Notre terre nationale est fin prête à se vendre

Si quelque chose a été révélée – pour ceux qui feignaient de l’ignorer après notre 14 janvier 2011- c’est le mécanisme diabolique qui était mis en place par la famille régnante en matière de spéculation foncière et de spoliation des biens publics, un lien entre gouvernance corrompue et mauvaise gestion des terres.

Déjà la Commission nationale chargée des affaires de corruption et de malversation, dans son rapport de novembre 2011, a pu établir que la corruption était en grande partie étroitement liée aux autorités administratives et institutions économiques, et qu’en tête des affaires de corruption figuraient les ententes foncières frauduleuses. Elle a dévoilé les mécanismes de corruption, jetant la lumière sur la manière dont le pouvoir exécutif avait, par exemple, reclassé des terres agricoles ou en jachère pour les déclarer constructibles, ou modifié la classification d’un type de terrain construit, multipliant ainsi plusieurs fois la valeur économique des terres détenues par les membres de la famille élargie de l’ancien président et par ses proches associés.

Ça c’était avant, car aujourd’hui on craint que la spéculation soit comme un virus qui mue, et si les objectifs de ces malfrats restent les mêmes, les tactiques ne peuvent que changer, en suivant les changements de la conjoncture où ils sévissent.

Nous devons, dés lors, surveiller les mouvements des institutions économiques, judiciaires et politiques comme des sismologues qui scrutent les mouvements des plaques tectoniques et relèvent des indices d’un séisme qui s’annonce.

Le premier indice est l’argent des bailleurs généreux, nationaux et internationaux, qui ne refusent rien aux, (et à certaines associations influentes de la société civile) mais qui s’évaporent dès qu’il s’agit d’investir dans des projets de l’Etat.

Comment voulez-vous nous convaincre dès lors, que ces mécènes politiques n’attendent aucun retour sur investissement? Et que s’ils voulaient aider soi-disant notre nouvelle démocratie, alors pourquoi ces fonds n’iraient pas aussi vers notre économie?

La raison est simple : il est plus utile et moins risqué d’avoir dans sa manche les hommes clés, « se payer un politique », de prendre le « pouvoir dans le pouvoir », que de s’impliquer dans une économie avec ce que cela comprend comme risques.

L’infiltration dans le monde politique permet d’une part d’intégrer l’économie, qui représente l’objectif principal à savoir réaliser des profits, et d’autre part d’assurer la pérennité de l’activité de ces « bailleurs ». En d’autres termes, avoir un pied en politique permet de se parer contre d’éventuels problèmes ou besoins qui pourraient survenir, comme la condamnation d’un de leurs membres, la promulgation d’un décret ou d’une loi, l’obtention de documents administratifs réservés ou d’autorisations diverses (dont les permis de construire) ou encore la divulgation de données sensées être confidentielles.

Pratiquement, les exemples et les tentatives en Tunisie post 14 janvier sont bien là. Notons le projet de « Tunisia Economic City » dans la sebkha d’Ennfidha, « Khomsa » l’ile flottante en pleine mer de Korbous et surtout le retour sur la scène du mégaprojet du lac sud de Tunis «Porte de la Méditerranée» de Sama Dubaï, tous dans une même opacité. Ces projets, à l’image aussi grandiose que grotesque, ont en dénominateur commun un terrain dont la valeur foncière passe de presque nulle à l’acquisition, à une somme à haute valeur ajoutée issue d’un décret, d’un arrêté où d’une autorisation.

Et c’est en analysant le peu d’information concernant un des plus anciens de ces projets la « Porte de la méditerranée » , où l’Etat tunisien a non seulement cédé 837 hectares entre des terrains du domaine public et des terrains privés au dinar symbolique, avec entre autre le droit de la société et de ses entrepreneurs d’importer ou d’exporter sans condition les matériaux, outils, pièces de rechange, voire de vendre sur le marché local ces même produits soit voir Sama Dubaï concurrencer l’offre locale, sachant qu’à tout moment, la société émiratie peut se convertir en un vendeur redoutable noyant le marché et menaçant les petites et moyennes entreprises, et surtout, selon les termes de la convention de l’époque (2007) la société à le droit d’amener la main-d’œuvre d’où elle trouve son intérêt.

Il devient alors légitime de se poser plus que des questions concernant certaines décisions déjà prises par nos gouvernants à commencer par:

  • Le décret n° 2014-1039 du 13 mars 2014, portant réglementation des marchés publics qui dans sa Section 2 – Types de marchés – Art. 15 – donne à l’Etat la possibilité d’avoir recours à des marchés « clé en main », nommés marchés de conception–réalisation, qui si à première vue n’annonce rien qui puisse nous alarmer, a si on y réfléchit bien de graves répercussions, puisque l’Etat tunisien perd une grande part de son autonomie sur son propre parc de projets de construction, au profit des grands trusts et essentiellement les étrangers! Oui, nous avons encore à l’esprit le projet avorté des 20 000 logements que la Troïka a essayé de nous infliger pour le compte d’un pays ami d’un des plus grand parti politique qui la compose.
  • Le projet de décret fixant les modalités d’exercice de l’activité des bureaux de pilotage. Ce décret qui impose aussi bien à l’Etat qu’aux promoteurs privés de se faire obligatoirement assister par un bureau de pilotage (article 5), ces bureaux, probablement sous la forme de sociétés anonymes, n’ont en réalité qu’un seul objectif celui de privatiser l’actuel ministère de l’Equipement et de mettre comme des boulets aux pieds des promoteurs privés, surtout que ni ce projet de décret, ni le cahier de charge qui devrait l’accompagner ne mettent le secteur concerné à l’abri des conflits d’intérêts ; notamment ceux des banques prêteuses qui jouissent de toutes les libertés s’agissant du taux d’intérêt  qu’elles accordent. Et qui empêchera alors une banque actionnaire dans une société de pilotage de forcer la main par « ces conseils » à optimiser ses intérêts au dépend de l’intérêt de l’économie nationale?
  • Enfin, et c’est peut-être l’indice le plus étrange en apparence, mais qui doit à un moment ou un autre être élucidé. Dans le but de relancer le tourisme et d’encourager les déplacements entre la Tunisie et les pays du continent, il a été décidé de supprimer le visa d’entrée pour six pays africains, afin de générer deux points de croissance nous dit Monsieur Touhami Abdouli, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, chargé des affaires arabes et africaines. Ces pays sont la Jordanie, le Botswana, le Zimbabwe, le Burkina Faso et les deux Congo. Mise à part la Jordanie qui a un PIB avoisinant le notre (34 080 DUS en 2013 pour 48 380 DUS pour la Tunisie), nous relevons que pour les autre pays, leurs PIB sont inclus dans un intervalle entre 10 480 DUS pour le Zimbabwe et 18 560 DUS pour République Démocratique du Congo. Connaissant les relations entre les PIB et les flux migratoires, nous pouvons en tirer quelque conclusion…

Tout en espérant nous tromper, nous relevons qu’avec l’argent politique qui n’a épargné aucun parti, nous trouvons les éléments d’une conspiration mafieuse qui guette le pays et qui ne peut que mener notre économie fragile (ou rendue fragile) à la catastrophe qui nous rappelle celle de 1881. Des projets immobiliers plus farfelus les uns que les autres et qui ne répondent en rien à nos besoins nationaux, consolidés par des règlements et des décisions politiques qui servent potentiellement les intérêts de certains.

La nouvelle razzia des terrains tunisiens se monte morceau par morceau, comme les éléments d’un puzzle, et le jour où l’image sera finalisée et claire, nous découvrirons alors nos nouveaux seigneurs et maîtres, nos nouveaux colons.

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