Tunisie : à quel remède recourir ?

Les chiffres dévoilés par le Rapport national sur l’éducation mènent tout droit à réfléchir sur la réforme du système éducatif. Qu’on en juge : le phénomène de l’absentéisme du corps enseignant a généré des pertes d’un million et 200 mille jours de travail soit 57 millions de dinars du budget alloué au ministère; le pourcentage des élèves qui ont abandonné leurs études est en hausse de 1% pendant l’année scolaire 2011/2012 en comparaison de l’année scolaire 2010/2011. Malgré ce bilan désastreux, il n’existe pas de concertation réelle pour faire le diagnostic de la situation de l’enseignement en Tunisie.   

Syndicalistes, pédagogues, sociologues, parents d’élèves et corps enseignants sont unanimes quand il s’agit de réforme du système éducatif : pour eux la réforme du système éducatif est un impératif. Cependant, ce projet de réforme ne date pas d’hier. Depuis des années d’ailleurs, les voix se sont élevées pour   lerevendiquer et/ou le proposer. Un regard sur les changements faits dans les programmes scolaires et les méthodes pédagogiques montre bel et bien que des efforts ont été déployés dans ce sens  et que le chemin est encore long pour concrétiser les réformes.

Le mouvement de grève décrété par le syndicat de base de l’enseignement secondaire a permis entre autre de soulever la question de la réforme du système éducatif, alors que pour un observateur non-averti les revendications du syndicat sont matérielles. Lassaad Yacoubi, secrétaire général du syndicat général de l’Enseignement secondaire, avait d’ailleurs affirmé à maintes reprises que les revendications matérielles ne sont qu’une partie mineure de tout un ensemble de revendications qui vise la réforme en profondeur du système éducatif tunisien, afin de l’améliorer et de le promouvoir.

Pour le syndicaliste, « le ministère de l’Education doit assumer sa responsabilité car les mesures qu’il ne cesse de prendre sont des mesures prises à la hâte et sans concertation avec le syndicat »; et d’ajouter : des mesures relatives au concours de sixième année et la levée des 25% doivent faire objet d’un consensus. Avant de parler de réforme, faire le diagnostic du système éducatif est une responsabilité collective où tous les intervenants concernés devraient participer », dit-il.

Et de pointer du doigt quelques grands traits de la réforme qui sont plus au moins clairs, à savoir « le système d’évaluation, la pédagogie de l’enseignement, le phénomène des cours particuliers, l’infrastructure des établissements scolaires » annonce-t-il.

De quelle réforme parle-t-on ?

Pour Mohamed  Ben Rached, sociologue et ancien inspecteur à la direction de l’inspection au ministère de l’Education nationale, plusieurs raisons incitent à réformer le système éducatif tunisien en profondeur. En effet, l’école tunisienne n’est pas adaptée aux changements cruciaux dans le monde et n’est pas adaptée aux circonstances de l’après 14 janvier. D’après notre interlocuteur, la réforme doit cibler plusieurs axes pratiques et théoriques. « Le système éducatif tunisien ne prend en considération que deux types d’intelligence à savoir l’intelligence logique et l’intelligence linguistique. Cependant il existe d’autres types d’intelligence comme l’intelligence artistique » reproche le sociologue que le système éducatif tunisien ne prend pas en considération.

Toujours dans le volet de la relation enseignant-professeur, le sociologue a estimé qu’il est nécessaire de trouver une solution pour le décalage entre le niveau des élèves. Une recommandation faite à partir d’une constatation d’après  laquelle le régime éducatif tunisien ne prend en considération que les élèves ayant un bon et excellent niveau et n’ayant pas des problèmes d’assimilation des cours. Notre interlocuteur plaide pour l’implication des parents au cœur du régime éducatif, tout en appelant à la participation de tous les intervenants.

La nécessité de la réforme ne veut pas dire démolir et tout reconstruire car, il existe des acquis à partir desquels la réforme doit se faire, d’après Bouzid Nsiri, directeur de la stratégie et de la planification au sein du ministère de  l’Education. «  Qu’on le veuille ou pas, l’Etat tunisien, depuis l’indépendance a misé sur l’enseignement et sur la jeunesse. C’est cette école là qui a formé des générations et des générations et quelles que soient les reproches qu’on peut lui adresser cette école a formé les  cadres qui ont servi de pilier pour la construction de l’économie de ce pays», insiste-t-il.  Par ailleurs, la réforme du système éducatif doit  s’inscrire dans un long processus.         

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