La direction générale de la douane, telle qu’elle travaille aujourd’hui, n’a plus de raison d’être

Nous publions des extraits de l’Interview-document réalisée avec le ministre des Finances Slim Cheker pour en savoir plus sur la situation économique actuelle et le programme de relance, mais aussi pour en faire le suivi…

L’intégralité de l’Interview a été publiée sur les colonnes de notre magazine l’Economiste Maghrébin n°664 ( disponible dans les kiosques depuis le 5 août ). 

L’Economiste Maghrébin : Qu’en est-il du deuxième axe de la modernisation de la douane ?

Slim Cheker : La direction générale de la douane, telle qu’elle travaille aujourd’hui, n’a plus raison d’être. Il faut donc qu’il y ait une évolution pour que tout le travail de la modernisation soit basé sur la gestion et l’analyse du risque, sur le système d’information, sur la pro-réactivité et non pas la rétroréactivité. Nous projetons également de créer 24 directions générales régionales. Il va y avoir un redéploiement de la douane sur le terrain de façon à ce qu’elle soit présente physiquement pour limiter la contrebande. Une présence physique intelligente, scientifique, bien réfléchie et bien structurée.

Nous allons donner aux douaniers les moyens de travailler correctement, grâce notamment au système informatique embarqué dans leurs voitures. Ce qui va permettre d’aller au-delà des documents papiers. Par ailleurs, nous allons créer des quartiers généraux de la douane dans les points névralgiques, c’est-à-dire que nous allons construire des casernes de la douane à l’intérieur du pays, dans des points d’intersection et de passages obligés importants, qui ne sont pas nécessairement situés sur la frontière.

Reste maintenant l’élément humain qui est déterminant, en ce sens que le succès ou l’échec de toute cette réforme de modernisation dépendront de l’acceptation ou du rejet des douaniers à se l’approprier et à faire en sorte qu’elle réussisse. Aussi travaillerons-nous pour que cette réforme émane d’eux et non pas de l’administration centrale. Pour ce faire, nous nous sommes déplacés aux points frontaliers et dans les différents gouvernorats, nous avons tenu nombre de réunions avec la direction générale de la douane…

Nous prendrons tout le temps qu’il faut et nous mettrons en place toutes les études d’impact qu’il faudra afin de garantir le maximum de succès à notre démarche. Le troisième et dernier axe de la modernisation est celui des moyens matériels et financiers à même de permettre aux douaniers de travailler correctement : nouveaux scanners dernière génération, caméras de surveillance, voitures solides, appropriées, des hors bords puissants, informatique,…Pour ce qui est des moyens financiers, nous sommes en train de les chiffrer. La réforme va coûter entre 100 et 150 MD par an, mais elle va nous rapporter de l’argent, changer l’image économique du pays, permettre à la PME de ne pas être menacée dans son existence à cause du commerce parallèle et de la contrebande, (ce sera donc la préserver) et permettre aussi au secteur non réglementaire de rentrer dans le réglementaire.

Passons, si vous le voulez bien, au secteur bancaire et plus précisément à la désignation des DG à la tête des banques publiques : la formule a surpris et même choqué. Où est l’autorité de l’Etat dans tout cela ? Quel sera le mode de gouvernance futur et quel type de relations va s’instaurer entre le management de ces banques et la tutelle ?

Il ne s’agit pas des DG et d’appel à candidatures seulement, c’est un processus global. La première chose, c’est que ce sont des administrateurs qui représentent l’Etat. Ils ont fait eux aussi un appel à manifestation d’intérêt. Nous avons mis en place une commission, avec 50% du secteur public et 50% du secteur privé, établi des critères et sélectionné des administrateurs. Ils siègent déjà dans les Conseils d’administration.

Deuxième point, nous avons coupé en deux la fonction de PDG. Dorénavant, il y aura un président du Conseil d’administration et un DG. Le président sera choisi parmi les administrateurs et le DG sera choisi par appel à manifestation d’intérêt. Pourquoi pas après tout, nous ouvrons ainsi la porte à tout citoyen tunisien qui a la qualification, l’expérience et la compétence. Notre crainte était qu’il n’y ait pas de bons candidats car comme on me l’avait signalé, il s’agit du secteur public, ils ne seront donc pas bien payés.

Aussi sommes-nous en train de changer le décret de rémunération des DG pour pouvoir concurrencer le secteur privé, sinon cela ne marchera jamais. Maintenant, qui commande qui, je ne vois pas ; en ma qualité de ministre des Finances, pourquoi irai-je commander à la place des autres ? J’ai un business plan que j’ai approuvé et sur cette base, je me suis présenté à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) pour demander l’autorisation de recapitaliser. Un contrat programme sera signé entre notre ministère et la banque pour qu’elle exécute ce business plan.

Tant que ce plan est bien exécuté, il n’y a pas de problème. Dans le cas contraire, et il ne faut pas oublier que je suis majoritaire et que j’ai mes administrateurs, je n’ai qu’à me réunir avec ces derniers et voir ce que nous pouvons faire en tant qu’autorité publique. Dans ce domaine, ce qui compte, c’est l’application de la politique de l’Etat. Notre business plan va dans ce sens. Nous allons donc donner aux banques publiques, que nous voulons aussi solides que les banques privées, tous les moyens, financiers, commerciaux, humains, au niveau du système d’information, de la gouvernance, de la gestion et de l’analyse du risque, de l’autonomie… Nous allons être logiques jusqu’au bout, nous allons soutenir ces banques et nous avons déjà commencé à leur donner les moyens pour se développer : le décret de la rémunération est une véritable révolution à l’intérieur de l’administration. Nous allons nous mettre au même niveau que les banques privées et nous donner les mêmes outils et les mêmes armes et que le meilleur gagne.

Le dossier des banques fait partie d’un tout, aux côtés de la modernisation de la douane, de la réforme de la fiscalité, de la modernisation du ministère des Finances. Aujourd’hui, c’est tout le système financier qui va être revu. Les compagnies d’assurance par exemple avec lesquelles j’ai déjà tenu une réunion, ont bien avancé sur une étude stratégique de modernisation. Nous allons voir tout cela fin août. C’est un secteur important, dont on ignore tout et qui n’intéresse personne. Et pourtant, c’est une niche de croissance extraordinaire que personne n’est en train d’exploiter. Moyennant quelques ajustements, notamment au niveau des lois, ce secteur explosera, créant ainsi de la croissance. Les mesures qui seront dégagées de la stratégie que nous allons étudier seront introduites dans la loi de finances de 2016.

C’est donc tout le système financier que nous sommes en train de revoir, car il est resté un peu en retrait, comparativement à d’autres pays comme le Maroc et la Jordanie. Nous avons commencé par les trois banques publiques. Tout de suite après, nous nous attaquerons au système bancaire. Nous avons déjà commencé à travailler avec la Banque mondiale pour qu’elle fasse une étude de diagnostic et de modernisation du système non pas bancaire uniquement, mais de tout le système financier. C’est là un chantier déjà engagé, en collaboration comme d’habitude avec des experts locaux et étrangers, avec l’administration financière et en recourant aux meilleures pratiques internationales qui ont fait leurs preuves et aux bailleurs de fonds internationaux : la BM, le FMI, l’Union européenne et la BAD.

Qu’en est-il de la Tunisian Forein Bank installée en France ?
Elle souffre, elle accuse jusqu’à présent une perte cumulée de 14 millions d’euros (environ 30 MD). Elle a été contrôlée une première fois par les instances de régulation du système bancaire en France. Elle a écopé d’un avertissement consistant en une amende de 700 000 euros que nous avons dû payer. Elle a été contrôlée une deuxième fois il y a un mois. Je sais que les autorités françaises de régulation sont très mécontentes. Le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) s’est déplacé en personne pour trouver un compromis. Nous travaillons sur un plan de redressement de cette banque sur deux ans.

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