Les relations franco-tunisiennes et la question de la dette

Le président de la République française, François Hollande, a tenu à être présent lors de la cérémonie officielle d’adoption de la nouvelle Constitution tunisienne. Ce geste symbolique fort ne saurait faire oublier le jeu trouble joué par la France avant la chute du régime Benaliste. La France n’avait pas su- voulu ?- saisir le soulèvement du peuple tunisien. Un autisme et un attentisme de l’Elysée conjugués à l’époque aux maladresses de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, qui ont suscité un malaise profond en Tunisie. Une alternative au système Ben Ali semblait comme inconcevable pour la diplomatie française. Le silence de l’ancienne puissance coloniale traduisait un soutien à l’ancien régime.

L’arrivée au pouvoir de François Hollande a ouvert de nouvelles perspectives dans les relations bilatérales. Le président français n’a cessé de faire montre de l’attention portée à l’évolution de l’expérience tunisienne, mise en exergue comme un exemple pour le monde arabe. Or la réalisation de l’idéal révolutionnaire et démocratique suppose un engagement plus significatif de la France. Au-delà des pétitions de principe exprimées par la communauté internationale lors du G20 de Deauville en 2011, la France et l’Europe doivent traduire leurs discours en actes emprunts de responsabilité et de solidarité à l’endroit d’un peuple engagé dans la voie de la démocratie, mais encore confronté à l’urgence économique et sociale.

Le soutien à la Tunisie et la garantie du succès de sa transition démocratique commandent une décision forte : l’annulation de ses dettes envers la France. Ce fut d’ailleurs l’une des demandes expresses formulées par le ministre de l’Economie et des Finances, Hakim Ben Hammouda, lors de sa rencontre jeudi dernier, avec l’ambassadeur de France en Tunisie, François Gouyette, et le directeur de l’Agence Française de Développement (AFD) en Tunisie, Philippe-Cyrille Berton. Si ce dernier a annoncé la volonté de l’AFD d’intensifier la coopération bilatérale et d’organiser une rencontre entre les représentants des deux pays pour mettre en place un programme de coopération pour les trois ans à venir, la question de la dette reste posée. Il faut rappeler ici que le 6 juillet 2013, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a estimé lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence qu’une annulation totale de la dette souveraine d’un pays était « simple » dans son principe, mais « extraordinairement dangereuse » quant à ses implications : « Organiser la faillite généralisée a des effets de bords« , a-t-il argumenté, rappelant qu’ « à supposer que ceux qui ont prêté survivent, ils ne sont pas prêts de re-prêter ou alors à des taux extraordinairement supérieurs« . Il a ainsi souligné que lorsqu’ « un État comme la Grèce décide de ne pas rembourser« , l’impact est subi par « d’autres États sur lesquels se lève la suspicion et qui du coup voient leur coût (d’emprunt) se surenchérir durablement« .

Lors de sa dernière visite à Tunis, le président Hollande a finalement opté pour une solution de compromis, conforme à sa manière de penser et de faire. Il a en effet annoncé la conversion d’une partie de la dette tunisienne (60 millions d’euros sur environ un milliard d’euros de dette) en investissements ; à cela s’ajoute l’octroi d’un demi-milliard de prêts et de dons. L’Agence française de développement investira notamment « dans la réhabilitation des quartiers populaires, l’alimentation en eau potable, la formation professionnelle, l’amélioration des liaisons ferroviaires, et le développement agricole », a détaillé le président de la République française. Malgré l’intérêt de ces mesures, la « conversion de dette » ne signifie pas « annulation de la dette »…

Au-delà des éloges et la célébration de l’avènement d’une nouvelle constitution tunisienne, le discours de François Hollande n’a pas assez souligné les défis économiques et sociaux auxquels le pays reste plus que jamais confronté. Paradoxalement, malgré les avancées politiques, le «désenchantement démocratique» guette le peuple tunisien. Seuls des résultats concrets en faveur de l’amélioration de la condition économique et sociale des plus défavorisés- en particulier dans les régions de l’intérieur et dans les banlieues populaires de Tunis- seront de nature à ancrer la démocratie en Tunisie. Le niveau du chômage atteint de telles proportions que les avancées politiques risquent d’être annihilées par la montée des ressentiments et de la frustration sociale. Dans ce contexte, il est dans l’intérêt même de la France et de l’Europe d’agir en faveur de la réussite de l’expérience tunisienne et de se prémunir ainsi contre les maux du chaos, y compris a tentation de la jeunesse de céder aux sirènes de l’immigration clandestine…

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here