» Réfléchir à la stratégie des partis politiques sur la participation de la femme à la vie politique »

La représentation de la femme en politique en Tunisie, parvient-elle à établir la parité dans les partis politiques, ou encore à occuper des postes de décision, des ministères, être présidente, un jour, qui sait? Tel est le débat lancé hier par l’institut arabe des droits humains, au cours duquel plusieurs intervenants ont exposé leur analyse politique. Rencontrée à cette occasion Salsabil Klibi, enseignante en droit constitutionnel à la faculté des Sciences juridiques de Tunis et membre de l’Association tunisienne de droit constitutionnel témoigne de la situation actuelle que vivent les femmes dans la vie politique. Interview…

leconomistemaghrebin.com : Quel rôle de la femme dans la vie politique ?

Salsabil Klibi : Le grand paradoxe en ce qui concerne la femme et son rôle dans la vie politique, c’est qu’il y a un gap, ce fossé entre les textes et la réalité et ce depuis longtemps. On a toujours dit, même si c’est un peu dépassé aujourd’hui, que la Tunisie sur le plan des textes juridiques est en avance par rapport aux reste des pays de la région, un jugement extrêmement optimiste par rapport à la réalité, quant à la participation effective de la femme dans la vie politique.

Pourquoi en parler maintenant, pourquoi ne pas y avoir pensé lors des élections précédentes?

Pourquoi en parler maintenant, parce qu’on s’est rendu compte du fait que les premiers responsables dans ce recul dans la vie politique, ce sont les acteurs politiques de demain, les décideurs de demain, si eux ils ne sont pas convaincus de l’égalité homme-femme, des capacités des femmes aussi bien que des hommes à être dans les postes de décision, demain lorsqu’ils seront élus c’est à dire quand ils seront au gouvernement, ils ne feront rien pour changer la situation.

Que faut-il faire, selon vous ?

Il faudra réfléchir à la stratégie des partis politiques par rapport à la participation de la femme à la vie politique. Qui dit stratégie, dit revoir d’abord les textes qui organisent les partis politiques de l’intérieur, les statuts qui poussent la femme dans les postes de décision. Il faut aussi penser aux recrutements,  y a-t-il réellement une stratégie de recrutement dans les partis politiques ?

Mon observation, qui est personnelle bien évidemment, c’est qu’il n’y a pas de stratégie. Ce qu’on peut remarquer c’est qu’en 2011 et 2014 lors de la période qui a précédé les élections les partis politiques à la dernière minute sont sorti quasiment dans la rue pour chercher des candidates de fortune parce que la loi les obligait à présenter des listes paritaires. Dans les textes, on note que les listes ne seront pas admises si elles ne sont pas structurées sur une forme paritaire. Et voilà qu’ils cherchent Madame telle sans savoir qui elle est vraiment et sans lui donner véritablement l’appui nécessaire.

Et après que s’est-il passé ?

Après les élections, ces femmes candidates ont été oubliées dans les partis. On a même laissé tomber certaines après les élections. C’est pour cela que nous voulons pousser les partis à avoir des stratégies, à chercher des profils qui soient prometteurs, des profils capables d’attirer des voix dans la structuration d’une liste. Un parti politique qui se respecte et qui croit vraiment à l’égalité homme-femme, quand il recrute doit penser à des figures brillantes capables de donner un appui solide. Il faudrait que ces partis accompagne ces candidates avant, pendant et après la campagne électorale même si ces candidates n’obtiennent pas de sièges.

J’ai aussi cette tendance à penser qu’un grand nombre de partis politiques, par leur comportement vis-à-vis des femmes, agissent uniquement par obligation légale et non par conviction.

Entre avant et après, quel constat faites-vous ?

Peut-être avant, sous l’ère de Ben Ali, l’apparence était un label publicitaire, mais aujourd’hui  l’obligation légale ne leur laisse pas le choix.

On observe aussi dans les partis politique une cellule femme, ce qui est à mon sens négatif, parce que ceci renferme la femme dans un ghetto, on les enferme dans une commission alors que la participation de la femme à la vie politique doit être transversale, c’est à dire que leur présence doit être garantie dans tous les domaines. Je suis convaincue que les femmes ont une vision alternative du politique, capables d’avoir un apport sur le plan économique, dans la lutte contre le terrorisme, sur le plan de la sécurité, de l’écologie . C’est dans ce sens que j’appelle à la modification de la stratégie des partis.  Je pense que nous avons assez travaillé sur la législation, il faut travailler maintenant sur les acteurs politiques.

Quelle(s) serai(ent)t, selon vous, la ou les solution(s) du moment ?

Il faut commencer à travailler dès maintenant en vue des élections municipales mais un parti politique qui se respecte doit agir comme si les élections auront lieu demain, ils doivent se préparer dès maintenant et commencer à recruter d’abord d’une manière intelligente, par conviction et non pas contraints et forcés par une obligation légale.

Comment peut-on transformer comme vous venez de dire “ cette obligation” en une conviction basée sur la compétence bien entendu et comment transformer cette mentalité qui semble être la caractéristique de la classe politique masculine ?

La question de la compétence ne se pose pas, je prends l’exemple de la journée d’hier  Journée de la science, si on fait un décompte des jeunes filles lauréates, elles dépassent en nombre les jeunes hommes, il y a vraiment un point d’interrogation. La cérémonie était extrêmement intéressante la proportion homme-femme s’est inversée et dans la récompense des grands chercheurs et des seniors, on voit plus de femmes maintenant dans les recherches. La preuve la cérémonie d’hier. Il faut capitaliser  sur le travail, gravir progressivement les échelons jusqu’à ce qu’elles arrivent aux postes de décision.

Quelle est votre devise dans la vie ?

Le travail et la recherche

Quelle est la personnalité qui vous inspire le plus ?

Alexandra Kollontaï est une militante russe, russo-soviétique,  qui était la première femme diplomate dans le monde,  une militante très brillante et les autorités russes se sont débarrassées d’elle parce qu’elle est devenue très gênante.  Ils l’ont envoyée comme  ambassadrice en Finlande . Elle a réussi à rapatrier les fonds des Romanov à l’époque de l’Union Soviétique.

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