Alep, Guernica et la propagande américaine

Alep L'Economiste Maghrébin

La machine de propagande occidentale, et américaine en particulier, roule à plein régime. Alep, nous dit-on, est le « Guernica du XXIe siècle ». Pour ceux qui l’ignorent, Guernica est cette ville basque espagnole rasée le 26 avril 1937 par l’aviation de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste et dont le calvaire a été immortalisé par la célèbre œuvre d’art de Pablo Picasso qui porte le même nom que la ville martyre.

Selon les médias occidentaux donc, le terrible calvaire de Guernica est en train de se reproduire à Alep et les responsables ne sont autres que « le sanguinaire » Bachar al Assad et le « dictateur » Vladimir Poutine.

Depuis cinq ans, Alep est occupée par un extraordinaire foisonnement de milices et de groupes terroristes soutenus, financés et armés par le trio Turquie-Qatar-Arabie saoudite. Des centaines de milliers d’habitants étaient pris en otages et vivent sous la terreur de groupes takfiristes qui n’hésitent pas à décapiter quiconque surpris en train de fumer une cigarette ou boire un verre d’eau pendant les journées torrides du mois de Ramadan. Mais cela ne posait aucun problème pour les médias occidentaux qui aujourd’hui versent des larmes de crocodile sur le sort d’Alep. Tant que les exactions sont commises par les groupes armés qui tentent depuis cinq ans de détruire le régime syrien, tout est dans l’ordre, car leur objectif est le même que celui poursuivi par les milieux officiels à Washington, Paris et Londres.

Le problème se pose donc dès l’instant où il était devenu clair que le régime syrien dispose d’assez de forces et de soutiens pour écraser les groupes armés et libérer la deuxième ville du pays. Là, c’est le branle-bas de combat, c’est l’alerte générale dans les salles de rédaction du New York Times, du Wall Street Journal, du Figaro, du Monde, du Daily Telegraph, sans parler des grandes chaînes de télévision.

Il est intéressant de rappeler ici que ce sont ces mêmes médias qui, sur des décennies, ont diabolisé Jamal Abdennacer, Saddam Hussein, Hafedh al Assad, Mouammar Kadhafi et aujourd’hui Bachar al Assad. Celui-ci, soutenu par la Russie, l’Iran, le Hezbollah et des milices irakiennes, semble déterminé à écraser les terroristes d’Annosra et tous ceux qui combattent à leurs côtés et de libérer Alep « quel qu’en soit le prix », insiste-t-on dans les milieux officiels à Damas.

Il est vrai que le prix de cette libération est exorbitant, l’ampleur des destructions effrayantes et le nombre des victimes civiles excessivement élevé. La question qui se pose est la suivante : qui est responsable du désastre d’Alep et du calvaire de sa population?

Revenons quelques semaines en arrière. Un accord de cessez-le-feu en Syrie a été signé entre la Russie et les Etats-Unis le mois dernier. Il préconise un arrêt des hostilités sur tous les fronts pendant 48 heures, et s’il fonctionne, un prolongement d’une semaine, le temps pour les « groupes armés modérés » de s’éloigner des terroristes d’Annosra. Une fois la séparation faite, l’aviation américaine rejoint l’aviation russe et elles bombarderont côte à côte les rejetons d’Al Qaida et nettoieront ensemble la ville d’Alep du terrorisme djihadiste.

Et de fait, cet accord est entré en application le 12 septembre à 18 heures. Et cela a marché pendant 48 heures. On a prolongé d’une semaine pour permettre aux « modérés » de s’éloigner des extrémistes. Une semaine après, rien n’a changé. Les groupes armés de toutes tendances et de tout acabit restaient regroupés et mélangés. Il était clair que les Etats-Unis n’avaient rien fait pour utiliser leur influence et celle de leurs amis saoudiens et qataris pour favoriser la séparation souhaitée entre « modérés » et « extrémistes ».

Dans ces conditions que doivent faire Bachar et Poutine face à cette duplicité américaine? Continuer d’attendre les bras croisés que les terroristes tirent le maximum de profit de la trêve pour relancer leurs attaques? Constatant à juste titre le terrifiant contraste entre la très grave situation et le très peu de sérieux de la puissance américaine, le régime syrien et ses alliés russes n’avaient d’autre choix que de reprendre le bombardement des groupes terroristes en vue de libérer Alep.

La machine de propagande occidentale a aussitôt repris sa campagne de désinformation pour dénoncer « la sauvagerie » du régime syrien et de ses alliés sans poser la moindre question sur les raisons de l’échec de l’accord de cessez-le-feu. Ces raisons sont incontestablement la duplicité, la sournoiserie et l’hypocrisie de la puissance américaine.

Encore une fois celle-ci nous donne la preuve que Daech et Annosra sont des atouts stratégiques qu’elle tient absolument à préserver. Rappelons-nous l’occupation de Palmyre par Daech. Le déferlement des hordes terroristes sur la ville historique syrienne a eu lieu à un moment où « une coalition de 60 pays » guidée par les Etats-Unis s’était fixée pour objectif de détruire l’« Etat islamique ». Des colonnes interminables de véhicules de Daech traversèrent des centaines de kilomètres de désert en toute sécurité, déferlèrent sur Palmyre et entreprirent la destruction de trésors millénaires, le tout au vu et au su de la coalition de 60 pays…

Plus récemment, l’armée américaine a commis « une erreur », selon l’explication officielle, en bombardant une concentration de soldats syriens près de Deir Ezzor. L’ « erreur » a duré une heure et la cible a été bombardée à quatre reprises faisant plus de 60 morts et des centaines de blessés… Il est aujourd’hui clair pour tout le monde que ce bombardement était intentionnel, le but étant de soulager la pression exercée sur les terroristes par l’armée syrienne et de leur permettre de reprendre leurs forces et de préparer de nouvelles attaques. Voici le véritable jeu sournois, hypocrite et dangereux que les Etats-Unis sont en train de jouer en Syrie. Et dès qu’ils se trouvent en difficulté, dès qu’ils sont attrapés la main dans le sac, ils recourent à la machine de propagande dans une tentative de noyer le poisson et d’accabler leurs adversaires russes et syriens. Le problème est qu’ils manquent désespérément de crédibilité pour faire passer le message.

Guernica Picasso L'Economiste Maghrébin

 

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