Débat : Quelle place pour la réconciliation nationale?

Peut-on parvenir à une réelle réconciliation nationale quatre ans après la révolution?

Un sujet d’actualité qui continue de faire des vagues depuis plus d’une semaine. En effet, aujourd’hui, il est important qu’on puisse débattre du sujet entre les Pour et les Contre. Tel est le sujet autour duquel I Watch a organisé une manifestation, en faisant appel aux personnalités politiques, à la société civile et aux experts de la profession, lesquels ont exposé leur point de vue entre le pourquoi et le comment. Un événement qui défraie la chronique non seulement dans la vie politique, mais aussi sur le plan de la citoyenneté.

La question qu’on se pose est : pourquoi en parler maintenant ? Amnistier les personnes qui étaient de près ou de loin impliquées avec l’ancien régime ou encore celles qui ont commis des crimes, c’est comme dire adieu aux fantômes du passé. On peut aussi dire qu’il s’agit d’une des clés de voûte et l’élément essentiel pour assurer succès de la transition démocratique.

Pour Salsabil Klibi, enseignante en droit constitutionnel à la faculté des Sciences juridiques et membre de l’Association tunisienne du droit constitutionnel, il s’agit d’une question fondamentale, d’abord parce qu’elle concerne la construction de la Tunisie nouvelle qui ne peut se faire qu’après avoir soldé le passé. Mais elle déplore la manière dont la problématique a été posée, déclarant qu’il ne s’agit pas d’être pour ou contre le projet de loi lui-même, mais de savoir ce qu’il représente.

Avant tout, il faudrait poser la question aux Tunisiens : « Sont-ils d’accord sur le principe de la réconciliation uniquement sur le volet économique? Ensuite leur poser la question de savoir quel est le mécanisme qu’ils jugent idéal pour réaliser cette réconciliation. Ce qui est en question ici, c’est le processus de la justice transitionnelle. Qu’a-t-elle réalisé jusqu’ici? », souligne-t-elle.

Nous sommes en panne de justice transitionnelle

Et de poursuivre : « Personnellement, je peux vous dire que quatre ans après le 14 janvier, nous n’avons strictement rien fait sur le plan de la justice transitionnelle, ni du point de vue des blessés, ni des violences qui ont été commises sous l’ancien régime, encore moins sur le dossier économique. Le résultat est nul, nous avons une IVD qui est en panne, avec beaucoup de ses membres qui ont démissionné, une autre instance relative à la lutte contre la corruption inexistante, donc nous sommes en panne de justice transitionnelle. Un autre point important, le président de la République qui est censé unifier tous les Tunisiens dans une politique bien déterminée. Quant on voit le représentant de la présidence qui dit que ceux qui sont contre, sont en fait une minorité qui a perdu les élections, c’est la pire stratégie qu’on peut adopter. Et vous avez très bien vu la réaction immédiate, après cette déclaration, les autres ont répondu: on va sortir dans la rue. »

Pour le président de l’Association tunisienne de gouvernance Moez Joudi, on ne peut pas parler de réconciliation économique nationale, sans faire un rappel de la situation actuelle. Nous avons un taux de croissance qui dégringole, la relance économique ne peut se faire qu’à travers l’investissement qui a besoin d’un terrain propice. Aujourd’hui la corruption a augmenté, 2% PIB tunisien provient de la corruption, selon les données du rapport de la Banque mondiale. Ce projet de loi ne concerne pas les hommes d’affaires qui sont corrompus, cela concerne des hommes qui ont été cités dans des affaires, les fonctionnaires de la fonction publique. Il ajoute : « Ce qui fait que nous avons un taux de chômage qui dépasse les 15% parce qu’il n’y a plus d’investissement. Pour le principe je reste positif ».

Rafika. N, une représentante de la société civile, est contre la corruption, elle explique: « Je suis contre la réconciliation, moi je suis pour les sanctions, après on parlera de la réconciliation. Les personnes présentes qui étaient en faveur de ce projet ont jugé intérêts et bénéfices, elles n’ont pas jugé que cela nuit à la garantie de l’Etat. J’aurais aimé voir des gens qui maîtrisent le sujet et qui soient capables de procéder à un vrai débat. Elle conclut: « Nous ne sommes plus des écoliers auxquels un professeur dicte ce qu’ils doivent faire. Je suis contre ces textes de lois, on ne veut plus laisser les voleurs s’en tirer comme si rien ne s’était passé! Non plus jamais ça, j’ai vécu 30 ans dans une injustice, je ne veux plus revivre cela de nouveau. Nous sommes des citoyens qui sont nés égaux. »

Mais, dans cette nouvelle Tunisie fracturée et divisée, peut-on franchir ce pas considérable de la réconciliation vers une démocratie naissante?

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here