La recapitalisation des banques publiques est-elle inévitable ?

Dans un contexte de soutien de l’Etat à la recapitalisation des banques publiques, nombreux sont ceux qui sont en faveur de cette augmentation de capital, alors qu’une grande majorité sont réticents. En définitive, la démarche de l’Etat, vis à vis des trois banques publiques ( STB, BNA, BH),  est-elle productive ou contre-productive ?

Depuis des semaines, le gouvernement avait estimé que les banques publiques pourraient avoir besoin d’une augmentation de capital de 1000 million de dinars pour se renforcer, mais ce montant a été revu à la baisse soit 867 millions de dinars ( 757 millions de dinars pour la STB, 110 millions de dinars pour la BH). Entre-temps, cette démarche a eu l’aval du Conseil du marché financier et de la commission des finances de l’ARP,  et qui  sera discutée en plénière, à partir de la semaine prochaine.

« La vraie question c’est comment renflouer les banques publiques sans plomber le budget de l’Etat ? »  s’interroge Olfa Soukri, membre de la commission des Finances, à un jour de l’audition du ministre des Finances. Pour le cas de la BNA qui  dispose d’actifs pouvant être vendus,  la recapitalisation pourrait se faire à travers l’auto-financement.  Chose qui n’est pas évidente pour la STB qui pose problème, où la partie à blâmer de ce déclin revient en particulier au secteur du tourisme. Quant à son sauvetage, tout passe par des réformes d’administration et autres…, a assuré Mme Soukri.

Levant un bout de voile sur l’évaluation menée des besoins de la recapitalisation, l’ancien ministre des Finances, Slim Besbes, a déclaré que ces banques ne disposent pas de ressources propres et ne respectent pas les normes de la Banque centrale, “ce qu’on appelle les ratio de solvabilité ( autour de 10), et qui  sont inférieurs à ce seuil”, a-t-il dit.

Et de poursuivre : « Il faudrait des mesures appropriées ».  D’après ses propos, plusieurs hypothèses sont à envisager :  il est question que l’augmentation de capital (l’exemple de la STB) provienne de l’Etat. L’Etat fournira à la STB  les 757 million de dinars nécessaires , c’est à dire qu’en fait le contribuable aura ainsi financé d’une manière indirecte son taux de participation. Selon le jargon financier,  il s’agit d’une simple opération comptable du liquide vers l’actif. Or l’autre vision serait de recapitaliser sans recourir au budget de l’Etat : d’après lui,  cela pourrait être réalisé par le biais des ressources provenant des produits de  privatisation non stratégiques. Il a cité dans ce contexte la cession  en 2013 de 50% de la participation de l’Etat dans des banques mixtes comme la tuniso-qatarie  pour une valeur de 100 millions de dinars. Le produit de cette cession n’a pas été reversé  dans les caisses de l’Etat.

Faisant un lien avec la  Loi de Finances initiale de 2015, dans  laquelle a  été adoptée la création d’un fonds de restructuration des banques : “Ce fonds est financé par les produits de cession des participations non stratégiques. Nous avons pas moins de 6 voire 7 participations dans des banques mixtes ( BTL, BTK( 20%), BTE, el Baraka) ce qui qui  revient à dire que l’Etat dispose de fonds utilisables”, a-t-il fait remarquer.

Quant à la participation de l’Etat au capital des banques publiques, Slim Besbes révèle qu’elle est à hauteur de  51% pour le cas de la STB et 52% pour la BH.   En ce qui concerne les entreprises publiques, l’Etat détient 34% de participations. Et de conclure  : “Ce qui laisserait entendre que les actionnaires privés auront un droit préférentiel de souscription, suite à l’augmentation de capital”.

Quant à Souhail Alouini, membre de la commission de la réforme administrative et de la bonne gouvernance , il s’oppose au principe même de la recapitalisation: « Personnellement, je pense que ces banques devraient changer de statut et passer de banques publiques à semi-étatiques. Il est prouvé que la gestion de ces banques n’a pas été rigoureuse  pendant des années, soit aussi bien au niveau des facilités de caisse octroyées que des crédits accordés. Ces banques ont  beaucoup prêté, y compris la STB, à des personnes qui ont profité de leur position sous Ben Ali pour ne pas rembourser ».

Et de continuer : “Je  pense que la solution ne réside pas dans la recapitalisation des banques en question. Ces dernières souffrent surtout de problèmes structurels  ou d’organisation.  Il faudrait pouvoir consulter l’audit de ces banques pour prendre connaissance de leurs vrais problèmes. En tout état de cause, ces banques devraient se prendre en main sans attendre l’intervention de l’Etat ». Et de citer l’exemple de l’Islande qui suite à une crise financière aiguë en 2008  a pu  sauver ses banques de la banqueroute sans recourir aux institutions financières internationales comme le FMI.

Cependant, le vice-président de la Commission des finances à l’ARP, Mohsen Hassen, a exprimé un avis contraire. Il estime que si l’Etat a opté pour la recapitalisation, c’est que notre système bancaire souffre de graves dysfonctionnements, et ce, depuis de longues années.  Mais  selon lui, ce qui pose problème c’est le cas de la STB :  « iL’augmentation du capital sera réalisée par l’Etat en tant qu’actionnaire majoritaire et les actionnaires privés peuvent eux aussi participer. Mais nous ne savons pas quelle sera la réaction de ces actionnaires privés. Attendons voir « , a-t-il conclu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here