Tunisie : Diplomatie, le retour du pendule

Le hasard fait bien les choses. Encore qu’il s’agit, ici et maintenant, moins d’un hasard de calendrier que de l’affirmation, par le nouveau chef du Gouvernement, d’une volonté politique et d’un souci diplomatique qui renouent avec les principes fondamentaux de la diplomatie tunisienne. Il y a, dans la visite de Mehdi Jomaa, en Algérie et au Maroc, à moins d’une semaine d’intervalle, et à la veille du 25e anniversaire de l’UMA, plus d’une signification. Ces visites sont les premières effectuées par le nouveau chef de l’exécutif. Tout un symbole. On ne saurait mieux exprimer sa foi dans l’unité maghrébine.

maroc-tunisie-l-economiste-maghrebinMehdi Jomaa s’est rendu en Algérie, la profondeur stratégique de la Tunisie, pour marquer la continuité historique et consolider le sentiment de proximité, d’affinité et de solidarité entre les deux pays à la destinée commune. Il s’est ensuite, dans la logique des choses, rendu au Maroc. L’accueil que lui a réservé le Roi Mohamed VI suffit à lui seul à traduire dans les faits l’impératif de solidarité et d’amitié de deux pays frères de sang. Trois pays et un seul peuple. Il en fut toujours ainsi, hormis la parenthèse nahdhaouie qui a une tout  autre grille de lecture de la diplomatie tunisienne.

Mehdi Jomaa réservera sa troisième sortie à destination de la Libye, l’autre profondeur stratégique de la Tunisie avec laquelle nous avons depuis toujours tout partagé : les vicissitudes de l’Histoire, l’illusion de l’union mort- née et récemment encore, l’irruption volcanique d’essence politique.

Et pour bien signifier l’ancrage méditerranéen de la Tunisie, il consacrera sa 4e visite, pour des raisons évidentes, au siège de l’Union européenne. La boucle est loin d’être bouclée, mais l’essentiel est préservé : le retour aux sources de la diplomatie tunisienne, après deux années d’errements, d’égarement et de déraillement diplomatico- politiques qui n’ont rien de glorieux. Deux interminables années, qui ont vassalisé le pays, l’ont fait chuter de son piédestal, lui ont fait perdre son rang et ont étriqué sa souveraineté.

L’Histoire dira un jour le poids des responsabilités du gouvernement de la Troïka et du chef de l’Etat provisoire dans ce périlleux dérapage diplomatique. Que n’ont- ils fait pour exposer, fragiliser et affaiblir le pays, en le coupant de ses racines, dans la perspective de nouvelles alliances problématiques et contre nature qui l’ont rabaissé au rang de supplétif, d’exécutant d’agendas géopolitiques qui lui échappent, le dépassent et ne le concernent guère ? L’Algérie, le Maroc, l’Egypte, la Syrie,… – pour ne citer que ceux-là – en gardent un triste et amer souvenir.

La diplomatie ne s’improvise pas ; elle ne se décrète pas au gré des affinités idéologiques de circonstance au point de prendre le pays, ses intérêts ancestraux, son histoire millénaire et son avenir en otage. Elle se construit au fil du temps, à partir de certaines constances, de points de repère historiques, géographiques, géopolitiques, à partir, pour ainsi dire, d’une vision partagée et consensuelle de la société.

La Tunisie est certes une petite géographie, mais c’est aussi une grande histoire. Elle a, depuis l’indépendance, brillé par sa diplomatie, alors que son poids militaire et économique est insignifiant. Elle servait au sein des instances onusiennes de modèle et de référence pour le continent auquel elle a donné son nom. Pendant deux ans, les têtes de l’exécutif ont malmené notre diplomatie et mis à mal nos intérêts et notre crédibilité. Il devenait, dès lors, urgent de redresser la barre, de remettre les choses à l’endroit et de se mettre de nouveau dans le sens de la marche de l’Histoire.

Le chef du Gouvernement ne pouvait différer ses visites pour bien marquer leur caractère symbolique et le renouveau de la diplomatie tunisienne. Elles surviennent, à une poignée de jours du 25e anniversaire de l’UMA, née à Rabat le 17 février 1989, dans l’euphorie de la chute du mur de Berlin.

L’UMA suscita en son temps un immense espoir. L’utopie des premiers visionnaires, pensions-nous, devenait réalité. Le rêve longtemps caressé par des générations de Maghrébins du temps de la lutte pour la libération s’est enfin concrétisé. On y avait cru un moment. Car il y eut, dans la foulée, plusieurs rencontres au sommet pour donner corps et plus de chair à la construction maghrébine. Celle-ci s’est dotée d’un siège à Rabat, d’un secrétariat général au talent et aux convictions affirmés et d’institutions qui tenaient la route. Elle dressa, au fil des rencontres ministérielles et des sommets aux premières années qui ont suivi sa proclamation, un agenda et un calendrier assez précis et réalistes, pour ne pas les prendre au sérieux, mettant en perspective les différentes étapes de l’intégration de la construction de l’espace maghrébin unifié : zone de libre-échange, union douanière, marché  commun, suivi d’une plus grande harmonisation fiscale et budgétaire, devant aboutir, à l’instar de la construction européenne, à l’UMA. Mieux, au-delà de ces avancées économiques et commerciales, on s’imaginait que l’annonce de la création de l’UMA offrait le cadre idéal pour en finir une fois pour toutes avec les frictions politiques et les différends frontaliers. Ces divergences étant solubles dans ce nouvel ensemble en gestation, fondé sur le principe même de la communauté de destin et devant tomber sous le coup du non-sens, du moins le croyions-nous. Exit alors le différend qui opposait l’Algérie au Maroc au sujet du Sahara qui empoisonnait la région ? Nos espoirs n’ont pas tenu longtemps et ont vite été déçus. Il n’en fut hélas rien.

Les principaux dirigeants politiques, bien accrochés à leur pouvoir, à leur « souveraineté » et souvent à leurs privilèges n’ont pas pu, su ou voulu franchir le pas et s’investir pleinement dans cette aventure d’essence démocratique. Ils n’étaient pas mûrs pour transformer leur propre essai : une union décidée d’en haut, sans consultation populaire. Quant aux entreprises qui en avaient tant besoin pour impulser leur propre développement, elles étaient tout simplement ignorées, mises à l’écart.

Une fois de plus, le rêve était brisé. La construction maghrébine n’avait pas encore commencé qu’elle tomba en déshérence. Faute de volonté politique, de moteur puissant capable de la faire sortir de ses limbes. L’histoire des grands ensembles régionaux atteste que seuls les plus puissants parviennent à  jouer ce rôle. Le couple Algérie-Maroc – qui en  a tant besoin pour régler ses différends – a vocation de former et de conduire l’attelage maghrébin, sans susciter la moindre animosité chez les autres. Toute autre configuration ne pourrait aboutir. Les querelles de leadership mal assimilé, du reste compatible avec l’esprit de l’Union – il n’y a qu’à voir l’UE qui s’accommode du leadership allemand – en ont décidé autrement. L’UMA est restée en rade, dans un état de mort clinique.

L’Afrique du Nord, unie par l’histoire, la géographie, la langue, la religion et la culture est sans doute la région la plus compartimentée, la moins intégrée, au mépris de la rationalité économique et des intérêts bien compris de chaque pays de la région. Inutile de revenir sur le coût exorbitant du non-Maghreb, celui de la désunion et de l’étanchéité des frontières qui n’ont pas de raison d’être à l’intérieur de l’espace maghrébin. Les experts l’estiment à près de 1.5 point de croissance par an. Autant dire une perte de plus de 15000 créations d’emplois à l’échelle de la Tunisie. Que l’on sache, ni l’Algérie, ni le Maroc n’ont résolu leur problème lancinant du chômage ! Mais il y a plus, le coût écologique en termes d’exode en rapport avec le réchauffement climatique et davantage encore, le coût sécuritaire.

Les coûts cachés sont tout aussi graves : notre poids et notre représentativité dans le monde s’en ressentent. Avec l’UE comme avec le reste du monde, les pays du Maghreb avancent et négocient en ordre dispersé quand, ensemble, sous la bannière de l’UMA, ils concèderaient moins et obtiendraient plus.

Les pays maghrébins en sont réduits aujourd’hui, alors qu’ils sont pleinement insérés dans la mondialisation, à discuter de la libéralisation des échanges et de la suppression des barrières douanières. Encore que cela ne concerne même pas l’Algérie et le Maroc, à la frontière hermétiquement fermée. Dans le meilleur des cas, en dehors de l’anomalie algéro-marocaine, les pays n’ont pu surmonter le premier stade de l’intégration. Le gâchis est énorme !

Vingt-cinq ans après la proclamation de l’UMA, le spectacle est affligeant et le volume insignifiant des échanges traduit un manque de volonté politique qui relève de l’irrationnel. Les frontières sont toujours là ; elles ne sont contournées et déjouées que par les acteurs du secteur informel, dont on a fini, à force de rétention, par en faire des trafiquants. Les barrières douanières et non tarifaires persistent. Les mouvements de marchandises, de capitaux et de personnes sont des plus aléatoires. Comble de l’absurde pour des pays à égal développement, les monnaies ne sont pas unifiées ; pis encore, elles ne sont même pas convertibles entre elles. De quelle entité maghrébine ose-t-on encore parler ?

Le Maroc regarde volontiers vers le Sud, le Nord et ne se prive pas de lorgner vers le grand large, l’Atlantique et au-delà, les Etats-Unis d’Amérique avec qui il a conclu un accord de libre-échange. L’Algérie se complaît dans ses ressources pétrolières et engrange de substantielles réserves en devises qui relèguent à l’arrière-plan les considérations de construction maghrébine. La Libye, ou ce qu’il en reste, n’est plus dans la course. La Tunisie, après une désastreuse sortie de piste, rentre dans les rangs désunis et s’active de nouveau à faire bouger les lignes pour de nouvelles avancées politiques, économiques et commerciales. Y parviendra-t-elle ?

L’accueil dont a été gratifié Mehdi Jomaa à Alger comme à Rabat est d’un bon présage. Il ouvre un nouveau chapitre en matière de coopération bilatérale d’ordre tout à la fois commercial, financier et sécuritaire surtout, dès lors que l’ensemble de la région est sous la menace du péril djihadiste. L’UMA, pour sa part, attendra encore. Sa résurrection n’est pas pour demain. Avis aux entreprises, aux salariés, aux sans-emploi, aux universités,… dont la survie en dépend.

3 Commentaires

  1. Je suis contre l union du maghrebe avec le régimes haineux de boutif escrocs assassin voleurs pyromanes et terroristes il faut remplacer alger par le mali
    Le régime de cuba de boutif il change de chemise tous les heures

      • ben je voi que tu parle un peu d »un poin de vue « afectueux », tien tape juste histoire du drapeau maroc , tu va en decouvrir des choses; que le maroc es l’enemie des rabes et musulman .jamais avec eux .

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