Tunisie : Où sont les femmes dans les médias ?

Donner plus de visibilité aux femmes dans les médias, changer ces mauvaises habitudes où l’on voit bien souvent des hommes en costume cravate invités sur les plateaux télés qui occupent l’actualité de chaque semaine, telle était une initiative lancée par les représentants de divers domaines, médias, syndicats, entrepreneurs, qui se sont réunis lors d’une table ronde organisée dans la soirée du mercredi 15 juillet.

La Tunisie compte trop peu de femmes dans les postes de décision des différents secteurs, a déploré Aida Ben Chaabene, présidente de la Coalition de la femme en Tunisie, ajoutant que l’image de la femme dans les médias ne reflète pas la réalité, encore moins les efforts fournis.

La solution réside dans le travail sur le terrain, ajoute-t-elle, faisant savoir que grâce à son expérience du terrain, elle a observé que 60% des femmes, avant la révolution, ne connaissent pas le CSP ( le Code du statut personnel) : “Instinctivement ces femmes tunisiennes se sont appropriées le CSP sans le connaître vraiment. Prenons l’exemple de la polygamie, elles n’imaginent pas un instant qu’elles pourraient accepter qu’il y ait une autre femme”, a-t-elle dit.

Et de poursuivre : “ Actuellement, en Tunisie on se bat contre deux choses : l’ignorance et les mouvements islamistes qui veulent imposer un projet de société qui n’est pas le nôtre. Notre travail est double, la pluralité pour dire que les femmes tunisiennes sont différentes. Pour faire face à l’ignorance, nous pensons, à partir du moment que nous partons du bas de l’échelle, que nous pouvons réellement changer la donne”.

Tant de femmes compétentes et si peu connues, a estimé Sana Fathallah Ghenima, chef d’entreprise, ajoutant que personne ne peut nier la présence massive de la femme dans la sphère publique. Cependant, cette présence de la femme est restreinte dans le monde professionnel puisqu’elle est sous-représentée. Selon les dernières statistiques, 27% des femmes sont au chômage.
“Il n’ y a pas de visibilité dans le leadership encore moins dans les médias, on est encore dans le stéréotype et dans l’exclusion”, a-t-elle analysé.

Pour donner un éclairage de la situation, il faudrait assainir tout d’abord le climat médiatique au niveau des débats et des talk-show, tel est l’un des points soulevés lors du débat, faisant savoir que pour mettre en valeur une émission, tout réside dans les idées, moins de violences et moins de chamailleries. Toutefois cette sphère médiatique, les producteurs des plateaux tv, les présentateurs ne donnent pas l’opportunité à la compétence féminine, parce qu’ils considèrent qu’elles ne créent pas le buzz ou encore qu’ elles manquent de cran.

Sur le plan professionnel, Sana Fathallah Ghenima a déclaré en tant que chef d’entreprise : “ Ce qui est intéressant chez la femme,  c’est ce mix entre la vie personnelle et professionnelle : à preuve les jeunes candidates qui se présentent pour un entretien anticipent la question galvaudée par la plupart des employeurs sur leur situation matrimoniale. Ce leitmotiv « êtes vous marié(e )?  » ne concerne pas les candidats hommes. Je dis qu’il s’agit d’un formatage qu’il faut absolument briser. Je me rappelle qu’à une certaine époque quand on se présentait pour un entretien, nous nous présentions en tant que femmes libres, guerrières, assumant notre statut public. Si la question du mariage nous était posée, pour moi, il s’agit d’une question d’intimidation qui n’a pas lieu d’être et on refusait d y répondre, alors qu’ aujourd hui on voit qu’il y a un retour en arrière”, a-t-elle regretté.

Interrogée sur le message  à adresser aux femmes, elle a affirmé : « Soyez fières, soyez vous-mêmes, ne vous souciez pas trop de ce qui se dit parce les forces qui veulent vous tirer vers l’arrière sont beaucoup plus pernicieuses que les forces qui veulent vous pousser vers l’avant ; soyez maîtresses de votre avenir et de votre destin. »

Najoua Makhlouf, présidente de la commission femme au sein de l’Ugtt, a parlé de son expérience en tant que syndicaliste où la femme est complètement absente dans les postes de décision, citant dans ce cadre: “ pour 13 membres, nous avons aucune femme représentée. Ce qui nous a incitées à mener une bataille, pour instaurer un quota, qui n’est pas évident du tout : quand on parle du quota on parle d’un cadeau pour les femmes, on parle de discrimination positive largement utilisée dans le monde. Tous les syndicats du monde sont passés par le quota. Ce n’est pas spécifique à nous, il y a cette mentalité que le travail syndical est masculin. Pour que la femme puisse s’imposer il y a tout un changement”.

Et d’ajouter : “ Nous avons proposé un projet de loi qui donne aux femmes des places réservées d’un quota qui est de 20%, c’est à dire pour une équipe de 7 personnes, deux femmes au moins”.

Vers la fin, elle a déclaré: “ Je suis optimiste, comme vous savez les femmes sont persévérantes et nous allons obtenir gain de cause”.

Par ailleurs, l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats, Chawki Tabib présent lors du débat, a fait le point de la situation actuelle: “ J’estime que la position de la femme dans la société civile est à envier, j’ajouterais qu’avec ce climat démocratique les principaux acteurs de cette réussite ce sont les femmes”, a-t-il conclu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here