Sebha : Le quotidien meurtri d’une ville livrée aux miliciens

La ville libyenne Sebha est une miniature des villes libyennes. Les miliciens imposent leur loi. Et s’adonnent à tous les trafics. Dont celui des armes. 

Des check-points avec des noms macabres (« Bawabet El Kefen » -check-point du linceul-, « Bawabet El guetel » -check-point de la tuerie-), des snippers et des arsenaux pratiquement à tous les coins de rue. Voici de quoi est fait aujourd’hui le quotidien de la ville libyenne de Sebha (capitale de la  région du Fezzan, située à 660 kilomètres de Tripoli) depuis l’éclatement  de la Révolution du 17 février 2011. Une révolution qui a mis fin aux quarante-deux ans de  règne du dictateur libyen Mouammar Kadhafi.

La ville est du reste l’image parfaite de la Libye post-kadafienne  en miniature, marquée par une partition et l’omniprésence de milices devant lesquelles l’Etat central est impuissant. Le constat a été établi,  jeudi 13 mars 2014, au siège de l’IRMC (Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain), à Tunis, par l’universitaire tunisien Rafaa Tabib, un connaisseur du terrain libyen, où il s’est rendu plus d’une fois pour les besoins de ses recherches anthropologiques.

« Des joutes tribales qui se fêtent le soir au rythme des tirs d’armes »

Comment se dessine la partition de la ville de Sebha ? La ville, qui occupe une superficie de 120 km2,  est divisée en trois grands compartiments, a soutenu Rafaa Tabib dans une intervention qu’il a intitulée : « Anthropologie d’une fracture urbaine en Libye : Toubous et Arabes à Sebha ». A Sebha, en effet, les populations  s’ignorent et se font la guerre. Au Nord, les Khout El Jed, au Centre, les Ouled Slimane et au Sud, les Touwaref et les Toubous. Les combats entre les seconds et les derniers ont fait, en janvier 2014, dix-neuf morts.

Le centre-ville, qui était sous Kadhafi le centre nerveux d’une agglomération de quelque 200 000 habitants, dont 60% de Toubous, est totalement abandonné. « Les commerces, toutes les administrations et autres services ont leurs portes et fenêtres murées », a affirmé Rafaa Tabib. « Le centre-ville ne sert pratiquement plus qu’aux joutes tribales qui se fêtent le soir au rythme des tirs  d’armes », a-t-il ajouté.

Côté milices, celles-ci sont bien armées (Kalachnikovs, mais aussi chars d’assaut et missiles Stringer) et sont peuplées de milliers de combattants. La milice Toubou, commandée par Barka Ouerdrougou, compte 12 000 combattants. Celle des Ouled Slimane, commandée par Bahreddine Slimani, est constituée de 10 000 hommes. « Même les étudiantes portent des armes », a souligné Rafaa Tabib.

28 000 fusils d’assaut saisis en 2013  

Des chefs de guerre qui ne sont pas toujours des hommes de conviction. Loin s’en faut ! Bahreddine Slimani est un ancien dealer qui s’est recyclé en chef de  guerre. Les milices -inutile de le préciser – vivent beaucoup de trafics. Ainsi les Toubous, qui tiennent les frontières avec le Tchad d’où ils sont originaires,  ne reculent ainsi devant rien. Cela va du trafic de drogues, à celui des cigarettes, des armes,…

Sebha est devenu depuis 2011 un véritable « centre mondial d’exportation des armes ». Le trafic des armes emprunte d’ailleurs une ligne, assure Rafaa Tabib, « qui va de  Sebha, se prolonge jusqu’à Dongla, au Nord-Ouest du Soudan, en passant par les villes libyennes de Koufra et Aouinet », a-t-il assuré. Avant d’ajouter que ces armes prennent notamment par la suite la route de « Gaza et de l’Egypte ». Et les saisies réalisées au Sinaï égyptien en 2013 donnent la mesure du trafic existant : « 28 000 fusils d’assaut ».

 

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