Intellectuel – pyromane

Il y a une catégorie d’intellectuels dont la raison d’être dans la vie, c’est d’empoisonner celle des autres. Ils écrivent, ils parlent, ils s’agitent, et tout ce qu’ils font va dans un sens unique : semer la discorde, baliser le terrain à l’anarchie, mettre en place les conditions de déchirements meurtriers au sein des populations. Prenons ce qui se passe aujourd’hui en Syrie et en Libye. Avant l’entrée dans la danse macabre des politiciens, des miliciens et, dans le cas de la Libye, des forces aériennes de l’OTAN, des intellectuels genre Bernard Henri Lévy ont remué ciel et terre pour que les régimes en place soient renversés et que leurs peuples jouissent des bienfaits de la démocratie et des droits de l’Homme tels que les conçoivent BHL et ses amis en France ou les néoconservateurs aux Etats-Unis.

La France sous Sarkozy est intervenue militairement contre la Libye et Bernard Henri Lévy et ses amis y sont pour quelque chose. La France sous Hollande a tout fait pour intervenir contre la Syrie, et Bernard Henri Lévy et ses amis sont aussi pour quelque chose dans cette démangeaison guerrière française, même si Hollande, Fabius ne sont pas arrivés à leurs fins pour cause de volte- face américaine.

A u vu des désastres politiques, économiques et humanitaires qui endeuillent la Libye et la Syrie depuis trois ans, au vu des dommages incommensurables causés aux pays du « printemps arabe », et notamment l’Egypte et la Tunisie, suite au détournement des soulèvements populaires de leur objectif initial, on aurait pensé que l’enthousiasme révolutionnaire de Bernard Henri Lévy  et de ses amis perde un peu de son ardeur, qu’ils prennent au moins une petite pause dans l’exécution de leur stratégie d’incitation à la révolte dans les quelques pays encore stables. Non, BHL et ses amis en France, les néoconservateurs aux Etats-Unis ne semblent pas en mesure de jouir de la paix d’esprit tant qu’ils ne voient pas le monde arabe dans son ensemble à feu et à sang, tant qu’ils n’expérimentent pas  « l’anarchie créatrice » dans chaque quartier de chaque ville de chaque pays du monde arabe, à trois exceptions près, Bahrain, L’Arabie Saoudite et le Qatar.

Alors que la Syrie est à feu et à sang, alors que la Libye poursuit sa descente aux enfers, Bernard Henri Lévy poursuit imperturbablement sa mission d’intellectuel-pyromane. Ecoutons son dernier vœu exprimé dans un débat télévisé face à Zohra Drif, une femme politique algérienne : « Je pense que lorsque l’Algérie se décide, comme la France, à repenser son passé, alors elle sera mûre pour cet événement que j’appelle de tous mes vœux qui est l’avenir de la vraie révolution algérienne, qui est la vraie suite de cette guerre d’indépendance juste que vous avez menée et qui sera la victoire de la démocratie, et qui sera le printemps algérien. Moi, ce que je veux, ce que je souhaite en tant que Français, et en tant que Français lié par toutes les fibres que je vous ai dites à l’Algérie, ce que je souhaite, c’est que le travail de mémoire, le travail de discussion politique, le retour sur soi permettent que l’Algérie rejoigne, mais avec une maturité bien plus grande, avec une culture politique immense et incomparable dans la région,  qu’elle rejoigne le grand mouvement du printemps arabe par rapport auquel, pour l’heure, la grande Algérie qui a montré la voie de l’honneur et de la justice me semble être inexplicablement en retard. Pour moi, l’épilogue glorieux de ce qu’on appelle le printemps arabe peut et doit advenir en Algérie. »

Si l’on élimine de cette courte intervention les fioritures, les envolées lyriques insignifiantes et l’abus de superlatifs pompeux, on aura mis en relief le message que Bernard Henri Levy voudrait faire passer et qui est son désir ardent : voir l’Algérie à son tour déstabilisée par « le printemps arabe ». Il cache mal sa frustration que cette vague déstabilisatrice épargne  encore l’Algérie et ne s’explique pas ce « retard » pris par les Algériens à suivre l’exemple de la Libye et de la Syrie.

Cet intellectuel-pyromane feint d’ignorer que l’Algérie est passée par la décennie sanglante des années 1990, et que les terroristes qui avaient semé le chaos pendant des années n’ont pas désarmé. Ils se terrent dans le désert et attendent les premiers signes de déstabilisation pour  revenir à la charge et ensanglanter de nouveau le pays.

L’Algérie joue actuellement le rôle de barrage contre le terrorisme. Bernard Henri Levy ne peut pas ignorer cette réalité qui l’agace. Le barrage algérien limite de manière drastique la liberté de mouvement des terroristes et, par conséquent, la généralisation de l’anarchie en Afrique du Nord. S’il incite les Algériens à rejoindre « le grand mouvement du printemps arabe », c’est dans l’espoir de voir ce barrage détruit et l’anarchie se généraliser.

Les « vœux » de démocratie et de liberté pour les Algériens de Bernard Henri Lévy sonnent faux. Il était tout aussi enthousiaste de voir le vent de la liberté souffler sur la Libye. Mais une fois le régime de Kadhafi renversé, une fois l’anarchie installée, il s’en va chercher d’autres foyers de tension à allumer. Le « vent de la liberté » qu’il a contribué à faire souffler sur la Libye, et le « vent de la liberté » qu’il désire voir souffler sur l’Algérie, BHL ne les souhaite pas à ses vrais amis qui se trouvent au Bahrain, en Arabie Saoudite ou encore au Qatar. Il partage avec ces modèles de démocratie et de liberté les mêmes objectifs en Syrie, en Libye et en Algérie.

 

 

 

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