Tunisie : Le modèle touristique s’essouffle

Pour les anciens du secteur touristique, fini la nostalgie : une réforme du secteur touristique est inévitable. Bizerte, les seniors du secteur touristique  se sont réunis le 1er février « si la plupart des présents ont quitté le secteur touristique, le temps ne semble pas avoir ébranlé leur intérêt quant à leurs anciens métiers », s’est remémoré Ahmed Smaoui, ancien PDG de l’ONTT.

La nostalgie au menu : Parlant de son expérience dans le secteur touristique Moncef Gaaloul, ancien de l’ONTT, ne cache pas son appréhension par rapport à la crise que traverse le tourisme. Pour le moment, M. Gaaloul, dont la responsabilité était la construction des golfs tunisiens (neuf golfs exactement à Hammamet, Tozeur, Gammarth ou encore Carthage), l’optimisme n’est pas au rendez vous. « Je ne suis pas optimiste pour le moment. Depuis les événements de Ghriba, nous avons beaucoup perdu », se désole-t-il. Pourtant, selon M. Gaaloul, tout semblait bien démarré. Une chance pour les professionnels du métier à cette époque. « En 1972,  nous avions la chance d’arriver en période où le secteur offrait beaucoup d’opportunités. Ces années là, étaient des années laborieuses, les années où les nouveaux diplômés arrivaient sur le marché et donnaient le maximum. C’était, si je devais le décrire, un travail acharné. On n’était pas très nombreux également ».

Chronologiquement pour Ahmed Smaoui, la révolution du tourisme a commencé dès les années 60. En effet, entre 1960 et 1970, c’était la période du démarrage : « On n’avait pas de politique claire mais  le marché répondait rapidement ». Suite à cette décennie, le tourisme a connu une période de prospérité qui s’est étalée sur 30 ans, jusqu’aux années 2000, suite à quoi la crise a commencé.

Une crise due à un déphasage avec le marché touristique mondial : le tourisme a traversé depuis la révolution du 14 Janvier des périodes difficiles. Bien que le tourisme intérieur se soit montré assez solide pour soutenir le secteur, il a été difficile de remédier aux dégâts causés au tourisme suite aux événements Chaâmbi et aux assassinats politiques.

 Pour Ahmed Smaoui,  le thème choisi, pour ces retrouvailles,  « A la croisée des chemins » n’est pas fortuit. « On entame une nouvelle étape. Depuis bien une semaine, nous avons une Constitution qui est une étape importante qui nous éloigne un peu du manque de visibilité ». Cependant, la crise du tourisme n’est pas seulement conjoncturelle : il s’agit en effet d’une crise d’origine structurelle/interne.

tourisme tunisien - L'Economiste -MaghrébinDepuis les années 1990, le marché mondial du tourisme  s’est transformé. Le Tunisien, en contrepartie, n’a pas réussi à suivre le rythme du marché en se cantonnant au mono produit (Soleil/ Mer). En conséquence, les investissements ont stagné depuis 2000 : « Nous avons accordé beaucoup d’importance à la construction d’hôtels. Par contre, nous nous sommes  très peu souciés de la publicité  et de l’approvisionnement des équipements basiques du tourisme. Résultat : nous nous sommes retrouvés  avec un secteur non équilibré,  négligeant terriblement les notions de  marketing et de formation de personnels », a analysé M. Smaoui, ajoutant que « les indicateurs (nombre de lits, nombre d’hôtels, nuitées) ne devraient pas être les seuls indicateurs pour évaluer la performance du secteur touristique. En effet, il serait judicieux d’intégrer des indicateurs sur l’investissement des ressources humaines et l’investissement dans la publicité ».

Pour relancer le tourisme dans un contexte post-révolutionnaire, selon M. Smaoui, il faut  savoir que la stratégie des hôtels construits sur les zones côtières ne suffit pas. En effet, une diversification des produits (tourisme culturel, tourisme de montagne, d’affaires, de campagne et le tourisme durable) permettra de s’éloigner du cliché tourisme de mer, qu’il  ne faudrait pas par ailleurs complètement délaisser.

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