Syndicats : un bon coup de pied dans la fourmilière

Le syndicat unique a duré près de cinquante ans en Tunisie. La révolution du 14 janvier a changé la donne. Outre l’UGTT, trois syndicats occupent désormais le terrain : la CGTT, l’UTT et l’OTT. L’heure n’est plus au syndicat unique. Mais le pluralisme syndical n’a-t-il pas «plutôt contribué à la multiplication des revendications et à créer des tensions au sein de certaines entreprises» ?

Il fut un temps où le tout-puissant PSD (Parti socialiste destourien), au nom de l’ «Unité nationale», voulait avoir la haute main sur les organisations nationales. H. Bourguiba avait lui-même nommé les dirigeants de ces organisations – l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT), l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP),  l’Union tunisienne de l’industrie du commerce et de l’industrie (UTICA) et l’Union générale tunisienne du travail (UGTT)- au Bureau politique du parti unique.

Mais ce système bourguibien a connu ses limites avec la décision du leader de l’UGTT, Habib Achour, le 10 janvier 1978, de démissionner du Bureau Politique du PSD, pour signifier l’indépendance de la centrale syndicale par rapport au parti unique d’alors. Et ce, à quelques jours des évènements sanglants du 26 janvier de la même année qui ont été marqués par l’arrestation et l’emprisonnement des dirigeants de l’UGTT, à commencer par Habib Achour lui-même.

L’UGTT, mise à part la constitution, en 1956, de l’éphémère UTT (Union tunisienne du travail), et avant que ce syndicat ne réintègre l’UGTT, à la faveur d’un congrès unificateur en 1957, a été toutefois la seule centrale syndicale ouvrière du pays. L’éclatement de la révolution du 14 janvier 2011 va donner un bon coup de pied dans la fourmilière syndicale.

En effet, le 1er février 2011 voit renaître la Confédération générale tunisienne du travail ( CGTT), le plus vieux syndicat tunisien, créé en 1924, par Mohamed Ali El Hammi. Il en est de même de l’UTT, qui revoit le jour le 1er mai 2011.

L’OTT (Organisation tunisienne du travail) va s’inviter également dans le débat syndical ouvrier, en août 2013, date de sa création. Le secrétaire général de cette quatrième centrale ouvrière, Lassaâd Abid, va faire monter le ton, dès les premiers instants, en affirmant que «la décision de créer une nouvelle organisation syndicale intervient suite à la non satisfaction des revendications par le bureau exécutif de l’UGTT, qui n’est plus indépendant et sert les intérêts de certains partis politiques».

L’OTT et les LPR derrière la poursuite de la grève ?

L’OTT est-elle le bras droit du parti islamiste Ennahda, dont les rapports avec l’UGTT n’ont pas été, au cours de ces quelques dernières années, bien amicaux ? Certains le pensent.  Et le disent. Comme le secrétaire général adjoint de l’UGTT, Mouldi Jendoubi, qui a soutenu, le 3 avril 2013, sur la radio Shems Fm, que Lassaâd Abid en personne était présent Place Mohamed Ali, devant le siège de la centrale syndicale, avec les manifestants accusés d’avoir attaqué, le 4 décembre 2012, l’UGTT, à l’occasion de la commémoration de l’assassinat du fondateur de la centrale syndicale, Farhat Hached.

La volonté des employés des recettes des finances de poursuivre leur grève, et ce malgré l’appel qui leur a été adressé par l’UGTT, le 13 mars 2014, en vu de reprendre le travail, en dirait long de la guerre larvée que se livreraient l’UGTT et l’OTT. Le secrétaire général adjoint, Hafedh Hfayedh, a accusé, le 14 mars 2014, l’OTT et les LPR (Ligues de protection de la révolution), soupçonnées elles aussi d’être proches d’Ennahda, d’être derrière la poursuite de la grève.

En fait,  les «tensions», pour ne pas dire plus, entre les syndicats ont commencé bien avant. Cette réalité aurait-elle été à l’origine des propos tenus, le 10 avril 2013, par  Khalil  Zaouia, ministre des Affaires sociales des gouvernements de la Troïka ? Ce dernier a en effet estimé, lors d’une conférence sur «Les litiges professionnels et la conciliation» organisée par le centre de formation et d’appui à la décentralisation relevant du ministère de l’Intérieur, que « le pluralisme syndical a plutôt contribué à la multiplication des revendications et à créer des tensions au sein de certaines entreprises ».

 


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