La jeunesse : un échec de la transition démocratique tunisienne

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Les moins de 40 ans représentent plus de 70% de la population, selon l’Institut national de la statistique ( INS ). Or la jeunesse tunisienne n’a toujours pas trouvé sa place dans le nouvel ordre politique, économique et social. Quatre ans après la révolution, la condition de la jeunesse tunisienne demeure pour le moins troublante et angoissante pour le pays lui-même. Une jeunesse à la fois exclue de la scène politique et du marché du travail. Une marginalisation qui s’inscrit désormais sur fond d’une double tentation : l’immigration clandestine et le djihad.

Exclus de la scène politique et du marché du travail

Le contraste est saisissant entre le visage des acteurs de la Révolution et celui des principaux acteurs de la scène politique post-révolutionnaire. Les récents scrutins législatif et présidentiel ont été marqués par la très forte abstention de la jeunesse, qui par ce non-acte a exprimé un message fort : elle est déçue par le processus de transition démocratique au regard de l’absence de changement de sa condition économique et sociale. Un désenchantement qui semble se prolonger par un manque de foi dans le nouveau régime à répondre à ses attentes, à ses urgences. La portée de cette passivité électorale est renforcée par leur absence relative au sein de l’hémicycle de l’Assemblée législative. Une Assemblée dite « représentante du Peuple», mais dépourvue d’une représentation digne de ce nom de sa jeunesse. Le fossé générationnel entre les instances élues et les jeunes est énorme. Seulement 20 % des membres de la nouvelle Assemblée des représentants du peuple fraîchement élue ont moins de 40 ans. L’absence d’une caisse de résonance des préoccupations des jeunes dans la classe politique a provoqué une crise de confiance aiguë.  Plus qu’un paradoxe, il s’agit là de la manifestation d’une fracture politique et sociale entre la jeunesse et la plupart des institutions du pays, y compris les partis politiques. Ceux qui ont fait chuter le régime dictatorial se trouvent de fait exclus du nouveau régime. Une injustice historique confortée par le malaise que provoque l’image renvoyée par la démocratie naissante en Tunisie, qui revêt les traits d’une sorte de gérontocratie. C’est le prix à payer de la sacralisation rhétorique de l’« expérience » d’« apparatchiks », surtout lorsque l’on sait que ladite expérience a été acquise sous l’ancien régime… Un constat qui renforce le sentiment de trahison à l’égard de politiques qui auraient confisqué la révolution.

Peu représentée dans la classe politique dirigeante, la jeunesse peine à voir tout progrès en matière de justice sociale. Non seulement  le taux de chômage atteint les 40% dans certaines régions (les mêmes qu’avant la révolution), mais il continue à frapper particulièrement de jeunes diplômés qui continuent à peupler les terrasses des cafés populaires.

Les tentations de l’immigration clandestine et du djihad

Poussés par le désespoir et les illusions d’un ailleurs meilleur, de jeunes tunisiens continuent à s’aventurer par vagues entières dans des embarcations de fortune. Ce fléau déjà connu avant la chute de l’ancien régime est « prolongé » désormais par le phénomène djihadiste. Impuissantes, les familles voient leurs enfants partir renforcer les rangs de Daech en Syrie ou en Irak, et basculer ainsi dans une autre dimension. Les facteurs économiques et sociaux n’expliquent pas tout. Force est de constater la diversité des profils de ces djihadistes tunisiens qui atteste la puissance de l’endoctrinement subie : outre le cas classique du jeune chômeur, certains de ces jeunes poursuivaient des études ou avaient un emploi, voire étaient issus de familles aisées.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la période actuelle ; au moment où le pays fait le choix de la démocratie, la Tunisie n’en reste pas moins un important pourvoyeur de jeunes étrangers candidats au djihad. Un phénomène dont le pays n’a pas fini de payer le prix : leur retour est source d’insécurité non négligeable, tant ces jeunes qui ont vu/connu la guerre et la barbarie constituent autant de bombes à retardement.

C’est sans doute l’un des principaux défis pour les nouvelles autorités, qui ne doivent pas calquer leur action sur la seule logique sécuritaire, mais garder à l’esprit l’article 8 de la nouvelle Constitution : « L’État veille à assurer aux jeunes les conditions nécessaires au développement de leurs capacités, de leur prise des responsabilités et à élargir et généraliser leur participation à l’essor social, économique, culturel et politique  ». Tant que la situation de la jeunesse tunisienne ne s’améliorera pas, non seulement la révolution ne sera pas achevée, mais pire, un nouveau cycle révolutionnaire pourrait s’ouvrir. Une véritable épée de Damoclès avec laquelle devra vivre le nouveau gouvernement condamné à agir dans l’urgence et avec efficacité …

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