Tunisie : Quelle réconciliation nationale?

Aura-t-il fallu attendre quatre ans après la révolution pour que l’on parle de la réconciliation nationale. Un sujet d’actualité qui défraie la chronique dans la vie politique. Il a été l’objet d’un séminaire portant sur le thème « Projet de loi sur la réconciliation nationale, entre raisons et craintes », organisé par le Centre de recherche de l’Islam et de la démocratie.

La question qu’on se pose : peut-on parler aujourd’hui une loi d’amnistie, qui, en effet protège des poursuites judiciaires de près ou de loin les personnes proches de l’ancien régime ou les dissidents, qui ont commis des crimes dans le passé? Parler de la réconciliation nationale pour les uns, équivaut à mettre fin à l’impunité, alors que d’autres s’opposent au principe même.

Pour Radhouane Masmoudi, président du CSID, le sujet est à la fois délicat et difficile, il précise : « Nous avons besoin de faire la réconciliation nationale le plus tôt possible, elle figure comme l’un des objectifs de la justice transitionnelle ».

Il poursuit : « Il faut tourner la page et ouvrir une autre, mais il ne faut pas le faire à la hâte. Tout simplement, je dirai qu’il faut apprendre des leçons du passé pour que cette transgression ne se répète plus dans le futur. La meilleure position est le juste milieu, c’est à dire ni pour ni contre. Ce que je recommande personnellement, c’est d’amender ce projet de loi. Il arrive à la conclusion que ce projet de loi passera « parce qu’il a une majorité qui votera pour ».

L’ancien porte-parole du parti Ettakatol, Mohamed Bennour déclare : « Nous sommes contre, nous avons beaucoup de réserves. Premièrement, parce que cela émane du parti Nidaa Tounes qui a été soutenu par un grand nombre d’hommes d’affaires lors de sa campagne électorale. Et deuxièmement parce que le mouvement Ennahdha le soutient. Et de continuer: « Avant, nous étions sous le régime de Ben Ali qui était dans le fait accompli, aujourd’hui les anciennes pratiques refont surface, voilà qu’une fois de plus les Tunisiens se retrouvent devant le fait accompli. Je rajouterai que la démocratie à laquelle nous tenons, court un grand danger ».

De son côté, le président de l’Observatoire tunisien de l’indépendance de la magistrature a demandé le retrait de ce projet de loi, soulignant pour sa part:  « Ce que je remarque c’est qu’il rejette la justice transitionnelle, qui est absente dans ce texte ».

« Ce projet comprend des irrégularités sur les plans juridique et constitutionnel, alors que l’Etat est l’unique garant de la réussite de cette transition démocratique et le revoilà qui s’éloigne de ses objectifs premiers, à savoir le principe de la justice transitionnelle. Il s’agit d’une légitimité virtuelle qui va dans le mauvais sens”, a-t-il déclaré.

Le membre exécutif du mouvement Ennahdha Abdellatif Mekki penche quant à lui pour la thèse qu’il faudrait revoir le projet de réconciliation nationale, soulignant que c’est un sujet qui ne fait que du remue-ménage.

Il conclut : « Le mouvement Ennahdha n’a toujours pas pris une position officielle. Le projet a été transmis aux spécialistes de la profession qui l’étudieront de près. Le mouvement votera en tant que bloc et non par les voix de chaque député à l’ARP« .

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