Cours particuliers : à quand la réforme définitive ?

Alors que la rentrée scolaire n’est pas encore annoncée, les parents d’élèves commencent déjà à contacter les enseignants des matières principales, afin de «  réserver une place » pour leurs enfants dans les cours particuliers. « Peu importe le prix à payer, pourvu que mon enfant excelle et ait les meilleures notes », pense un parent d’élèves, ou «  c’est une année cruciale dans son parcours scolaire, il faut qu’il ait les bases », estime un autre. Cependant, Neji Jalloul le ministre de l’Education voit les choses autrement. Une chose est sûre, le phénomène a pris de l’ampleur. Le directeur de Sigma Conseil a indiqué que le nombre d’enseignants qui donnent des cours particuliers s’élèvent à 200 mille et que leurs revenus mensuels s’élèvent entre 200 dinars et 10 mille dinars.

Le ministre a proposé la réglementation du secteur dans le cadre de la réforme éducative, lors d’une conférence de presse, organisée au siège du Centre national de l’innovation pédagogique (CNIPRE). Ainsi deux choix ont été proposés : soit la création d’établissements spécialisés en cours particuliers qui seront sous la tutelle du ministère de l’Education, soit la dispense de ces cours, exclusivement, dans les établissements publics. D’après les deux propositions, il ne sera plus question de tenir les cours particuliers dans les maisons des enseignants, garages, ou autres espaces qui sont souvent non destinés à l’exercice de ce genre d’activités. D’ailleurs un comité composé de membres du ministère de l’Education et du syndicat de l’Enseignement secondaire se penche sur le sujet, à partir des vacances de l’été, et ses décision seront annoncées ultérieurement.

Syndicats : refus catégorique des cours particuliers

Le sujet est très délicat. Le secrétaire général du Syndicat de l’Enseignement secondaire, Lassaad Yacoubi, estime que la problématique des cours particuliers revêt trois aspects: à savoir le ministère de l’Education qui ne s’est pas mobilisé pour éradiquer ce phénomène, les parents d’élèves qui ne prennent pas soin des connaissance et de l’évolution de leurs enfants, tout en confiant cette tache aux cours particuliers, et l’enseignant « qui a trouvé sur ce chemin là un moyen d’arrondir ses fins de mois. Nous comprenons bien qu’il faille améliorer la situation matérielle du professeur cependant, il faut militer autrement », dit-t-il. Et de conclure: « c’est un crime partagé entre trois personnes le ministère de l’Education, les parents d’élèves et les enseignants ». Et d’ajouter : «  les cours particuliers représentent un marché parallèle qui concurrencent les établissements scolaires publics ».

Mastouri Gammoudi, secrétaire général-adjoint du syndicat général de l’Enseignement de base quant à lui plaide pour que l’école ait le monopole des cours particuliers, afin de bien réglementer le secteur. « Il faut que les écoliers bénéficient des mêmes chances au sein de l’école avec les prix des cours particuliers », explique-t-il; et de continuer que malgré l’existence d’une loi, elle n’est pas appliquée de nos jours.

Qu’en disent les parents d’élèves ?

Pour certains, les cours particuliers sont un passage obligatoire, soit pour le perfectionnement du niveau des élèves qui maîtrisent déjà les notions de base ou pour  renforcer les capacités des élèves faibles. Avec les concours nationaux, l’inquiétude se lit de plus en plus sur les visages des parents qui œuvrent un tant soit peu pour garantir un maximum de conditions favorables pour la réussite de leurs enfants.

Ainsi, Zouheir, fonctionnaire et père de famille, dont la fille vient d’obtenir son baccalauréat mathématiques, avait décidé, en dépit du bon niveau de sa fille de l’inscrire à des cours particuliers. « C’était l’année du Bac, hors de question de laisser les choses au hasard, raison pour laquelle ma fille a entamé des cours particuliers en mathématiques et en sciences », explique-t-il. Interpellé sur le coût de revient, notre interlocuteur a estimé que c’était un peu cher, mais que « tous les moyens légaux étaient bons pourvu que l’excellence soit au rendez-vous » conclut-t-il.

Par contre Raoudha voit les choses autrement. Pour elle, « les cours particuliers ne sont pas utiles pour un élève d’un niveau faible. S’il n’arrive pas à saisir ses cours en classe, comment fera-t-il pour les comprendre en cours particuliers ?» « Mon fils est très faible en mathématiques, en classe il n’arrive pas à assimiler les cours, au début je me suis dis que l’inscrire dans des cours particuliers serait un plus, mais après quelques séances, il s’est avéré que ces cours n’avaient aucune valeur ajoutée pour lui », regrette-t-elle.

En attendant la décision du comité conjoint entre le ministère de l’Education et le syndicat, les parents d’élèves et les élèves ne savent pas s’ils peuvent s’inscrire à des cours particuliers ou pas. 35 jours nous séparent de la rentrée scolaire attendons de voir…

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here