Tunis – Opération Raoued : Terrorisme aveugle et fanatisme nihiliste

Le pas qualitatif franchi dans la lutte antiterroriste par nos forces de sécurité  consiste, semble-t-il, à renouer avec la stratégie de la prévention qui, comme dans le cas de l’opération Raoued, engendre l’étouffement dans l’œuf d’un projet terroriste avant son exécution.

A Raoued, à en juger par la dangerosité et la détermination des terroristes, la quantité énorme d’explosifs qui était à leur disposition, sans oublier la proximité de la date anniversaire de l’assassinat de Chokri Belaïd, tous les indices prouvent que la cellule dirigée par Kamel Gadhgadhi se préparait à commettre une opération terroriste d’envergure qui aurait provoqué un nombre effrayant de victimes et un coup terrible au moral des Tunisiens et à leur économie chancelante.

Dans ces conditions, on ne peut que saluer les forces de sécurité dont la vigilance a épargné au pays un drame d’une gravité à donner des sueurs froides. On ne peut que se féliciter du départ d’un gouvernement qui, de par sa politique pour le moins ambiguë vis-à-vis du phénomène du terrorisme, assume une large responsabilité dans son implantation dans les régions rurales, urbaines et montagnardes du pays. On ne peut qu’espérer que le nouveau gouvernement rompe définitivement avec la négligence et l’ambiguïté, pour ne pas dire plus, de son prédécesseur, libère les forces de sécurité des entraves qui les empêchaient de faire leur travail efficacement et, enfin, leur donne les moyens matériels et légaux sans lesquels le phénomène terroriste ne pourra être déraciné.

Il fut un temps où le terrorisme en Tunisie était traqué sans répit. On peut même dire qu’il était quasi-inexistant, si l’on excepte le coup de Djerba de 2001 et les événements de Slimane de 2006, gérés avec une efficacité et un professionnalisme admirables par nos forces de sécurité. Comment est-on passé de cette situation de quiétude et de tranquillité à la situation d’aujourd’hui où le terrorisme ambitionne de détruire les structures de l’Etat et de contraindre le peuple tunisien à renoncer au mode de vie de ses ancêtres et d’adopter celui des terroristes et de leurs commanditaires ?

Pour être juste et objectif, disons que tout n’a pas commencé avec les gouvernements de la Troïka. Trois décisions désastreuses ont été prises par les gouvernements d’avant les élections du 23 octobre : l’amnistie générale qui a libéré des centaines de terroristes, dont Seifallah Ben Hassine, dit Abou Iyadh ; la dissolution de la direction de la sûreté de l’Etat ; l’abrogation de la loi antiterroriste du 10 décembre 2003.

Les terroristes libérés n’ont pas perdu de temps à reconstituer leur organisation et à s’engager dans leur stratégie de minage des structures de « l’Etat mécréant ». Ils ont largement bénéficié de la tolérance des gouvernements Jebali et Laarayedh à leur égard, et même de la complicité de personnalités très influentes qui travaillaient dans l’ombre.

La dissolution de la direction de la sûreté de l’Etat a provoqué une sorte de cécité des forces de police et de la garde nationale qui, tel un aveugle, ne voyaient plus le coup venir, mais tentaient de réagir autant que faire se peut après coup. Cette cécité, aggravée par la complaisance des nouveaux gouvernants à l’égard du phénomène terroriste, explique l’affaiblissement de l’Etat, l’amplification de l’insécurité et l’enhardissement  des terroristes tant vis-à-vis de l’Etat que de la société civile.

Quant à l’abrogation de la loi antiterroriste de 2003, elle a complètement désarmé la police et la justice en les privant des moyens légaux permettant une lutte efficace contre le terrorisme. Cette abrogation était d’autant plus inappropriée qu’elle intervenait à un moment où le terrorisme bénéficiait de la faiblesse de l’Etat en Tunisie et de la situation chaotique en Libye pour tisser tout un réseau de cellules actives et dormantes sur tout le territoire tunisien.

Il faut observer ici que la loi antiterroriste, objet d’intenses critiques en Tunisie et à l’étranger, fut adoptée dans un contexte international fortement secoué par les attentats de New York et Washington du 11 septembre 2011. De plus, la Tunisie n’était pas le seul pays à se doter d’un tel arsenal juridique, loin de là. Des pays fortement ancrés dans la tradition démocratique et le respect des droits de l’Homme, les Etats-Unis en premier lieu, s’étaient dotés à l’époque de lois d’exception avec l’assentiment d’une large partie de leurs populations, en vue de barrer la route à des drames semblables à celui du 11 septembre 2001. Plus récemment encore, le Premier ministre du premier pays démocratique de la planète, David Cameron, a affirmé sans fioritures : « Ne me parlez pas de droits de l’Homme quand la sécurité nationale de la Grande-Bretagne est menacée »…

Aujourd’hui, la sécurité de la Tunisie est très menacée, et nos forces de police et de la garde nationale, sans lois d’exception ni de services de renseignements effectifs, s’évertuent avec les moyens du bord à nous protéger et à sécuriser le pays de ce fléau auquel nous n’étions pas habitués. Elles se permettent même dans des conditions de danger et de stress extrêmes à faire preuve d’un respect extraordinaire des droits de l’Homme. N’ont-elles pas tenté pendant 22 heures de sauver la vie des terroristes de Raoued en tentant de les convaincre de se rendre ? Si les sept terroristes sont morts, ce n’est pas parce que les forces de sécurité ont voulu les abattre, mais bien parce qu’ ils étaient déterminés à mourir.

Reste à trouver la réponse adéquate à une question importante : comment peut-on respecter les droits de l’Homme face à un groupe de fanatiques lourdement armés, ceinturés de bâtons d’explosifs, en possession de 600 kilogrammes de TNT et déterminés par une sorte de fanatisme nihiliste à tout faire sauter ?

Cette équation n’est pas insoluble. La légitime défense est l’un des droits fondamentaux de l’homme, reconnu par toutes les législations du monde. La société tunisienne et ceux qui la protègent sont en état de légitime défense face aux terroristes. Dans ce cas, la protection du droit à la légitime défense et sa concrétisation passent nécessairement par la traque  et la neutralisation des terroristes. Par la capture si possible, par la liquidation si, comme dans le cas des terroristes de Raoued, l’arrestation sécurisée s’avère impossible.

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour si Hmida!
    La transposition de l’image de la cécité est judicieuse si Hmida tu es un bon analyste et les données que tu as fournis en disent beaucoup de l’importance de cet analyste que tu es.J’en convient,à tout ce que tu rapporte ici,dans ton article.Bravo,le correspondant « d’Abou Gharib »!Encore une fois bravo!!!

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