«Mehdi Jomaa n’est pas le messie»

L’année 2014 sera l’année des élections à préparer et à réussir, conformément à la Feuille de route dressée par les parties prenantes au dialogue national. C’est dans ce cadre que le député de l’Alliance démocratique, Mahmoud Baroudi, a été  notre invité  à l’Economiste Maghrébin (Magazine). Nous avons choisi pour vous quelque extraits. Interview.

L’Economiste Maghrébin : Une nouvelle Constitution et également un nouveau gouvernement, dirigé par Mehdi Jomaa. Comment jugez-vous sa composition ? Est-ce qu’il répond aux attentes et quelles sont ses priorités ?

Mahmoud Baroudi : Pour ce qui est de la Constitution, c’est le fruit d’un long travail en commun, consensuel, pour la réussite duquel tous les partis, la société civile, la population et toutes les forces vives du pays ont pris part. Donc, le mérite revient à tout ce beau monde et non pas à Ennahdha qui veut s’approprier le succès, lui qui a échoué partout.

C’est d’ailleurs le cas aussi pour le gouvernement de compétences indépendantes qui vient d’être formé. Sans la présence de la société civile, sans les sit-in, les assassinats de Belaïd et Brahmi, des soldats et des forces de la sécurité à Ech-Chaambi et ailleurs, le terrorisme, … les islamistes alors au pouvoir n’auraient pas cédé.

Pour toutes ces raisons et aussi pour tous les échecs, nous avons estimé que le gouvernement Laarayedh ne pouvait pas nous mener à des élections libres, transparentes et démocratiques.

Quant à la composition du gouvernement Jomaa, j’y vois un réel progrès dans la situation actuelle du pays. C’est un gouvernement acceptable dans ce contexte de tiraillements entre partis politiques et de déséquilibres dans la scène politique. Sa mission principale consiste, comme on dit, surtout à désamorcer les mines et autres bombes à retardement posées partout par le gouvernement Laarayedh. C’est un gouvernement de démineurs, d’artificiers que ce gouvernement Jomaa.

Par ailleurs, l’élaboration d’une loi de finances complémentaire s’impose et qui plus est, elle ne devrait pas mettre la pression, comme la précédente, sur cette classe moyenne qui est en train de s’effriter un peu plus tous les jours. Affaiblir la demande intérieure ne favoriserait pas la croissance, qui pourrait être également tirée par l’investissement.

A mon avis, il y a trois processus complémentaires à réussir : le processus politique, le processus sécuritaire et le processus économique. Une trilogie qui pourrait être soit vertueuse, soit vicieuse. Aujourd’hui, la mise en place du nouveau gouvernement doit, en principe, se répercuter sur la sécurité et l’économie.

Vous avez parlé d’atomisation de la vie politique, comment voyez-vous demain le paysage politique ? Il va y avoir sûrement de nouvelles alliances.

A mon avis, le nouveau paysage politique sera composé de quatre grandes familles. Il y aura Ennahdha et ses satellites, le Front populaire avec un taux de 3 à 4%, Nida Tounes et une entité à mi-chemin entre les deux grands blocs. Entité composée de forces qui pourraient se regrouper par exemple en un Front démocratique ou bien en une Alliance nationale avec El Massar, El Joumhouri, nous-mêmes l’Alliance démocratique, Afaq Touness… Certes, ce sont là des partis qui ne ratissent pas large, mais qui peuvent créer une nouvelle synergie. En effet, on sait par exemple qu’il y a des gens qui ne se reconnaissent pas tout à fait dans Nida Tounes, mais qui ne veulent pas adhérer à Ennahdha. Ils auront donc la possibilité d’opter pour le quatrième bloc.

Nous avons une nouvelle Constitution, un nouveau gouvernement, oui, mais le plus dur reste à faire…

Mehdi Jomaa n’est pas « le messie », il ne pourrait pas tout changer en un coup de baguette magique, mais je reste persuadé qu’il faut de la sincérité, des signaux forts, de la transparence. Il faut tout dire sur le legs d’Ennahdha afin que ce qui va être entrepris soit apprécié à sa juste valeur. Il faut dire la vérité sur l’état des lieux après deux ans de pouvoir Ennahdha, à défaut de quoi, le prix à payer sera fort et les élections pourraient bien ne pas se tenir comme prévu. C’est seulement à ces conditions que la situation socio-économique pourrait s’améliorer, d’autant plus que face à la bonne volonté, à la sincérité et à l’indépendance du gouvernement, les pays partenaires et les institutions financières internationales répondraient, j’en suis convaincu, présents et ne lésineraient pas sur les moyens pour aider et soutenir ce qui reste du processus de transition dans sa globalité. Il n’en demeure pas moins que l’année 2014 sera une année très difficile. Et il n’en demeure pas moins aussi que je reste optimiste. Je suis sûr que nous arriverons à nous en sortir, sans trop de dégâts.

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