«Le marché est encore à la recherche d’une tendance claire»

Adel Grar

Tout au long de l’année 2014, la Bourse de Tunis a évolué en dents de scie dans un volume de transactions relativement faible. Adel Grar, président de l’Association des Intermédiaires en Bourse (AIB), s’est exprimé, à cet égard, auprès de leconomistemaghrebin.com pour dresser un bilan de l’année précédente et les perspectives pour l’année 2015.

leconomistemaghrebin : Quel état des lieux pouvez-vous présenter?

Adel Grar : L’année 2014 a été globalement positive, puisque, dans un volume de transactions relativement faible, l’indice de référence a repris, faisant 16,17% après trois ans de baisse, soit -4,3% en 2013, -3% en 2012 et -7,6% en 2011.

Le volume quotidien moyen est resté au niveau de 6,6 millions de dinars par jour, contre 11 millions de dinars en 2010.

Par ailleurs, en analysant la performance de l’indice, on constate qu’elle est due largement à la contribution du titre SFBT qui a presque doublé en 2014, et dont le poids dans l’indice est relativement élevé.

On constate, également, quelques contre-performances très fortes qui proviennent de certaines sociétés nouvellement introduites.

Vers la fin de l’année 2014, l’indice a atteint un pic de 5100 points, restant en deçà de son niveau enregistré juste avant la révolution (5200 points), sachant que juste avant la baisse du marché due à la révolution, l’indice a connu une forte chute suite à l’annonce de l’imposition des plus-values en octobre 2010, soit de 5700 points à 5200.

Par ailleurs, la faiblesse du volume des transactions est d’autant plus importante que le nombre de sociétés cotées a significativement augmenté depuis 2012.  En fait, 12 sociétés ont été introduites en 2013 et six autres en 2014, dont certaines sur le marché alternatif et d’autres, de plus grande taille, ont visé le marché principal telles que One Tech ou SAH. La cote de la Bourse a été ainsi ramenée en fin d’année à 77 sociétés cotées.

L’année 2014 a également enregistré un flux net d’investissements étrangers positif (plus d’entrées de fonds que de sorties) et ce, particulièrement grâce à une participation plus active dans les nouvelles introductions en Bourse. La part de la participation étrangère dans la capitalisation boursière a atteint 24% contre 22% en 2013, mais elle n’a pas encore atteint son plus haut niveau enregistré avant la crise financière internationale en 2008.

Les lois de finances 2014/2015 comportent de nouvelles mesures fiscales en relation avec le marché boursier, qu’en pensez-vous?

Après l’adoption de ces nouvelles mesures fiscales, à savoir l’imposition des dividendes encaissés par les personnes physiques et la levée du secret bancaire, la Tunisie rejoint les pays de l’Europe. Nous sommes donc amenés à travailler dans ces conditions qui ne constituent pas une réelle contrainte pour nous parce qu’il faut que le marché se développe dans la transparence, mais tout en respectant la confidentialité des transactions des citoyens vis-à-vis des tiers.

Retour sur la nouvelle composition du gouvernement Essid, notamment le ministre des Finances…

La nouvelle composition du gouvernement Essid est équilibrée et comporte certaines compétences, dont Slim Chaker, ministre des Finances, qui est familier avec les dossiers économiques. Je pense qu’il va se pencher très rapidement sur les dossiers qui sont actuellement en instance.

Quid des perspectives de l’année 2015 ?

Pour le début de 2015, le marché est encore à la recherche d’une tendance claire et reflète les hésitations des investisseurs dans l’attente de l’entrée en fonction du nouveau gouvernement et de la publication des états financiers provisoires des sociétés cotées.

Dans ce contexte, c’est encore la valeur SFBT qui continue à enregistrer un échange significatif puisqu’elle est la société qui a profité le plus du nouveau décret relâchant les conditions de participation étrangère.

Par ailleurs, on constate, depuis 2014, un intérêt certain de la part des investisseurs étrangers pour  la place de Tunis, puisque leur contribution dans les offres publiques des nouvelles introductions a été significative. Ce phénomène va se poursuivre courant 2015, surtout si le marché et l’économie en général renouent avec la croissance.

Pour ce faire, il faut que le nouveau gouvernement se penche très rapidement sur la situation économique du pays et statue définitivement sur les réformes économiques tant attendues, parce que le marché boursier est un précurseur qui réagit toujours par anticipation. Mais, il faut prendre en considération les mesures préliminaires qui ont déjà été prises par le gouvernement Jomaa. Il faut immédiatement opter pour des décisions claires, afin de maîtriser les grands équilibres macroéconomiques, notamment le déficit budgétaire et le déficit de la balance commerciale, en vue d’éviter l’endettement étranger déjà important.

Enfin, c’est le moment ou  jamais pour les sociétés émettrices d’organiser des communications financières orientées vers le marché et les professionnels, permettant ainsi à leurs titres de refléter leur juste valeur et de combattre ainsi la volatilité, symbole de l’hésitation des investisseurs étrangers et locaux.

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