Zone Euro : «Oxi» à la tentation grecque

La Grèce, maillon faible de l’Union monétaire européenne, n’a pas fini de nous tenir en haleine. Dès 2009, la récession économique, le recul des recettes fiscales et une vigilance accrue des marchés financiers ont dévoilé au grand jour les déficiences de ce pays, situé aux confins géographiques et économiques de la zone Euro : déficit budgétaire structurel, largesse incontrôlée des dépenses publiques, faible couverture fiscale pour ne citer que cela.

Ces dysfonctionnements, amplifiés par le prisme de la crise financière, ont été constatés dans d’autres pays périphériques de la zone Euro, à cela près qu’en Grèce, le paiement d’impôts était devenu, avec le temps, un acte volontaire, que la couverture fiscale est vraiment mauvaise (moins de 10 personnes déclaraient plus de 1 million d’euros de revenus par an), que les statistiques étaient souvent erronées et que les gouvernements qui se sont succédé les cinq dernières années étaient incapables d’imposer les réformes nécessaires au redressement du pays et de son compte courant.

Plus de 5 ans après le déclenchement de la crise, la Grèce souffre d’un déficit budgétaire structurel, un chômage élevé et une dette publique galopante qui, à cause d’un PIB en retrait, a atteint 180 % de ce dernier. Face à des politiques d’austérité qui ont échoué, un chômage en hausse, un pouvoir d’achat qui s’érodait et de faibles perspectives pour la population de s’en sortir, le peuple a accordé sa confiance au parti d’extrême-gauche Syriza, mené par le charismatique Alexis Tsipras.
Tsipras a remporté la majorité au parlement grec lors des dernières élections législatives sur un ticket électoral d’anti-austérité, promettant aux Grecs un meilleur deal avec les créanciers, que sont la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international. Se trouvant acculé à signer un accord de sauvetage avec les bailleurs de fonds qui imposeraient au pays un plan d’austérité contraire à ses promesses, Tsipras avait besoin de sonder la volonté de son peuple et surtout de se couvrir politiquement. Intervint alors le référendum du week-end passé. Geste habile ou effronterie irresponsable ? Seul l’avenir nous le dira.

Il faut avouer que la manière de poser la question était fort habile. Tsipras n’a pas demandé à ses concitoyens de choisir entre, d’un côté, l’euro et la drachme (ancienne monnaie grecque) et de l’autre, le chaos. Il leur a demandé de voter « Oxi » (non) à plus d’austérité, sans évidemment étayer les conséquences, ni le coût, réels. Maintenant qu’il a obtenu son arme électorale et qu’il l’a chargée, il faudrait qu’il l’utilise à bon escient. Il a demandé un « non » pour essayer d’avoir un meilleur « oui ». Les créanciers décideront, dans les jours qui viennent, comment assouplir les conditions pour qu’un deal soit revendable au peuple grec.

Le scénario gagnant est là, mais son exécution reste difficile. D’abord, parce que les créditeurs auront une patience limitée face à cette tragédie qui n’en finit pas. Pour eux, une sortie de la Grèce de la zone Euro serait plus appropriée qu’un arrangement trop onéreux. Ensuite, parce que l’arrangement devrait être ratifié par les législateurs des pays chefs de file et à leur tête l’Allemagne, où le parlement est actuellement en vacances. Enfin, en dépit du geste d’ouverture que Tsipras a montré en renvoyant son sulfureux ministre des Finances, l’équipe grecque reste, le moins qu’on puisse dire, volatile et attachée à des promesses électorales difficiles à accomplir, en dehors d’un défaut ou d’un effacement massif de la dette. Les créditeurs, en vue de leurs engagements, voudront composer jusqu’à une certaine limite, mais Tsipras a une responsabilité historique et une opportunité pour émerger comme le politicien habile qui a su faire gagner temps et argent à son pays. Si ça casse, il sera le fourbe effronté qui n’aura fait qu’accentuer le malheur de son peuple.

Ainsi, si la Banque centrale européenne (seul organe d’émission monétaire), suite à un défaut, arrête de supporter les banques grecques, c’est sans monnaie que le pays se trouvera. Et qui sait ce que vaudra la nouvelle drachme ?
Le bluff Tsipras est, certes, audacieux, mais il est aussi dangereux et présente des conséquences potentiellement désastreuses. Les Grecs obtiendraient peut- être un accord, mais les parallèles avec d’autres contrées (surtout la nôtre) sont périlleuses. Tsipras a demandé, comme je l’ai dit plus haut, un « non » pour avoir un meilleur « oui » et il a bluffé en famille, car les plus grands créditeurs sont les pays européens et à leur tête l’Allemagne. Il y a là un intérêt commun pour sauver la mise.

On entend déjà chez nous le chant de sirène populiste des « dettes odieuses » qu’il faut effacer, et on veut s’inspirer de l’audace politique de Tsipras pour succomber à cette tentation de dire non aux réformes et à la discipline. Ce serait donner à notre peuple de faux et dangereux espoirs. Avec un taux d’endettement très soutenable en vue du taux de croissance que nous pouvons engendrer, la bataille de notre peuple est ailleurs ; elle est dans la reprise du goût du travail, l’amélioration de la compétitivité et dans l’investissement, public et privé, qu’on ne pourra financer que grâce à notre discipline et à notre bon crédit. A la tentation grecque, disons « Oxi ».

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