Conflit syrien : source d’une confrontation franco-russe

Poutine Ukraine L'Economiste Maghrébin
©Sputnik. Sergey Guneev

Le chef de l’Etat russe, Vladimir Poutine, a décidé d’annuler sa visite à Paris, prévue le 19 octobre prochain, pour inaugurer le centre spirituel et culturel russe concentré autour de l’église orthodoxe, situé près de la tour Eiffel.

Cette décision vient ponctuer un imbroglio diplomatique entre les deux pays qui n’hésitent plus à s’affronter publiquement sur le dossier syrien. Cette annulation est grave, car elle traduit l’absence de volonté et l’incapacité des puissances à définir la voie d’une résolution pacifique du conflit syrien. Même si les responsabilités sont partagées dans cette situation de statu quo, elles ne sont pas de même nature.

Côté russe, les dernières vagues de bombardements sur l’Est d’Alep sont incontestablement constitutifs de « crimes de guerre » et pointent la responsabilité de cet Etat dans la crise humanitaire des syriens d’Alep. Le régime de Bachar al-Assad peut toujours compter sur son allié stratégique, qui vient à nouveau d’user de son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer un projet (français) de résolution exigeant « un arrêt immédiat » des bombardements sur Alep.

Côté français, il y a eu une certaine de maladresse à exprimer ouvertement la volonté de transformer la « visite culturelle » de Vladimir Poutine à Paris, en « visite politique ayant pour sujet principal le conflit syrien. De plus, la diplomatie française ne s’est manifestement pas donné les moyens de concrétiser cet objectif, qui pouvait se justifier en soi. Une diplomatie qui a malgré tout su laisser la responsabilité de l’annulation au seul Kremlin, qui passe à nouveau pour un acteur particulièrement rigide…

Dans le même temps, il est aujourd’hui inconcevable d’imaginer une solution au conflit syrien sans un engagement politique de la Russie. Moscou est incontournable pour trouver une solution diplomatique au conflit syrien. Autrement dit, le retour de la paix civile en Syrie passe par la Russie, et pas seulement par Washington ou l’Arabie-Saoudite. Le nier, c’est faire preuve d’une naïveté irresponsable. C’est cette forme de naïveté qui a coûté la crédibilité de la France dans l’affaire syrienne. C’est aussi par le dialogue avec la Russie que la France pourra se rendre utile au peuple syrien.

Dès lors, la visite manquée de Vladimir Poutine à Paris constitue d’abord une mauvaise nouvelle pour les citoyens d’Alep, qui continuent de payer les calculs et autres tergiversations des puissances internationales impliquées dans la guerre qu’ils subissent. Au regard du blocage des négociations russo-américaines, la visite à Paris était l’occasion de défendre le principe d’un cessez-le-feu immédiat. Les initiatives françaises, y compris au sein du Conseil de sécurité, ne pourront aboutir sans le soutien russe. La fin du conflit syrien dépend d’une solution diplomatique pérenne. Or celle-ci dépend plus d’une volonté russe plus que de la volonté française…

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