Tunisie – 13 août : Le combat des femmes tunisiennes se poursuit chaque jour

Beaucoup d’acquis mais encore tant de chemin à parcourir pour les femmes… Voilà ce que pensent une bonne partie des Tunisiennes, tandis que pour d’autres les acquis sont plus ou moins fragiles et leurs régressions sont nombreuses.

Elles sont politiciennes, artistes, sportives, femmes au foyer, entrepreneures, chefs d’entreprises, fonctionnaires, agricultrices, artisanes,  écrivaines, leur combat est le même, continuer de lutter pour une société meilleure et être soi-même, simplement être Femme.

Plus de cinquante huit ans après l’indépendance, les acquis de la femme restent les mêmes, aussi bien dans la première Constitution, du temps de Bourguiba, que dans celle du 27 janvier 2014, quatre ans après la Révolution.

En effet, l’article 46 de la Constitution énonce clairement: « L’Etat s’engage à protéger les droits acquis de la femme, les soutient et œuvre à les améliorer. L’Etat garantit l’égalité des chances entre la femme et l’homme pour assumer les différentes responsabilités et dans tous les domaines. L’Etat œuvre à réaliser la parité entre la femme et l’homme dans les conseils élus. L’Etat prend les mesures nécessaires afin d’éradiquer la violence contre la femme”.

Pour Khedija Lemkecher, cinéaste tunisienne et productrice, qui a entendu parlé du 13 août dès son jeune âge, cette date est devenue plutôt politisée. « La femme est sous représentée sur la scène politique, mais je suis optimiste, elle avancera  à tous les niveaux y compris dans la vie politique,  simplement il faut agir dès maintenant. « 

Interrogée sur la situation de la femme artiste d’aujourd’hui, elle a répond: « La femme artiste subit encore la discrimination de la société, qu’elle soit danseuse, chanteuse ou comédienne. Et cela revient à dire qu’on est face à un problème de mentalité qui ne peut être changé qu’à travers l’éducation et la culture. Mais ce qui se passe réellement, quand on parle de parité, d’égalité homme-femme, ou encore du code du statut de la femme, s’arrête malheureusement à la théorie et non de la pratique. »

Et de poursuivre : « Je trouve que nous sommes en train de reculer quand je vois une jeune fille qui réfléchit à  ce qu’elle va porter comme vêtement, de crainte qu’elle soit harcelée dans la rue.  Je m’interroge, jusqu’où irons-nous ? Mais quand je fais un feed-back du temps de Bourguiba, je vois ma mère porter des mini-jupes et personne pour la déranger. Voilà où nous en sommes aujourd’hui,  face à ce fossé qui nous sépare. »

Elle enchaîne : « Une liberté que nous sommes en train de perdre petit à petit. Moi je dirai ne restez pas sur la théorie, agissez! »

Pour que la femme ait sa place dans la société, c’est souvent le parcours du combattant, comme ce fut le cas d’Eya Essif, Présidente directrice générale de l’entreprise éco-bois, spécialisée en moulage de bois, en particulier les palettes en bois moulé, un première start up en Afrique et dans le monde Arabe. Voici ce que le 13 août inspire à cette femme chef d’entreprise.

« En Tunisie, on n’a jamais pensé qu’il s’agissait d’un problème de parité homme-femme. La femme d’aujourd’hui est l’avenir de l’homme car c’est grâce aux femmes que ce pays  est structuré. »

Elle poursuit: « Nous avons 60 ans d’histoire depuis l’indépendance, mais récemment nous avons connu un petit fléchissement et nous nous sommes redressés grâce aux femmes qui savent traiter les hommes avec beaucoup de diplomatie. »

Dans un autre domaine, celui des femmes intellectuelles, l’exemple de Mme Mounira Hamza est édifiant. Elle démontre qu’il n’y a pas d’age pour réaliser ses rêves et fait la guerre aux idées reçues. Celle qui a obtenu son diplôme d’Etat en littérature et linguistique française le 19 mai 2015, à l’âge de 85 ans, se confie. « Si je me décris, je dirais la persévérance. Je suis parvenue, tout en enseignant, à préparer des concours jusqu’à l’obtention de mon Diplôme d’études approfondis 1993, qui m’a permis de m’inscrire au Doctorat plus de vingt ans plus tard. »

La femme tunisienne a beaucoup évolué depuis le code de statut personnel et elle aspire à tout : être présidente, PDG, oeuvrer dans le domaine du social et représenter pour ses enfants une lumière. « La femme de maintenant est moderne, capable d’arriver très loin et j’admire son évolution », indique-t-elle.

Des femmes tunisiennes  qui témoignent de leurs expériences, racontent leur vision de la situation de la femme, dont le combat est de relever des défis qui sont loin d’être finis, au contraire ce n’est que le début de l’histoire.

Ces femmes qui ne connaissent pas la fête du 13 août…

Les femmes rurales sont pleine de ressources, elles contribuent aux charges de leurs familles. Et comme toute femme qui veut être autonome, indépendante, elles aussi ont envie de changer, d’aller de l’avant.

Etre mieux équipées, avoir accès aux besoins essentiels du quotidien, assurer les études scolaires de leurs enfants, voilà ce qu’elles demandent. Une vie simple.

Mais, les femmes rurales sont également celles qui sont les plus touchées par la pauvreté et la précarité du travail informel. Elles s’expriment dans l’attente de jours meilleurs.

Rencontrée aujourd’hui pendant qu’elles cueillaient les olives, elle s’appelle Leïla, elle a 49 ans et est mère de neuf enfants. Elle nous confie: « J’ai neuf enfants et je travaille pour subvenir à leurs besoins.  Je commence le travail dès 7 heures et jusqu’au coucher du soleil. Mais le seul  jour où je ne travaille pas c’est le dimanche, où quand il pleut. Ce que je peux vous dire, c’est que je travaille plus que mon mari, c’est moi qui suis le pilier dans cette famille. Pour moi, je ne connais pas le 13 août ». 

Femme agriculture L'Economiste MaghrébinWahiba, elle non plus ne sait pas ce qu’est la fête nationale de la femme tunisienne. Elle en parle: « Cela fait un an que je vis ici sous une tente (guitoune) pour récolter le charbon. Toute ma vie se résume entre récolte et cueillette, si vous parlez du 13 août, je ne sais pas de quoi il s’agit. Pareil, je commence à cueillir du bon matin et je finis tard. En tant que femme, je veux avoir une vie simple et que mes enfants n’endurent pas ce que j’ai vécu. Mon souhait est de voir des jours meilleurs, conclut-elle.

Parler de son expérience, de la difficulté d’accéder aux besoins vitaux, c’est le quotidien, et pourtant elles ne demandent pas trop, une vie simple.

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