Rencontres Essid- Ghannouchi et Baccouche-Ghannouchi : Peut-on parler d’entorses ?

Un président de parti qui s’entretient avec un ministre des Affaires étrangères et un chef de gouvernement qui fait le déplacement au siège de ce même parti politique pour rencontrer son président. Voilà qui n’est pas dans les usages. Pourquoi cela s’est malgré tout passé ?

Les politiques et dirigeants de ce rang et de cette trempe ne peuvent l’ignorer : leurs faits et gestes constamment suivis, voire épiés, sont jugés, commentés, interprétés par une grille d’analyse qui permet de faire ressortir des jugements sur les significations de tout ce qu’ils peuvent entreprendre et dire.

Taieb Baccouche, ministre des Affaires étrangères, pouvait-il l’ignorer en recevant, au siège de son département, le 5 août 2015, le chef du parti Ennahda, Rached Ghannouchi? Il en est de même du chef du gouvernement, Habib Essid, qui s’est entretenu, le 7 août 2015, au siège d’Ennahda, avec le même président de ce mouvement, Rached Ghannouchi.

Dans une période cruciale et combien exceptionnelle

Ces deux rencontres ont suscité, comme on s’y attendait, nombre de commentaires parce qu’elles comportaient en elles-mêmes des significations évidentes. Il n’est pas en effet courant qu’un ministre s’entretienne des affaires de son département avec un président de parti, serait-il membre d’une coalition gouvernementale à laquelle ce ministre appartient.

Est-il coutumier du reste qu’un ministre des Affaires étrangères reçoive, même courtoisement, un responsable de parti pour évoquer « la diplomatie tunisienne ces derniers temps et notamment ses rapports avec les pays voisins sous l’impulsion du Président de la République » ? Consulter les annales tunisiennes et étrangères !

L’entretien du président du mouvement Ennahda ne pouvait-il avoir lieu avec le chef du gouvernement ou le président de la République? Tel est du moins souvent l’usage sous d’autres cieux démocratiques. Peut-on penser que le président du mouvement est venu parler d’autre chose que du sujet médiatisé.

Dans le même ordre d’idée, il n’est pas coutumier qu’un chef de gouvernement se déplace au siège d’un parti politique, serait-il composante d’une coalition gouvernementale, que celui-ci préside.

Et l’on s’est perdu en conjectures, notamment en cette période cruciale et combien exceptionnelle marquée par de nombreux événements : vote de la Loi de finances complémentaire, arrestation de djihadistes, contestations, à commencer par Ennahda, de nominations dans les rangs surtout des gouverneurs et des délégués,etc.

Une franche explication à haut niveau

Il est à se demander, à ce propos, si les deux rencontres et les débats qu’ils ont suscités, ne pouvaient avoir lieu au sein de l’instance de coordination des partis au pouvoir, née évidement de la volonté de mieux gérer les actions entreprises par le gouvernement Essid. Cette structure n’est-elle pas constituée de membres des partis au pouvoir désignés à l’effet de coordonner l’action du gouvernement et capable, dans ce même cadre, d’engager ces partis sur les choix à opérer?

Et pourquoi les rencontres citées plus haut n’ont-elles concerné que le gouvernement- et Nidaa Tounes dans la mesure où Habib Essid a été le candidat de ce dernier à la présidence du gouvernement et que Taieb Baccouche, est l’ex-secrétaire général de ce mouvement- et Ennahda? Des rencontres du même type ne pouvaient-elles pas avoir lieu avec les dirigeants des deux autres partis de la coalition : Afek Tounes et l’UPL (Union Patriotique Libre)?

Les rencontres ne peuvent de ce fait que faire émerger deux idées. La première est que c’est Ennahda qui semble avoir des choses à reprocher sérieusement au gouvernement. Ce qui a, peut-être nécessité une franche explication à haut niveau.

La seconde est que pour le gouvernement, Ennahda est tellement important qu’il fallait voir d’abord avec ce mouvement le bon fonctionnement du celui-ci. Le déplacement du chef du gouvernement au siège d’Ennahda accrédite l’idée selon laquelle les points à discuter nécessitaient comme une certaine entorse aux usages et au protocole.

Voilà qui n’est pas pour rassurer certains qui ne souhaitent pas que le mouvement Ennahdha, sorti par la porte du gouvernement en 2014, ne revienne par la fenêtre aujourd’hui. En devenant celui qui pèse de tout son poids sur l’action du gouvernement.

Ou est-ce seulement un épisode courant de la vie d’un gouvernement dont le chef et l’un de ses piliers ont agi vigoureusement pour sauver un édifice combien important, évitant par ce biais la moindre fissure?

1 COMMENTAIRE

  1. La prochaine fois ce sera BCE qui se déplacera jusqu’au siège des islamo-obscurantistes…? C’est normal après tout…puisque le gouvernement ne prend aucune décision d’importance sans en référer au « Vieux de la Montagne » (voir cette réf.)…le Mont des Plaisirs…//Maxula.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here