Tunis – ANC : Kamel Bennaceur s’explique

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Le grand débat sur le secteur de l’énergie et des ressources naturelles du pays est passé en ce vendredi 7 mars à une étape supérieure. Démarré il y a quelques mois par des investigations journalistiques, puis remis sur le tapis lors des débats sur la Constitution, le voilà qui prend une nouvelle ampleur. En effet, 70 députés ont exigé la présence du ministre de l’Industrie afin que tout soit mis sur la table.

Armé de plusieurs diapositives remplies de camemberts, de tableaux, de courbes comparatives, avec des pays étrangers, le ministre de l’Industrie, de l’Energie et des Mines, Kamel Bennaceur, a présenté le diagnostic énergétique du pays.  Principaux chiffres : la moyenne de la production en Tunisie a été évaluée à 77 mille barils/jours en 2010,  qui baissera en 2014 à 60 mille barils au quotidien. Les réserves de pétrole sont estimées, par les services du ministère, à 285 millions de tonnes et couvrent les besoins du pays pour les 18 prochaines années. Les réserves de gaz, elles, présentent une longévité de 20 années, ce qui est selon Kamel Bennaceur, bien en deçà de la moyenne internationale.

Les données du ministre et son exposé n’ont toutefois pas convaincu plusieurs députés. « Vous nous avez submergé de chiffres, et on en a assez des discours descriptifs. Si nous vous avons convoqué, c’est pour que vous nous parliez de la corruption qui tourne autour de tous les contrats conclus avec les entreprises étrangères », s’est ainsi adressé le député Taher Hamila au ministre. Et c’est bien avec insistance, que ce député a exigé du représentant du gouvernement la liste complète de tous les contrats relatifs aux secteurs des hydrocarbures et des mines, depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui. «  L’Assemblée nationale constituante, avec le concours d’experts, se doit de réviser ces contrats, et les ajuster conformément à la nouvelle Constitution, en l’occurrence l’article 13 », a renchéri Taher Hamila.

L’article 13 de la Constitution stipule en effet que :

« Les ressources naturelles sont la propriété du peuple tunisien, la souveraineté de l’Etat sur ces ressources est exercée en son nom. Les contrats d’exploitation relatifs à ses ressources sont soumis à la commission spécialisée au sein de l’Assemblée des représentants du peuple. Les conventions ratifiées au sujet de ces ressources sont soumises à l’Assemblée pour approbation. »

Aussi attachés à la souveraineté que leur collègue Taher Hamila, d’ autres députés sont même allés jusqu’à qualifier le ministère de l’Industrie, de l’Energie et des Mines de ministère régalien. «  Votre ministère est un ministère régalien, un ministère de souveraineté et nous exigeons que soit dévoilé tout ce qui touche à la souveraineté du pays et son indépendance par rapport aux intérêts étrangers. », a ainsi demandé le député Ali Haouiji à Kamel Bennaceur.

Lancinantes, les interrogations des députés étaient, pendant de longues heures, aussi agacées les unes que les autres, bien que certains d’entre eux, comme Abdel Aziz Kotti, aient affirmé que probablement  « ce qui se dit dans les médias est exagéré» en donnant tout le crédit au ministre et à son équipe.

Dans les interventions plutôt préoccupées, ont été redondants les termes suivants : Cotusal (la compagnie française qui exploite le sel tunisien depuis la colonisation), le permis Zarat, la compagnie Alstom qui est toujours présente en Tunisie,  le gaz de schiste, les mines d’or de Nefza,  Sra Ouertene, le projet Desertec, le projet de loi sur les énergies renouvelables, ou encore le champ d’El Franig et son exploitant Perenco.

A toutes ces préoccupations, le ministre a ainsi répondu : «  99% de la corruption dont on parle relève de la fiction ».

Kamel Bennaceur, bien qu’il ait dit ne pas vouloir faire pression sur les députés, leur a fait savoir que les retards dans l’examen des permis pétroliers, actuellement en commissions à l’ANC, pourraient bien porter préjudice à la réputation de la Tunisie.

Réceptif à la proposition de Noomane Fehri, le ministre s’est par ailleurs dit disponible pour dispenser une journée d’études aux députés, question de leur apprendre les abc du secteur énergétique comme la définition d’une concession pétrolière par exemple.

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