Tunis – Déclaration de Mahdi Jomaa : En attendant la suite….

« On s’attendait à un discours-programme, on a eu droit à une déclaration d’intention en ce sens qu’aucune mesure concrète n’a été avancée ». C’est l’impression  générale  ou plutôt le jugement dominant exprimé suite à l’intervention, hier à l’Assemblée nationale constituante (ANC), du nouveau chef du gouvernement Mahdi Jomaa. Une déclaration jugée également  sincère, très honnête et reflétant  un courage et une détermination à aller de l’avant non sans avoir corrigé auparavant  la trajectoire suivie par les gouvernements précédents et qui a abouti aux résultats que l’on sait aujourd’hui. Aussi plusieurs messages ont-ils été lancés à l’occasion. Décevants ou insuffisants pour certains et encourageants, prometteurs pour d’autres.

Ainsi on apprend que tous les ministres seront appelés à procéder à des diagnostics de la situation de leurs départements respectifs avant d’entamer un travail en profondeur répondant à la fois aux besoins de l’heure et préparant le terrain pour les réformes de demain. Une approche méthodologique pour l’efficacité mais aussi pour la vérité. Partir de l’état des lieux tel que laissé aujourd’hui, après deux ans de gouvernement de la troïka, pour montrer demain ce qui a  été entrepris.

Côté dossiers, la priorité des priorités sera comme convenu dans la feuille de route du dialogue national, la préparation d’un environnement adéquat pour l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques. Et pour ce faire, plusieurs préalables seront à remplir. Tout d’abord il y a la sécurité à garantir. Aussi a-t-il promis « de faire respecter la loi et d’éviter les appels à la violence entre les adversaires politiques », soulignant qu’ « il n’y a que l’Etat qui puisse protéger la révolution. » En langage diplomatique d’un Premier ministre marchant sur les œufs, cela veut dire primauté de la loi, neutralité des mosquées et dissolution des ligues de protection de la révolution en perspective…Autre signe et non des moindres de la détermination à faire prévaloir la loi, la décision annoncée d’ « œuvrer à la révélation de la vérité sur les assassinats de Chokri Bélaïd  et Mohamed Brahmi  et de traduire les responsables en justice. » Donc non seulement les assassins mais aussi les commanditaires…

Préparer les élections, garantir la sécurité, rétablir l’autorité de l’Etat et également redresser la situation économique. Il n’a pas dit comment, mais ce qui est certain c’est qu’il ne suivra pas la même démarche que le gouvernement précédent qui a cherché à satisfaire les demandes sociales en augmentant les salaires,  en recrutant en masse, notamment dans la Fonction publique, et en accentuant gravement le déficit de la caisse de compensation. Ce qui a eu pour conséquence l’augmentation démesurée des dépenses publiques aux dépens de l’investissement public et le recours à l’endettement sans pour autant que cela ait amélioré le niveau de vie des citoyens, ni contribué à une hausse de la productivité.

Quelle sera alors la démarche Jomaa ? On n’en saura pas grand-chose avant quelque temps. Pour l’heure, il s’est contenté de rappeler la nécessité de réhabiliter la valeur travail, de gagner la confiance des partenaires, d’activer le pacte social, d’instaurer un Conseil national pour le dialogue social, de renforcer le tissu économique, de promouvoir les produits à haute valeur ajoutée, d’encadrer et d’intégrer les demandeurs d’emploi, d’impulser le développement régional et d’améliorer le pouvoir d’achat des citoyens… Des objectifs, parmi bien d’autres sûrement, qui nécessitent une loi de finances complémentaire, l’initiale, par ailleurs fort critiquée, ayant été handicapée par l’annulation de décisions massivement et parfois violemment contestées. En fait, les caisses de l’Etat sont vides ou presque et il manquerait quelque 8 000 milliards pour espérer s’en sortir cette année sans parler des 4 000 milliards à rembourser au titre de la dette. Comment faire pour mobiliser de telles sommes et à quels objectifs seront-elles allouée ? On le saura à n’en point douter prochainement d’autant plus que le nouveau chef du gouvernement a promis la transparence la plus totale.

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