Tunisie : N’aurait-on pas pu recapitaliser la STB et la BH sans recourir au trésor public ?

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Chokri Mamoghli

Pour l’universitaire tunisien et directeur de recherches à l’Institut des hautes études de Carthage, Chokri Mamoghli, la recapitalisation des banques publiques était nécessaire, il fallait injecter des fonds. Mais sous quelles formes ? Selon lui cela est discutable.

« En effet, il était possible d’injecter de l’argent frais sans recourir forcément à l’argent public. Il était possible d’associer des partenaires privés qui auraient un savoir-faire très particuliers et bien établis dans le métier de la banque, et pourquoi pas, suggère-t-il, des partenaires européens, nord-américains ou même certaines grandes banques africaines, et cela était possible », a-t-il déclaré vendredi 14 août 2015, sur les ondes de la Radio nationale.

« La question de savoir s’il fallait ou non injecter des fonds ne se pose pas, c’était inévitable, étant donné la situation financière des trois banques publiques et plus précisément leur liquidité. À ce niveau-là, il fallait injecter des fonds afin de pouvoir aider ces banques à surmonter leurs difficultés. Alors qu’il existe plusieurs solutions, les autorités ont choisi celle de la recapitalisation, c’est-à-dire de l’augmentation du capital de deux banques», poursuit-il.

Pour  mieux développer sa thèse, Chokri Mamoghli explique qu’à ce niveau-là, il était tout à fait possible de s’associer à des partenaires étrangers qui auraient racheté une partie de la participation de l’Etat dans les deux grandes banques et procéder à une augmentation du capital. Donc, deux opérations, à savoir rachat total ou partiel des participations de l’Etat, et augmentation du Capital. Il n’est pas uniquement question d’apport d’argent frais, mais également une question de réseaux bancaires à l’étranger, fait-il remarquer.

Notons que l’Assemblée des représentants du peuple ( ARP ) a adopté la semaine dernière la loi relative à la recapitalisation des deux banques publiques en l’occurrence la Société tunisienne de BanqueSTB ) et la Banque de l’habitat  (BH ) à hauteur de 867 MD. Des voix se sont élevées contre cette opération pour s’opposer farouchement à la décision d’injecter de l’argent public dans les caisses de ces banques.

Pourquoi, disent les uns ? Est-il vrai que cette opération est un moyen d’éponger les créances carbonisées de ces banques, s’interrogent les autres ? Pour les plus sceptiques, cette solution ne saura pas résoudre le déficit de ces banques. Que répond l’expert en gestion, Chokri Mamoghli ?

« Ceci dit, la solution qui a été choisie n’est pas catastrophique, au contraire c’est bonne solution qui va également apporter de l’argent frais à la STB et à la BH. Je dirai d’abord qu’il est légitime qu’il y ait un débat national à propos des entreprises publiques qui ont participé au développement du pays, ce qui est tout à fait naturel, c’est le jeu démocratique. Il faut que la société civile et les partis politiques de la majorité et de l’opposition se prononcent sur la question.»

La question de savoir s’ils ont tort ou raison d’adopter la loi de recapitalisation avec de l’argent public, c’est autre chose, affirme Mamoghli. Personnellement, confie-t-il,  j’ai tendance à dire que la solution qui a été prise est la bonne et que le fait d’augmenter le capital ne signifie pas que l’Etat va effacer l’ardoise et que les crédits qui ont été accordés et non encore remboursés vont être effacés. Cela n’a strictement rien à voir.

Par ailleurs, il a tenu à rassurer que le fait qu’il y ait une augmentation ne signifie pas que l’on va effacer les créances que ces deux banques ont sur les entreprises qui avaient bénéficié de crédits et sur lesquels on peut dire quelques mots :

« Les gens qui ont tendance à penser qu’il ne s’agit que de bénéficiaires du secteur privé cela n’est pas vrai, il y a également une ardoise laissée par les grandes entreprises publiques. Il faut savoir que les dettes cumulées des grandes entreprises publiques sont d’environ trois milliards de dinars. Donc cela se traduit d’abord sur les liquidités de ces entreprises, car elles sont toutes dans des situations de découverts bancaires et par conséquent elles sollicitent toutes le système bancaire et d’une manière particulière les banques publiques à savoir la STB, la BH et la BNA. »

Par conséquent, conclut-il,  il n’y a pas lieu de dire que seul le secteur privé est à l’origine des difficultés du secteur bancaire.

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