Nous importons plus de la moitié de nos besoins en gaz d’Algérie

Kamel Bennaceur, ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Energie, était l’invité de l’Economiste Maghrébin (Magazine) pour parler de la situation de l’industrie tunisienne, des mines et de l’énergie. L’interview sera publiée dans la prochaine livraison de l’Economiste Maghrébin du mercredi 2 avril 2014. Nous publions, en exclusivité, quelques extraits de l’entretien…

L’Economiste Maghrébin :  Qu’en est-il de la situation à Tataouine et du problème du gazoduc ?

Kamel Bennaceur : Je dois tout d’abord remettre le projet de gaz de Naouara dans son contexte. Initialement, le gazoduc allait directement du champ de Naouara vers la ville de Gabès. Quand on revendique de revenir au projet initial, pour moi, le point de départ, c’est une ligne directe de Naouara vers Gabès, où une centrale sera édifiée. En 2011, il y a eu la révolution et en 2012, des revendications pour que la ligne passe par Tataouine. Il y a eu malheureusement un effet de pression : le chef du Gouvernement et le ministre de l’Industrie de l’époque avaient déclaré qu’il y avait possibilité que la ligne passe par Tataouine. Cela a été pris comme argent comptant. Or, comme vous le savez, dans tout investissement, il faut considérer la rentabilité, les implications économiques, la balance coûts-bénéfices.

Dans ce cas précis, le passage par Tataouine augmenterait le coût du projet de 600 milliards de nos millimes. C’est énorme et cela a même poussé une des sociétés, à savoir la société italienne ENI, à se retirer du projet, car ce n’était plus viable.

L’équipe en charge du dossier sous Mehdi Jomaa, alors ministre, avait étudié une autre alternative qui consistait en une ligne principale allant jusqu’à Gabès, avec un tronçon vers Tataouine. Le surcoût ne serait alors que de 200 milliards. Cela va amener le gaz à Tataouine ; ce sont des quantités supérieures à tout ce que la Tunisie consommait il y a quelques années, ce qui va pousser à créer des projets industriels.

Par ailleurs, la région possède d’autres ressources comme le gypse, qui peut être transformé en plâtre, ou le sable pour faire du verre etc. Le gouvernement a fait la promesse d’un accompagnement dans cette démarche pour optimiser le développement de cette ressource énergétique. C’est là notre approche aujourd’hui. Une approche tout à fait logique. Nous ne voulons pas opter pour le populisme qui va coûter de l’argent. Nous avons des comptes à rendre à la nation quant à l’utilisation de l’argent public. Nous pensons tous que c’est une opportunité extraordinaire pour le gouvernorat de Tataouine où il y aura une station dans la ville sans que cela n’engendre de postes de travail additionnels. Nous pensons aussi que c’est une démarche rationnelle. Il n’y aura aucune différence pour les habitants de la ville que le pipeline passe chez eux. En revanche, pour les deniers de l’Etat, cela signifiera une manne de l’ordre de 400 milliards.

Des voix s’élèvent pour revendiquer un meilleur profit de nos ressources énergétiques qui, dit-on, profitent beaucoup plus aux multinationales occidentales. Qu’en est-il au juste ?

Tout d’abord, je dois relever que nous importons plus de la moitié de nos besoins en gaz d’Algérie. En dehors de la récupération de 5,25% de droit de passage du gazoduc Algérie-Italie bien entendu. Et cela coûte cher. En 2013, la seule facture de gaz payée à l’Algérie a été de 1,060 milliard de dollars. Donc, nous avons intérêt à développer nos propres ressources, nous n’avons pas d’autres solutions.

Par le gaz de schiste ?

Le gaz de schiste, le mot qui fâche. C’est un gaz qui a transformé l’économie des Etats-Unis dans la mesure où il a permis aux Américains d’avoir du gaz beaucoup moins cher, soit entre le tiers et le quart du prix international. Du coup, des secteurs entiers comme la sidérurgie ont repris vie. Le pays a été réindustrialisé et les secteurs en aval, comme l’automobile, se sont transformés. Conséquence : des zones entières américaines manquent aujourd’hui de main-d’œuvre.

Pour ce qui est de notre position par rapport à ce gaz, quand je lis ce qui est écrit à ce propos, je me dis que la population est réellement intéressée par les problèmes d’environnement. Cela fait plaisir et j’espère qu’il en sera de même pour l’environnement de tous les jours que nous avons, en tant que gouvernement, inscrit comme priorité et pour lequel, sans l’action citoyenne, les résultats ne seraient pas à la hauteur.

Y a-t-il chez nous de grandes réserves de ce gaz ?

Géologiquement, 150 millions d’années en arrière, certains continents qui étaient reliés se sont séparés. L’Amérique du Sud s’est détachée de l’Afrique. Et ce que peu de gens savent, c’est qu’une partie de l’Afrique du Nord était située en face de l’Amérique du Nord. Les gisements qui se trouvent dans cette dernière doivent avoir leurs similaires en Afrique du Nord. Il faut donc aller forer pour découvrir et évaluer.

Donc, je suis pour le dialogue et pour utiliser ce qui a été fait ailleurs. Un dialogue qui prendra le temps qu’il faudra. Peut-être pas avec ce gouvernement, mais avec d’autres, ou peut-être jamais. Mais ce dialogue doit être rationnel.

 

 

 

 

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