Jalloul Ayed : « Ce que dignité veut dire … »

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Pour l’ex-ministre des Finances, Jalloul Ayed, la dignité c’est tout simplement permettre la création de la valeur ajoutée et du capital. « Le temps des idéologies est révolu. Il faut une nouvelle politique plus réaliste, centriste et scientifique. L’objectif doit être la création de valeur ajoutée pour créer de l’emploi », affirme-t-il.

Encore au stade d’une économie de transformation, l’économie tunisienne n’a pas de fondements solides. Il faut penser à encourager  ceux concernés par l’informel à migrer vers l’économie formelle à travers de nouveaux mécanismes d’incitation comme l’assurance, la couverture sociale…

Là, le rôle de l’Etat est déterminant. L’Etat doit promouvoir et encourager l’investissement privé, notamment dans les régions, parce que « la société est la vraie force d’un pays », précise M. Ayed.

Invité par le Club finance (Atuge) pour animer  une conférence-débat sur « la reforme du secteur financier en Tunisie », Jalloul Ayed a insisté notamment sur le rôle de l’Etat dans la facilitation à l’accès au financement des opérateurs économiques.

« Le système financier doit être efficient. En Tunisie, le système financier ne répond pas aux besoins des entreprises. On n’a jamais élaboré une stratégie exhaustive en la matière», a-t-il précisé.

Et d’ajouter que tout passe d’abord par la volonté réelle à travers l’élaboration d’une stratégie intelligente fondée sur la création du capital, les contrats et le coaching. Pour lui, le capital doit être produit dans le pays sans avoir recours aux capitaux étrangers.

Cette force de frappe économique doit trouver l’accompagnement nécessaire. Toutefois, l’Etat doit par exemple accorder (imposer par la loi) un certain quota de ses appels d’offres publics aux PME/TPE. « L’Etat doit intervenir pour répondre aux besoins  en capital des entreprises lorsque celles-ci n’ont pas les moyens », explique M. Ayed.

Toutefois, le problème pourrait se poser autrement pour certaines PME. Citant l’exemple des établissements hôteliers, Jalloul Ayed a conditionné l’accès des hôtels aux crédits bancaires par la nécessité de l’existence d’un mécanisme de contrôle.

Créer un marché de fonds propres

Comment ? Pour aider à la création de capital et trouver des solutions aux problèmes structurels du système financier tunisien, créer la valeur ajoutée et rattraper le déficit, M. Ayed a recommandé de créer un marché de fonds propres, de procéder à une refonte du cadre réglementaire  et encourager la création d’institution de la microfinance et les microcrédits. « La Bourse ne peut répondre qu’aux besoins des grandes entreprises », dit-il.

La solution ?  Ce serait le capital investissement, mais de quoi s’agit-il au juste ? Vaste et compliqué certes, mais pour Jalloul Ayed, en Tunisie on n’a pas saisi l’importance de ce mécanisme financier.

Bref, c’est un mariage entre la finance et le domaine juridique. Il est composé du capital risque (entreprises en transmission), du capital développement (entreprises en développement) et du capital investissement (entreprises en difficulté). «  En Tunisie, on manque de spécialistes et de ressources humaines. Seulement 15% des crédits vont aux PME qui représentent environ 70% du tissu économique tunisien !  », a déploré Jallou Ayed.

Aujourd’hui, les ratios réglementaires empêchent  les banques tunisiennes de financer les grandes entreprises. « Si j’étais gouverneur de la BCT, je n’accorderais pas d’ autorisations pour la création de nouvelles banques. Les champions nationaux ne peuvent pas être les banques publiques », explique M. Ayed.

« Qui devrait réellement financer les grands projets si les banques n’en sont pas capables ? », s’est interrogé l’ex-ministre des Finances.

Contrairement à l’expérience marocaine où ce sont les banques qui ont développé le système bancaire, en Tunisie, on n’a pas encore créé un marché de capitaux.  Cela a  posé vraiment problème pour la création et le financement des grands projets.

Un marché de capitaux est composé d’un marché primaire  et d’un marché secondaire de taux. Cela permet essentiellement l’achat de bons du Trésor à moyen et à long termes, générer de la liquidité bancaire, le transfert de risque, générer des revenus et surtout l’échange entre différents investisseurs. Toutefois, « on n’a jamais eu de gouverneur qui maîtrise ces mécanismes », affirme Jalloul Ayed qui a mis la bonne gouvernance et la transparence des entreprises comme premier garant pour la réussite d’un système financier efficient. « Aujourd’hui, la BCT doit assumer au moins une partie du risque de change, et ce, à  travers la création de swap en donnant, par exemple, aux Tunisiens à l’étranger des garanties pendant le transfert et des swap à long terme pour les investisseurs étrangers », a ajouté M. Ayed à la fin de sa conférence.

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