Tunisie : le temps du changement, c’est maintenant

Les manifestations de protestation de Dhehiba, les affrontements auxquels elles ont donné lieu et les grèves de soutien dans le sud tunisien ont marqué le paysage politique, quelques jours après la prise du pouvoir du nouveau gouvernement. Les manifestations de Dhehiba et de sa région expriment une colère réelle. Leurs protestations ne peuvent donc être sous-estimées. Ont-elles été encouragées sinon provoquées par des acteurs internes ou externes ? Il était normal que les adversaires politiques instrumentalisent de tels événements.

Traduisirent- elles de l’impatience ? Le tempo du gouvernement ne coïncide guère avec celui des gouvernés. Alors que les populations souffrant du chômage, de la précarité, du faible pouvoir d’achat, font valoir l’instantanéité des solutions, l’Establishment évoque, compte tenu des possibilités, des solutions dans le court terme, sinon dans le moyen terme. Cependant, l’acteur politique, dans cette conjoncture, doit considérer que “le temps du changement, c’est maintenant”.

Dans ces conditions, les problèmes de financement doivent être résolus d’une façon ou d’une autre. D’ailleurs, les budgets des chantiers, qui devaient être mis en œuvre, sous la troïka et le gouvernement technocrate, n’avaient pas pu être dépensés, suite à des difficultés foncières, à une déficience d’infrastructure, une étude des marchés. Au plus vite, il faudrait transgresser les entraves et ouvrir ces chantiers différés. Comme disait le Général de Gaulle  : ‘L’intendance suivra”.

Les événements de Dhehiba et de sa région s’inscrivent, d’autre part, dans la géopolitique régionale. Ces régions qui profitent du trafic officiel ou clandestin, avec la Libye, ont vu leurs ressources se tarir. Ces difficultés ont été attribuées au droit de passage de trente dinars, imposé aux étrangers, lors de chaque visite. Le mécontentement de la partie tripolitaine qui s’en suivit et les mesures de réciprocité qu’elle a prises semblent être aggravées par l’hostilité de Fajr al-Islam au régime tunisien.

Nous devons réaliser la force de l’événement. Surtout quand celui-ci est brutal et dramatique. Or, si l’Establishment tunisien a été jugé efficace dans la guerre contre le terrorisme, son traitement des attentes sociales est loin d’être convaincant, dans les premiers jours de sa gestion, il est vrai. Les mesures prises, par la délégation gouvernementale qui s’est rendue le 11 février 2015 à Dhehiba et  Ben Guerdane ont permis d’engager le dialogue avec les protestataires. La taxe de trente dinars, imposée aux ressortissants Libyens, est remise en question. La création d’un nouveau poste frontalier à Dhehiba sera soumise au gouvernement. D’autre part, on évoqua également l’établissement d’une zone frontalière et un libre-échange entre les pays du Maghreb. Mais ces mesures requièrent du temps et l’assentiment des pays voisins.

Des mesures d’urgence devraient être adoptées pour convaincre, persuader et instaurer des relations de confiance. Le nouveau gouvernement devrait, à l’instar de Habib Bourguiba, prendre son bâton de pèlerin, pour mettre fin au désinvestissement de l’Etat dans les régions. Il faudrait multiplier les visites de travail, pour engager le dialogue, prendre connaissance des doléances, préciser le timing et développer bien entendu des relais du pouvoir, des intermédiaires responsables, susceptibles d’être à l’écoute et de répondre aux objections.

Aux heures les plus cruciales de notre histoire collective, les clivages doivent s’atténuer, les divergences s’estomper. Nous devons, nous tous, nous mobiliser pour assurer la reconstruction d’un destin partagé qui concernerait la promotion de l’école, la défense des valeurs républicaines, l’égalité du genre et l’égalité des territoires. Les rapprochements doivent, au préalable,  s’opérer sur l’essentiel, à savoir nos priorités : elles concernent outre la stabilité et la sécurité du pays, le pouvoir d’achat, l’emploi et la nécessaire relance économique et le développement régional. Elles constituent nos urgences. Le citoyen est impatient.

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Publié le 16/02/2015 à 10:40

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L'Economiste Maghrébin & L'Economiste Maghrébin by L'Economiste Maghrébin

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