Tunisie : une rentrée politique décisive

Les crayons sont taillés, les cartables sont prêts. Pour les politiques aussi, c’est la rentrée des classes. De fait, seuls les parlementaires ont bénéficié, en Tunisie, d’une pause estivale. La Présidence de la République et le gouvernement n’ont guère chômé. Le pouvaient-ils, vu les attentes sociales, les impératifs du développement et les urgences sécuritaires ! Les défis de la conjoncture ne permettaient pas un relâchement des services de l’Etat. Et d’ailleurs, la pause estivale ne fait pas partie des mœurs tunisiennes, à l’exception des instances parlementaires et des structures scolaires.

La fête du 13 août, célébrant le Code du Statut Personnel et l’émancipation de la femme qu’il a instituée, a permis au président de la République, Béji Caïd Essebsi, d’imprimer sa marque et de faire valoir sa volonté de poursuivre l’œuvre du grand leader et non seulement d’assurer la sauvegarde des acquis. La femme peut désormais exercer, comme son mari, la tutelle sur ses enfants. Certes, la question du chef de famille n’est pas encore remise en question; mais les prérogatives parentales sont, dans une certaine mesure, partagées.

Autre mesure, Béji Caïd Essebsi s’est indigné du fait que des fillettes soient obligées de porter le voile. Cette mesure devait annoncer, à plus ou moins brève échéance, la suppression du voile, dans les institutions scolaires, une nécessité absolue. Fussent-elles modestes et conformes aux exigences de la Constitution, ces initiatives suscitèrent les critiques des traditionnalistes radicaux. D’autre part, le président de la République a fait valoir la nécessaire application de l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes dans les secteurs industriel et agricole. Exerçant ses prérogatives, le président de la République a engagé un arbitrage salutaire entre le gouvernement, l’UGTT et la centrale patronale. Peut-on espérer une trêve sociale, pour assurer la relance de l’économie tunisienne?

Préparant leur rentrée politique, les partis sont à l’épreuve de l’actualité. Appelés à répondre aux attentes des citoyens, ils redéfinissent leurs programmes et restructurent leurs instances. Cette conjoncture suscite des compétitions entre les dirigeants. La vie interne de Nidaa Tounes et l’articulation entre ses diverses composantes néo-destouriennes, syndicales, libéralo-progressistes montrent que ce parti n’échappe pas à la règle. Vivant ce processus, depuis la formation de la coalition gouvernementale, Nidaa Tounes connaît des repositionnements en conséquence. La réunion de son bureau exécutif (Hammamet, dimanche 2 août 2015) atteste qu’il affirme désormais sa collégialité et redéfinit sa ligne politique à la lumière des défis du contexte (programme d’action, stratégie socio-économique, développement des structures). L’annonce de la tenue de son congrès avant la fin de cette année 2015 et l’engagement des réunions préparatoires à cet effet mettent à l’ordre du jour la démocratisation des instances de Nidaa Tounes. Les partis de la coalition et de l’opposition affirment leur engagement au service de leurs programmes. Ils se mettent en scène et élaborent leurs calendriers politiques. Fait d’évidence, les électeurs tunisiens sont excédés et ne veulent plus entendre parler que des véritables enjeux: l’emploi, le pouvoir d’achat, la précarité. La mobilisation électorale devrait appréhender ces attentes prioritaires, dans le cadre de la démocratisation, la transparence et la modernité.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here