Le discours de Mehdi Jomaa est en deçà des attentes du peuple tunisien

Quand le chef du gouvernement provisoire s’est  prononcé, dans la soirée du dimanche 02 mars, sur ses 30 premiers jours au pouvoir, la députée Karima Souid a presque tout noté. Contrairement à certains députés, comme un député du mouvement Ennahdha qui a déclaré ne pas « avoir écouté le discours de Mehdi Jomaa et ne pas pouvoir donc le commenter », la députée d’Al-Massar nous en a fait une radioscopie.

Quand on lui a demandé de nous faire part de son analyse, Karima Souid, n’a qualifié de positif que peu de points évoqués par Mehdi Jomaa : les moyens qui ont été mis en place et donnés à l’ISIE, en l’occurrence les 10 millions de dinars, et la désignation d’un vis-à-vis unique entre le gouvernement et l’ISIE, dont la principale mission serait de pallier aux éventuelles difficultés entre les deux parties.

Ceci fait, la députée s’est aussitôt attelée à relever les défaillances de la première prestation publique du chef du gouvernement provisoire. Commençant par la forme, elle n’a pas ménagé ses critiques. « Quand on s’adresse au peuple tunisien, et en l’occurrence quand on est chef du gouvernement, on se doit de respecter sa communication politique et sa gestuelle. Mehdi Jomaa est apparu crispé, les poings fermés ; signe probablement d’un manque de confiance, mais également d’une situation peu rassurante pour les Tunisiens et l’économie tunisienne », a-t-elle ainsi expliqué.

Que lui reproche-t-elle sur le fond ? La réponse de Karima Souid s’est articulée sur plusieurs « faiblesses ». Analysant le volet politique, elle lui a reproché « un manque de précision et de fermeté sur le dossier des Ligues de protection de la révolution ». Pour elle, Mehdi Jomaa a également été imprécis sur le rôle du secrétaire général du gouvernement ainsi que sur les dossiers de dépassements. Il n’aurait, à son avis, que très peu rassuré les Tunisiens, en n’évoquant pas le projet de loi sur la cybercriminalité, ni les commissions régionales chargées de contrôler certaines mosquées, qui sont le nid d’extrémisme et de terrorisme.

Karima Souid a également estimé inacceptable que le chef du gouvernement ne puisse pas donner le nombre exact des Tunisiens qui sont partis en Syrie et qu’il n’ait pas insisté sur la notion d’unité nationale, qui anime la quasi-totalité de la classe politique.

Attaquant le dossier économique, Karima Souid a admis que le gouvernement de Mehdi Jomaa « hérite du bilan désastreux des trois gouvernements transitoires, en l’occurrence les gouvernements de la Troika », mais s’est montrée agacée de l’attitude du chef du gouvernement provisoire. En effet, celui-ci n’a pas rappelé qu’en juillet 2013, l’ensemble des dettes contractées sous le gouvernement de la Troika s’élevait à 16 896 millions de dinars, dont 6.542 millions de dettes votées sous forme de lois. « Je comprends, à travers cette omission, qu’il va suivre la même stratégie que celle adoptée par ces prédécesseurs », a-t-elle conclu.

Cette constatation est conforme avec ce qu’a annoncé le chef du gouvernement, qui se dirigera vers les Etats-Unis et les pays du Golfe dans une campagne de levée de fonds ; mais c’est surtout sur les conditions auxquelles seront octroyés ces crédits que la députée d’Al Massar se dit préoccupée. « Ces emprunts seront-ils essentiellement alloués au paiement des salaires et au fonctionnement de l’Etat ? Toutefois, il est de mon devoir d’élue de connaitre quelles sont et quelles seront les conditions de ces emprunts. Seules les conventions nous permettent de connaître les conditions des bailleurs de fonds. Or nous n’avons pas accès, nous, ANC, supposée être le pouvoir suprême du pays, à ces conventions », a-t-elle ainsi exposé; avant de rappeler : « Nous avons découvert les conditions du FMI dans la presse espagnole et via les investigations de Nawaat ! »

Les répercussions sociales de ces conditions imposées par le FMI, et autres bailleurs de fonds, Karima Souid les perçoit déjà. « Plus de recrutements dans la fonction publique, gel des augmentations salariales, suppression progressive de la compensation, allusion à d’émminentes privatisations d’entreprises publiques », a-t-elle ainsi égrené, entre craintes et constats.

« La vraie démocratie c’est lorsque les politiques nationales sont construites en fonction des désirs et du bien-être du peuple et non pas pour assouvir la volonté d’autrui », a conclu Karima Souid.

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