La Tunisie a-t-elle besoin d’autant de banques ?

On a rarement autant parlé des banques que depuis l’adoption de la loi relative à la recapitalisation des banques publiques tunisiennes pour les remettre sur pied après avoir été mises à genoux, faute de récupérer leurs lourdes créances.

Visiblement, le secteur bancaire est fortement émietté, dispersant ainsi son potentiel capitalistique, ses clients… dans un environnement dominé par une concurrence extrêmement dure.

A-t-on vraiment besoin d’autant de banques ? Pourquoi ne pas les regrouper ?

Invité sur le plateau d’une émission politico-économique de la radio nationale, M. Mamoghli, universitaire et directeur de recherches à l’Institut des hautes études de Carthage, est revenu sur le secteur bancaire et trouve qu’effectivement, il y a trop de banques en Tunisie.

« Il y a une quinzaine de banques on-shore, si l’on ajoute toutes les autres banques, nous avons à peu près de 25 à 30 établissements bancaires », a-t-il rappelé. D’autres sources parlent de plus de 40 banques en Tunisie.

Or, le paysage peut être dégagé. On peut regrouper les banques de telle sorte qu’il n’y ait que quatre ou cinq grandes banques dont une seule banque publique. La solution est donc de pousser les banques vers ce regroupement par un certain nombre d’incitations, notamment par les exigences en matière de capital minimum. En effet, le fait d’exiger un capital social minimum de 500 MD, ou carrément d’un milliard de dinars, obligerait un certain nombre de banques à fusionner. Voilà une exigence qu’il est possible d’insuffler petit à petit sur deux ou trois années. Il sera possible de faire monter le capital minimum des banques à 500 MD dans une première étape et peut-être à moyen terme à 1 000 MD.

Pourquoi ramasser les banques ? Pourquoi faire en sorte que le paysage contienne moins de banques ?

« C’est pour les inciter à avoir une clientèle plus importante et par conséquent à réaliser ce qu’on appelle des économies d’échelle, a répondu l’économiste.
Et de poursuivre : « Donc plus la taille des banques est importante, plus les charges fixes sont réduites par opération et puis cela permettra aux banques de sortir à l’international. Il faut savoir qu’actuellement une entreprise tunisienne qui voudrait investir à l’étranger, notamment en Europe, ne pourra pas le faire parce qu’elle n’a pas de partenaires bancaires. »

Par conséquent, déduit Mamoghli, il faut absolument trouver des partenaires qu’ils soient français, espagnols, italiens, portugais ou pourquoi pas africains et cela nous handicape énormément.

Vous suggérez un seul établissement bancaire public, dans quel secteur d’activité préférez-vous qu’elle soit ?

« Je suis donc pour qu’il n’y ait qu’un seul établissement bancaire, a priori ce serait la Banque nationale agricole ( BNA ), étant donné le caractère particulier du secteur agricole. »

Et de développer : « Quand on regarde la rentabilité financière des exploitations agricoles, elle n’est pas évidente. Mais quand on considère la rentabilité économique, elle l’est. L’agriculture tunisienne est une activité très importante non pas à cause de sa rentabilité financière, mais à cause des externalités qu’elle dégage en matière d’aménagement du territoire. Donc le fait qu’il y ait des agriculteurs un peu partout contribue à l’aménagement du territoire, à la fixation des populations, donc les gens ne se déplacent pas dans les villes, avec comme conséquence l’exode rural, le manque de main-d’œuvre agricole, dont le pays souffre énormément. L’idée essentielle est de soutenir ce secteur, et par conséquent s’il y a une banque publique à maintenir, cela serait la BNA, qui, peut intervenir dans d’autres secteurs. Et d’ailleurs, elle intervient déjà entre autres et surtout dans l’industrie agro-alimentaire. »

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