Tunis: Al Massar soutiendra le gouvernement mais restera en alerte

Le tumulte de la Constitution et du gouvernement vient de prendre fin. Après une période de blocage politique, qui semblait interminable, depuis l’assassinat du martyr Mohamed Brahmi, les partis politiques sont arrivés, enfin, à s’asseoir autour de la table du dialogue national.Pour les députés d’Al Massar, il faut s’en réjouir certes, mais cela ne les empêchera pas  de  « dormir
les yeux ouverts ».
Une Constitution représentative de tous les Tunisiens 
L’adoption de la Constitution dans sa totalité, le 26 janvier, avec 200 voix pour, 12 contre et quatre abstentions, n’a laissé personne indifférent. Les félicitations ont déferlé du monde entier concernant le cheminement de la transition démocratique en Tunisie, qu’on ne voyait plus venir, depuis le 25 juillet 2013, date du sinistre assassinat de Brahmi.
Pour les députés d’Al Massar, l’adoption de la Constitution est «  historique ». Les tractations ont fait en sorte que la version finale adoptée soit différente de celle du 1er janvier, « qui laissait voir une volonté claire d’instaurer un Etat théocratique », selon Salma Mabrouk.  Le contenu de la version finale est, pour Samir Bettaieb « moderniste, progressiste et contient beaucoup d’innovations, faisant référence à quelques articles ( 45 et 6) », répondant  ainsi « aux besoins de tous les Tunisiens, car chaque citoyen peut s’y identifier », ajoute-t-il.  S’y identifier, certes « même si ce n’est pas à 100 %, car le texte de la Constitution n’est pas individuel, ce qui est normal si on veut une vraie démocratie », s’est exclamée Salma Baccar, considérant la Constitution comme une vraie victoire, « une victoire qu’il faut célébrer consciemment ».
Mais  si l’adoption a recueilli 90% des suffrages,  les motifs n’étaient pas les mêmes pour chaque bloc. Pour Ennahdha par exemple, il s’agissait de prouver que le parti pouvait exister dans un Etat civil, que le parti était différent de celui des Frères musulmans », explique Bettaieb.

Un consensus grâce à la pression des mouvements sociaux et syndicaux

Ce n’est pas le fruit du hasard si les partis politiques sont arrivés à rédiger un texte consensuel. Pour les députés Al Massar, la société civile a joué un rôle capital, « les mouvements féministes, le sit-in du départ au Bardo et devant l’ANC, les associations des diplômés chômeurs ainsi que les médias ont largement contribué  à l’élaboration de la Constitution, de par leur constance. En effet, la société civile en Tunisie a su montrer une très forte mobilisation, afin de conduire le pays à bon port. Le Quartet, entre autres l’UGTT, a fourni des efforts considérables pour mener  au consensus, via le dialogue national ».
Cela dit, « on ne sait pas si le texte correspondra aux attentes des Tunisiens dans cinq ou six ans, car une Constitution doit évoluer en  fonction de l’évolution de la société », rétorque Bettaieb.

Accorder la confiance au gouvernement, mais …

La désignation du gouvernement Jomaa s’est faite après l’adoption de la Constitution, toujours conformément à la feuille de route dressée par le Quartet. Ce gouvernement jouit de la confiance de 149 députés, malgré des réserves concernant le ministre de la Justice ou des Affaires religieuses.
Comme la Constitution, selon Bettaieb, « ce gouvernement est consensuel. Il possède tous les éléments pour réussir ». Cependant, si Al Massar s’est abstenu sur la composition du gouvernement, la prise de position reste avant tout politique : « Il s’agit d’une prise de position politique, dont le but n’était pas de faire tomber le gouvernement. On ne voulait pas de mésaventure. La composition du gouvernement est critiquable, c’est pour cela qu’il y a des ministres qui vont être suivis et surveillés ».
Pour Bettaieb, le gouvernement Jomaa est une donnée objective et indéniable. Cependant, Al Massar ne  le jugera pas sur ses intentions ou ses dires, mais à l’aune de ses résultats et actions. La réussite du gouvernement dépendra de sa capacité à nous mener aux élections et de la conformité à la feuille de route. « On soutiendra ce gouvernement, mais on restera en alerte ».

 

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