Tunisie : Quels scénarios pour demain ?

« Schismes politiques, culturels et sociaux et recompositions politiques des partis en Tunisie », tel est le thème de la conférence donnée, le 28 janvier 2014, à l’Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain, à Tunis, par Hatem Mrad. Une conférence dans laquelle l’universitaire- il est professeur de sciences politiques à la Faculté des Sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis- a tenté d’analyser le paysage politique tunisien depuis la révolution du 14 janvier 2011.

Un paysage marqué par l’apparition de «  schismes », un terme qu’il a préféré à divisions ou encore à scissions. Pour exprimer précisément ces « ruptures fondamentales », dans les rangs de la société.

Une rupture entre islamistes et laïcs modernistes. Mais pas seulement entre ces derniers. Car, dans les rangs des deux camps des « schismes » sont apparus. Dont certains ont été à l’origine d’actes violents.

Dans le camp des islamistes, par exemple, il n’y a pas- loin s’en faut- qu’Ennahda. Les Salafistes font partie intégrante de la mouvance dite islamiste. Et ces derniers sont composés de Salafistes scientifiques, djihadistes et de Salafistes partisans. Hatem Mrad classe le parti Ettahrir dans cette dernière case. Ce mouvement a présenté même une Constitution qui prône le califat, a souligné l’universitaire.

Ruptures entre « la Tunisie politique et la Tunisie civile »

Toujours côté « schismes », Hatem Mrad, voit également des ruptures entre « la Tunisie politique et la Tunisie civile ». Ainsi, la société civile a critiqué toutes les tendances politiques tunisiennes. Elle a critiqué la « partitocratie » y compris celle qui s’est installée dans les rangs de l’opposition.

L’universitaire évoque, à ce même niveau, le « divorce » entre les Tunisiens et l’ANC (Assemblée Nationale Constituante) : dépassement de la période d’un an, absentéisme, avidité (l’affaire des primes), etc.

« Divorce », aussi, entre les Tunisiens et le gouvernement : insécurité, cherté de la vie, politique de l’enfance, utilisation des mosquées à des fins partisanes… Entre les Tunisiens et le président de la République : attitudes et comportements de ce dernier, respect du protocole…

Autre « schisme », celui dit entre les « régions ». Entre le centre et les régions ; ces dernières pensent être les « dépositaires de la révolution ». Et qui estiment être « oubliées ». Des régions qui revendiquent dignité et développement.

Nomadisme politique

Des « schismes » qui sont, peut-être, pour beaucoup dans les recompositions qui ont suivi les élections du 23 octobre 2011. Ainsi, des partis maintenant bien présents au sein de l’ANC n’étaient pas du PPT lorsque ces élections ont eu lieu : l’Alliance démocratique (8 députés) et Nidaa Tounes (7 députés).

Quels scénarios demain pour des recompositions politiques ? Hatem  Mrad évoque trois scénarios. D’abord, que les choses restent où elles en sont. Comprenez une bipolarisation : Ennahda et Nidaa Tounes, les principaux partis mis en évidence par les sondages.

Ensuite, que ces deux derniers mouvements se coalisent pour gouverner ensemble. Une éventualité que personne n’écarte. A commencer par les intéressés eux-mêmes. « Les choses évoluent. Il y a deux ans, Nidaa Tounes n’existait pas », assure Hatem Mrad.

Enfin, que la dynamique du Dialogue national mène vers un gouvernement d’Union nationale.

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