Les préparatifs de l’Aïd El-Fitr sont en pleine effervescence

crédit photo : abdel-aziz-hali.blogspot.com

J-2, il reste deux jours avant la célébration de la fête de Aïd El-Fitr qui marque la fin du mois de Ramadan.

Mercredi, deux heures après la rupture du jeûne, les étals et les boutiques pour enfants étaient pris d’assaut par les familles, grands et moins grands.  Mais qu’évoque-t-il ce jour? Quels sont ses rituels avant le jour J ? Il s’agit d’un moment de célébration, où on prend le temps de rester en famille ou entre amis, un moment pour renforcer les liens de solidarité, de fraternité, de pardon et de réconciliation. On échange des vœux, on se souhaite mutuellement le meilleur à venir.

Mais c’est aussi un moment, comme le veut la tradition, de s’habiller avec soin en ce jour de fête.

En Tunisie, les préparatifs battent leur plein,  les enfants trépignent d’ impatience ce jour pour porter de nouveaux habits ou encore être récompensés de la“ Mahbet el Aïd”, ou de jouets.

Pour Ramzi père d’une petite fille, rencontré dans un centre commercial, l’Aïd n’est plus ce qu’il était, précisant : “ Tout a changé depuis la révolution, on vivait mieux, on vivait en sécurité, nous ne connaissions pas les mots terrorisme ni attentats dans notre quotidien. De plus, notre pouvoir d’achat a énormément baissé. Tous les produits qu’on importe sont devenus hors de prix, avec les grèves que nous vivons tous les jours, comment voulez-vous que l’on avance dans le bon sens, avec une économie qui est en plein déclin?”, s’insurge-t-il.

Un peu plus loin, Raja, la quarantaine, accompagnée de sa fille Najla, déclare qu’au début du Ramadan, les gens ne sortaient pas beaucoup, mais à partir de la deuxième quinzaine, l’activité commerciale s’est intensifiée. Interrogée sur les prix, elle a répondu : “Je remarque que les prix sont en hausse et pourtant les gens achètent, serait-ce par obligation ou parce que c’est l’Aïd ?  Même chose pour les gâteaux, ils sont hors de prix, autour de 40 d le kg !

Najla, sa fille, étudiante en marketing déclare: “Les vêtements de l’Aïd ne sont plus de mon âge. Ce que je constate c’est que même si les gens sont catastrophés par la cherté de la vie, ils continuent pourtant à débourser. Au  grand bonheur des commerçants qui savent pertinemment que le Tunisien malgré ses hésitations finit toujours par acheter ».

Pour Kaouther, mère de 3 enfants, si le pouvoir d’achat a baissé c’est parce qu’il y a un relâchement au niveau du contrôle, citant l’exemple de sa sœur résidente en France qui a ramené une paire de chaussures qui coûte 5 Euros. La même paire est vendue  en Tunisie à 35 dinars. Il nous faut à présent voyager pour acheter moins cher ! », s’exclame-t-elle.  « Malheureusement il faut faire avec… », ajoute-t-elle résignée.

Chedia, rencontrée dans une pâtisserie, nous confie  que  « la tradition impose d’acheter malgré les prix. Cependant, je n’achète que le strict minimum, même si les envies ne manquent pas ».  Et de poursuivre : “ Cette année, si les gâteaux sont hors de prix, c’est à cause de la spéculation sur les fruits secs : le prix des amandes, par exemple, est passé du simple au double par rapport à l’année dernière !  Idem pour les habits pour les enfants : les costumes sont aussi chers que les confiseries. Quant au choix,  il n’y a pas grand- chose”.

Interrogée, une commerçante a fait savoir que cette année le pouvoir d’achat a chuté parce que les gens n’arrivent plus à joindre les deux bouts vu la situation fragile que vit le pays en ce moment.

Faten, une maman de trois enfants, rencontrée devant une boutique de chaussures, déclare: “ Personnellement je vois que c’est cher. Si je compare les prix affichés début Ramadan et maintenant, je constate qu’ils ont augmenté ». Interrogée aussi si elle compte acheter des gâteaux, elle a assuré qu’elle n’a ni l’envie d’en acheter encore moins l’intention.

Pour Ilhem, mère de deux filles, les gens se contentent de regarder les vitrines plus qu’ils n’achètent. Ses deux filles Manel et Meriem sont aux anges et confient toutes les deux : “Nous attendons impatiemment l’Aïd, nous voulons porter des vêtements neufs. Notre papa se charge de la Mehba ».

Pour Abdellatif, le mari d’Ilhem, les prix ont flambé  :“ Une pièce qu’ il y a un an coûtait 100 dinars est passée à 120 dinars… Il y a toujours cette marge de 20 dinars minimum. »

Et de continuer : “A une certaine époque, ce n’était pas aussi flagrant!  D’une année à l’autre la marge de différence était minime (5%). Aujourd’hui c’est tout à fait le contraire après le 14 janvier seuls certains produits alimentaires ont connu un équilibre, les fruits, les légumes, peut-être bien que le contrôle y est pour quelque chose. Mais les prix des vêtements ont au contraire quadruplé. Selon moi la solution réside dans le contrôle et le retour du civisme qui est absent,” conclut-il.

Indépendamment de la fête de l’Aïd, la hausse des prix a touché tous les secteurs. Avec un pouvoir d’achat érodé au plus haut point, cette fuite en avant n’augure rien de bon.

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