Tunisie : La troublante juxtaposition des faits

Crédit photo : Radio Tataouine

Si j’étais un habitant de Ben Guerdane, de Dhehiba ou de Tataouine, j’aurais à coup sûr le tournis et perdu le nord et le sud confondus par la faute de la succession d’événements et, par la suite, de motifs explicatifs avancés successivement par les uns et les autres. La veille des manifestations, le problème se résumait au droit de passage à payer par nos frères libyens, qui aurait induit un droit équivalent mais doublement payé de l’autre côté de la frontière par la milice libyenne qui tient le point de passage, pour justement mettre sous pression le gouvernement tunisien, comme l’a affirmé le vice-Premier ministre du gouvernement côté libyen.

Le lendemain dans la matinée, c’était devenu un problème de développement régional. A midi, nouvelle version : une exigence d’une commission d’enquête pour éclaircir les conditions de décès d’un jeune de la région tué lors des manifestations. Le soir c’en est une autre : il s’agirait finalement d’un problème de politique étrangère puisqu’il était demandé, par un parlementaire du Bardo, à la Tunisie «  du nord » de discuter avec « Fejr Libya », la milice islamiste qui contrôle le poste frontalier du côté libyen. Bien sûr, la demande n’a pas pris cette forme, mais l’invite était grossière pour ne pas s’en apercevoir.
Que pensent donc les parents du jeune défunt ? Que pensent les gens du sud, otages de tant de sollicitude subite ? Et que pensent enfin, nos apprentis sorciers, dont quelques-uns se sont, a priori, réunis avec la partie libyenne qui tient les points de passage comme pour souligner que nous également nous souffrons de l’absence d’un Etat ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que la démarche, comme les propos du Secrétaire général du CPR, sont pour le moins équivoques sachant que les taxes existent déjà depuis belle lurette et que cela n’a rien engendré, sauf peut-être le blocage de quelques camions de fuel de contrebande. Bien sûr, pour boucler la boucle, Dhehiba et Ben Guerdane ont fait sortir de sa semi-retraite l’ex-président provisoire, Moncef Marzouki, qui, à l’accoutumée, n’y est pas allé de main morte pour maintenir la pression et porter haut le verbe creux et néfaste. Sur les chaînes hertziennes, nous avions, dans le même temps, Imed Daimi qui faisait une étude sémantique de ses propos de la veille, pour faire comprendre aux auditeurs qu’il n’a pas dit ce que tout le monde avait compris en continuant, comble de « l’explication de texte », d’affirmer qu’il faut également traiter avec ceux qui tiennent le point de passage du côté libyen ( sic !). Son ex-compère du CPR et non moins proche, Mohamed Abbou répondait à la question de faut-il traiter avec les islamistes qui tiennent le point de passage en nous sortant la rencontre Essebsi- El-Sissi invitant le premier à demander au président égyptien moins de morts dans ses interventions. Vraiment de gros sabots pour du nanisme politique ( !).

Et dans ce cadre grossier, les agents de sécurité se font violentés ; leurs demeures sont brûlées et leur lieu de travail saccagé alors qu’ils constituent le premier point d’impact face aux hordes islamistes qui veulent déferler sur notre pays. A qui profite le crime ? Personne ne pose la question et à la place, c’est bien un silence d’outre-tombe qui ne trouble ni le CPR, ni ses acolytes et encore moins nos apprentis sorciers des ondes hertziennes. Saccager un poste sécuritaire de première ligne, face à l’ennemi islamiste, cela s’appelle comment ? Nous attendons les commentaires.

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