Ecole : en attendant la révolution culturelle

La rentrée scolaire s’approche à grand pas. Elle s’inscrit dans un contexte alarmant, caractérisé à la fois par la hausse du décrochage scolaire et la baisse du niveau scolaire. Un double phénomène qui met en péril l’avenir de la Tunisie, un pays dont le modèle de développement est basé sur ses propres ressources humaines, la matière grise étant ici plus qu’ailleurs la première matière. C’est pourquoi, il faut réinvestir dans l’éducation de la jeunesse. Si cet objectif fait consensus, les pouvoirs publics et les acteurs de l’éducation nationale ne se donnent pas encore les moyens de leur propre révolution culturelle.

Dans la tradition républicaine tunisienne, l’école a toujours occupé une place éminente et a toujours tenu un rôle décisif : instruire l’élève, former le travailleur, éduquer le futur citoyen. Or l’école n’assure pas la réussite de tous. Un trop grand nombre se trouve en difficulté à l’école, voire en situation de décrochage et sortent massivement chaque année du système scolaire sans qualification. Ces « décrocheurs scolaires » voient leur espoir de mobilité sociale brisé. Plus globalement, au lieu de répondre à l’une de ses principales vocations – la réduction des inégalités sociales – le système scolaire est devenu au contraire une machine d’immobilité sociale et de reproduction sociale. La généralisation/banalisation  des cours/enseignements privés financés par les parents qui en ont les moyens illustre l’échec de la promesse républicaine de l’école publique.

Cette défaillance du système éducatif mérite de repenser la réussite scolaire en des termes rénovés. Il faut lancer une politique de « réussite éducative » fondée sur une certaine conception de l’élève, dans laquelle l’élève et l’enfant ne sont pas deux êtres distincts l’un de l’autre, où l’élève n’est pas un être abstrait, mais une entité vivant dans un environnement particulier. L’élève – individu, futur citoyen – se rend en effet à l’école avec son bagage personnel, familial, social, culturel. C’est pourquoi, l’action pour la réussite éducative doit être ancrée dans les réalités concrètes et quotidiennes des différents élèves.

La réussite éducative ne se réduit pas à la simple réussite scolaire. La réussite éducative s’inscrit en effet dans une perspective plus large et plus ambitieuse, puisqu’elle vise le développement des élèves conçus dans leur globalité : physique, intellectuel, affectif, social, moral ou spirituel. Partant, notre action prend en considération certains déterminants, qui peuvent être économiques, sociaux, géographiques, culturels ou liés à des problèmes de santé. L’école n’est pas un monde clos, replié sur lui-même. Son environnement ne doit plus être ignoré. Les élèves apportent avec eux dans leur classe les difficultés qu’ils rencontrent à l’extérieur, y compris au sein de leur famille. Dans le milieu social dont ils sont issus. Dans le territoire dans lequel ils vivent et dans lequel vit leur école.

La cause des enfants nécessite de sceller une meilleure coopération interministérielle (allant de l’Education nationale aux Affaires sociales et la Santé), mais aussi avec des partenaires de l’école et acteurs de terrain : associations, collectivités territoriales, professeurs, élus locaux et parents d’élèves. Ainsi, agir dans le cadre de l’école est une condition sine qua non de la réussite éducative, mais ce ne peut être une condition suffisante. L’Éducation nationale, dans sa dimension institutionnelle, a longtemps cru qu’elle pouvait réussir seule et qu’elle se suffisait à elle-même. Les problèmes que sont amenés à rencontrer les élèves sont d’une circonférence plus vaste que celle de la seule enceinte scolaire. Il est impératif pour cela de veiller à bien intégrer toutes les composantes de la vie de l’enfant et de l’élève, à prendre en considération l’incidence de la situation sociale, familiale et territoriale des enfants sur leur parcours de réussite à l’école. Leur réussite éducative fait dès lors appel à de nombreux autres acteurs (associations, familles, collectivités locales) et à des domaines d’action qui vont au-delà de la seule éducation (santé, sport, culture …).

On a trop longtemps considéré que nos valeurs républicaines d’exigence et d’excellence devaient se payer du prix d’une conception trop martiale et trop rigoriste de l’éducation. L’éducation ne requiert ni l’anxiété, ni le stress ou le manque de confiance en soi que rencontrent trop souvent nos enfants sur le chemin de l’école. Il ne suffit plus de rejeter la faute sur les personnels ou les élèves passifs. La souffrance à l’école ne peut plus être ignorée…

La « réussite éducative »  ne saurait dépendre de la seule institution scolaire. En cela, la réforme des rythmes scolaires s’inscrit dans l’esprit même de la réussite éducative. Cette réforme qui a pour objectif de lutter contre l’échec scolaire, prend en considération le contexte territorial, social, culturel et économique et donne tout leur sens aux nombreuses actions de  réussite éducative déjà mises en place localement par les collectivités et les associations.

Au regard de cette ambition porteuse d’une conception de l’élève et de l’école, le ministère de la réussite éducative a développé une politique publique et un programme d’action novateurs destinés à ce que l’école devienne un lieu de réussite de tous les élèves et donc de chacun. Comment ? En menant une bataille sur deux fronts communs et unis : l’action préventive contre l’échec scolaire de trop d’élèves, et l’action volontariste pour la réussite de tous les élèves.

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