Tunis – Radhia Nasraoui : « On n’est pas près de connaître la vérité sur l’assassinat de Belaïd »

Rencontrée lors de la commémoration du deuxième anniversaire de l’assassinat de Chokri Belaïd le 6 fevrier 2015, l’avocate et militante dans la défense des Droits de l’Homme, Radhia Nasraoui, connue pour son franc-parler, nous a fait partager ses réflexions sur  le suivi de l’affaire Chokri Belaïd. 

leconomistemaghrébin : Avez-vous de nouvelles révélations sur l’assassinat de Chokri Belaïd, deux ans après sa mort ?

Radhia Nasraoui : Je pense que le nouveau gouvernement, en particulier Habib Essid, s’est engagé personnellement à lever le voile sur l’affaire de l’assassinat de Chokri Belaïd. A mon avis, ça devrait être l’une de ses priorités. Cela fait deux ans et jusqu’à maintenant on ne sait pas  qui a commandité, qui est derrière cet assassinat, qui l’a financé, on ne sait pas non plus qui a caché la vérité et qui  ne veut rien dévoiler.

Avez vous des réserves quant à la nomination du ministre de l’Intérieur ?

Que reste-t-il du soulèvement du 14 janvier si quatre ans après on nomme des personnes qui ont servi sous l’ancien régime, qui ont collaboré avec  la dictature, et les voilà que nous les retrouvons dans le gouvernement. C’est insensé,  une énorme erreur, et le fait de le soutenir de cette façon, me pousse à me poser pas mal de questions.

Pensez vous  qu’il  y a des risques que l’enquête soit manipulée pour ne pas arriver à la vérité ?

 Oui, il y a ce risque, mais ce que je souhaite, et j’espère avoir tort, mais je suis presque convaincue qu’on ne va pas connaître la vérité sur l’assassinat de Chokri Belaïd.

L’affaire Chokri Belaïd a été portée devant la Cour africaine, qu’en est-il  aujourd’hui ?

Ce que nous voulons avant tout et ce que nous souhaitons, c’est que notre justice révèle toute la vérité, et non pas une justice étrangère. J’aimerais que les tribunaux tunisiens jouent leur rôle.

A votre avis, la justice est-elle indépendante ?

Pas encore, il faudrait qu’il y ait des réformes dans tous les secteurs, pas seulement la justice. Ce qui est le plus grave selon moi, c’est la corruption, chaque jour les gens viennent me voir pour dénoncer des cas de corruption dans tous les secteurs, que ce soit  au niveau de la justice, ou de la sécurité.

Comment peut-on lutter contre la corruption ?

Pour cela, il  faudrait qu’on poursuive les responsables de cette corruption pour que cela serve d’exemple aux autres. Certains disent que la corruption est plus omniprésente qu’auparavant (avant la révolution). Nous avons réalisé une révolution dans laquelle nous avons clamé les slogans :” Liberté, Droit, Egalité, Dignité”, pour qu’on puisse avoir une justice indépendante. Malheureusement, nous avons en ce moment une justice de classe, et ces cas-là, je les côtoie tous les jours.

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