Pourquoi y a-t-il autant de Tunisiens à la solde de Daech ?

Les résultats préliminaires de la visite officielle du groupe de travail des Nations Unies pour l’utilisation des mercenaires en Tunisie indiquent, dans un rapport du 1 er au 8 juillet, que plus de 5000 Tunisiens ont rejoint l’organisation terroriste de l’ Etat islamique plus connu sous le nom  de Daech, ou encore d’autres groupes extrémistes.

Le rapport fait ressortir que 4.000 Tunisiens se trouvent en Syrie, tandis qu’entre 1000 et 1500 sont en Libye, 200 en Irak, 60 au Mali et 50 au Yémen. Cependant, les 625 autres se trouvent dans les zones de conflits et sont recherchés par la justice.

D’autres éléments dans ce rapport révèlent que quelque 400 mosquées sont hors-la-loi avec une présence accrue des imams les plus radicaux. Ces imams, qui ne figurent pas dans la liste du ministère des Affaires religieuses, chassent les imams affectés à ces mosquées et font preuve d’une idéologie la plus extrémiste. Cependant, après la terrible attaque terroriste de Sousse, qui a causé la mort de 39 touristes, le gouvernement a décidé la fermeture de 80 mosquées, considérées comme étant hors de contrôle.

Après les deux attentats terroristes, les mesures prises par le gouvernement ont été plus que jamais renforcées et,  note ce rapport,  plusieurs mesures ont été adoptées pour lutter contre l’idéologie extrémiste telles que la mise en place de canaux alternatifs de soutien à la cause humanitaire syrienne, le ciblage des groupes marginalisés pour la sensibilisation et la fourniture de services, tout en œuvrant que pour offrir des opportunités d’emploi et de formation professionnelle, et le renforcement de l’identité communautaire au niveau individuel, de la famille, ainsi qu’au niveau local et national.

Comment expliquer le phénomène de ces groupes terroristes ou plus encore comment expliquer qu’un pays comme la Tunisie, sécularisé depuis l’ère Bourguiba, soit pris en otage par les attentats terroristes et la radicalisation d’une partie de sa jeunesse ?

En Tunisie, les causes de leur radicalisation sont souvent complexes. Les facteurs idéologiques, politiques et religieux, et le financement sont généralement perçus comme des facteurs déterminants.  Il en va de même quant aux conditions économiques et sociales, puisque’ une grande majorité de ces terroristes proviennent des milieux défavorisés. Toutefois, il y a aussi ceux qui sont issus de la classe moyenne et de la classe plus aisée de la société. Ce phénomène, qui a atteint son paroxysme, semble attirer non seulement des hommes ou des femmes, mais des familles entières qui se déplacent vers les zones de conflit.

Par ailleurs, les processus de recrutement sont diversifiés. Selon les témoignages récoltés, “le processus de recrutement aurait également impliqué des groupes terroristes étrangers actifs dans le pays, dont le financement proviendrait de certains pays, des organisations prétendument caritatives, ou encore certains partis politiques, des médias sociaux, et des familles des combattants étrangers », note-t-on dans ce rapport.

Et de poursuivre : “ Certaines mosquées auraient aussi été financées de la même manière”.

L’auteur du rapport a observé au cours de sa mission que la motivation principale du terrorisme reste l’argent : “ Les recruteurs dans ces réseaux sont grassement payés – un chiffre avancé est celui de US$3000 à US$10000 par nouvelle recrue, en fonction des qualifications de la personne recrutée. Le rôle de l’argent varie donc apparemment selon le stade du recrutement et le statut du combattant étranger: Ceci est d’un intérêt particulier pour le Groupe de travail sur l’utilisation de mercenaires.”

D’autres facteurs qui entrent également en jeu, comme le cas de professeurs qui endoctrinaient leurs élèves, la radicalisation dans les prisons, entre autres, indique le rapport.

En conclusion, la vulnérabilité socioéconomique, psychologique et financière demeurent toutefois un terrain propice à la manipulation et au recrutement.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here