour le TMM, le TUNIBOR nouveau doit être aux environs de 0. L’investissement dont le pays a besoin ne peut se penser avec un taux de référence élevé.

Les crédits bancaires à l’Entreprise devraient passer à 100% du PIB. Soit 50% de plus que les niveaux historiques qui étaient bloqués et figés à moins de 50% du PIB. Par an, 40 à 50 milliards de dinars  viendront alors financer l’économie régionale que nous devons impérativement asseoir et fiancer au mieux par nos propres moyens.

Doctrine financière à changer

La BCT, nouveaux statuts, indépendante, conseillère économique, a alors un très grand et sensible nouveau rôle à jouer. Elle ne devrait pas omettre de se pencher ou de maintenir le débat sur certains de ses nouveaux rôles ou articles refondateurs. Les filtres des tests sont simples : la croissance et l’emploi., Quel Article bancaire aide à la croissance et lequel la freinerait ou n’aiderait pas à l’emploi ?

Notre économie étant sous- bancarisée, en manque de financements, faudrait-il alors aider à l’installation de nouvelles banques ou légiférer pour rendre le métier fermé ? Devrait-on parler de capital initial pour le lancement d’une banque ou plutôt de capital minimum ? N’est-ce pas qu’il est non productif, non compatible avec la croissance, que de fixer un capital minimum à 40 millions de dinars ?! Est-ce un capital d’entreprise ou un ticket de rente ou d’entrée à un marché ? Une seule grande banque des Régions ? N’est-ce pas qu’il nous faudrait plusieurs, de différents créneaux, mutualistes par essence.

La Loi bancaire, en imposant aux banques le statut des Sociétés Anonymes, n’empêche-elle pas de voir créer ce type de banques dont toute économie régionale en a par excellence besoin ? Conseillère, la BCT devrait se déployer pour pousser le pays à changer son ancestrale doctrine financière. Une doctrine plutôt fiscale qui s’est toujours montrée stérile.

A Tunis, raisonnons plutôt financements que subventions. Renonçons à octroyer des subventions fiscales et des crédits d’impôts aux entreprises. Cela n’avait rien donné auparavant. Ne donnera rien.

Les crédits d’impôts, 30% à la base, devraient cibler les salariés dans les régions dont les rémunérations sont supérieures au SMAG. (Ingénieurs, cadres, enseignants, médecins…). Bien entendu, la série et la cadence de réformes ne devraient pas s’arrêter à ces seuls renouvellements de doctrines. Il nous en reste encore beaucoup à corriger ou à parfaire. Les insuffisances et la réorganisation de notre marché financier en priorité. Le SMAG à 600 dinars, le SMIG inchangé. Dès lors le pays entamera sa ruée historique vers l’Ouest.

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