Que peuvent espérer les ouvriers de JAL Group ?

Le nouveau gouvernement composé par Mehdi Jomaa, annoncé hier 26 janvier, saura-t-il relever les défis que pose cette période de transition? Le legs de l’ancien gouvernement est plutôt négatif: situation économique qui peine à se redresser, deux assassinats politiques et des tensions sociales loin d’être apaisées. 

Hier, le 26 janvier 2014,  la journée fut historique pour la Tunisie. Nouveau gouvernement, nouvelle Constitution. A l’ANC, on a chanté l’hymne national, pleuré, on s’est félicité et  pris dans les bras. D’ailleurs, rien qu’à voir l’accolade improbable entre Monji Rahoui et Habib Ellouz- qui a accusé ce premier d’hérésie- on peut comprendre qu’hier n’était pas un jour ordinaire.

Bien que le contenu de la Constitution soit contesté, le texte a été adopté par 200 voix. Dès lors on peut vraiment parler de consensus. Côté gouvernement, il semble bien que les compétences soient au rendez-vous.

Cependant, le gouvernement tant attendu par les Tunisiens, qui ont commencé à perdre foi en la transition démocratique (indicateurs économiques à l’appui) n’est nullement à envier. Une avalanche de dossiers l’attend, dont celui de Jal Goup, un dossier épineux dans le gouvernorat de Bizerte.

Petit rappel : Jal Group, producteur de chaussures de sécurité et leader mondial dans son domaine d’activité, décide de fermer ses unités de productions déployées à Menzel Jemil et Menzel Bourguiba. Au total, 4500 ouvriers se retrouvent sans emploi. Jal  Group s’est dit confronté depuis 2007 à des difficultés financières le contraignant à ne pas honorer ses engagements envers les fournisseurs et les entreprises publiques tunisiennes telles que la STEG, l’ONAS ou encore  Tunisie Télécom. Pour pouvoir continuer son fonctionnement, le conseil d’administration de Jal a exigé de l’Etat tunisien un montant de 12 milliards, que l’Etat lui a refusé.

« Du jour au lendemain, contrairement à toute procédure légale telle que stipulée par le code de l’investissement et le code du travail » l’entreprise a fermé, m’avait expliqué M. Bechir Sahbani, secrétaire général de l’Union des travailleurs tunisiens, chargé du dossier Jal, qui dans une déclaration au Maghreb avait déjà qualifié la situation des ouvriers de « catastrophe sociale ».

Essayant d’étayer les raisons qui le poussent à décrire le dossier de Jal comme « l’un des plus complexes travaillés au cours de sa carrière de syndicaliste », M. Sahbani renvoie l’origine du problème en grande partie à la nature même de l’investissement : «  le fonds d’investissement, encouragé par l’ancien régime » et le cadre légal, qui ne protège pas assez l’ouvrier. « Les lois régissant le travail et la sécurité des travailleurs (produits chimiques, colles etc. ) ne protègent pas les ouvriers. La nature de l’investissement également n’apporte pas de valeur ajoutée pour l’économie tunisienne », a-t-il argumenté.

Cependant, une lueur d’espoir a plané sur le dossier Jal, depuis qu’un repreneur a décidé de redémarrer l’usine en réembauchant 500 ouvriers,  « selon les besoins de l’usine » précise M. Sahbani. LUGTT de Bizerte a déjà signé le 11 janvier une convention avec Jal Group, pour régler la situation des ouvriers n’ayant reçu ni salaires, ni indemnités depuis mai 2013.

Mais force est de constater que malgré les 500 ouvriers qui seront repris, un bon nombre ne verra probablement pas le bout du tunnel… en tout cas pas pour l’instant. «En effet, les postes concerneront surtout la région de Menzel Jemil et non celle de Menzel Bourguiba», déclare M. Sahbani. Qu’adviendra-t-il alors d’Ali, ancien ouvrier de Jalpos, filiale du groupe à Menzel Bourguiba ?

Ali, ancien travailleur de Jalpos, toujours au chômage

« Moi je remercie Dieu », me lance-t-il. «  Un bon nombre d’ouvriers ne peuvent plus faire les chantiers à cause de leurs maladies de dos, je les aide de temps en temps, du mieux que je peux ».

Il n’y a pas seulement les entraides entre anciens ouvriers, des associations dit-on appartenant à la mosquée délivrent des bons de 20 d pour acheter des provisions, cela est fait de manière irrégulière. Il y a aussi les 200 d donnés par le ministère des Affaires sociales, « mais que peut-on faire de cette somme quand on a un loyer de 120 d à payer ?», s’interroge-t-il

Ali fait les chantiers : « je gagne 15 dt par jour, mais je ne travaille pas tous les jours, car il y a des jours où il peut pleuvoir ». Les 15 dt, Ali les dépense pour ses deux garçons, dont le plus âgé a un an. «  Mon argent, je le dépense, entre couches pour bébés, lait et médicaments… vivre au jour le jour est très dur… ».

Mais il y a de pires situations se désole Ali, «  j’attends que la situation se règle mais entre-temps, je vis avec le sentiment que l’Etat m’a lâché ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here