Tunisie : Emploi, une revendication majeure non réalisée

crédit photo : afp.com/Fethi Belaid

Bien évidemment tous les chemins ne mènent pas à la réalisation des revendications de « la révolution tunisienne ». Faut-il  toujours le rappeler que le droit à l’emploi  est le premier sur la liste, mais de fins observateurs de la scène politique affirment que le processus révolutionnaire a été dérouté et pour cause les tenants du pouvoir actuellement font la sourde oreille devant les cris de rage qui s’élèvent de partout rappelant le célèbre slogan de «  la révolution tunisienne »: emploi, liberté, dignité.  Que l’emploi soit  indissociable de la dignité dans le célèbre slogan n’est pas étonnant car les jeunes qui l’ont scandé, un certain 14 janvier, ne savaient peut être  pas  que, dans son roman Candide, le philosophe français Voltaire disait : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Bien avant, ce philosophe français,  Il était écrit dans la bible, dans le chapitre Genèse, Dieu, en adressant la parole à Adam : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ».

Qu’elles soient politiques, religieuses, ou philosophiques,   les références qui soulignent l’importance de l’emploi/travail  comme nécessité vitale dans la vie de l’homme ne manquent pas, ce qui conduit à s’interroger sur les raisons pour lesquelles, le gouvernement d’Ali Larayedh a tourné le dos à toutes ces revendications ? À cette question Bechir Tlili, sociologue et enseignant à l’Institut Supérieur des sciences humaines de Tunis nous répond en pointant du doigt le programme du mouvement Ennahdha : «  Tout simplement, parce que l’adoption d’une nouvelle stratégie pour la promotion de l’emploi en Tunisie ne fait pas partie du programme du parti au pouvoir encore moins la réforme de la santé et la réforme de l’éducation » dit-il avec un ton accusatoire en pianotant sur le clavier de son ordinateur portable avant de continuer : «  tout en tournant le dos aux véritables problèmes sociaux, ce mouvement alimente de faux débats notamment sur l’identité et plein d’autres ».

Derrière la « nonchalance » du pouvoir politique face à la  problématique de l’emploi, se cachent deux autres paramètres «  le premier est relatif à la jeunesse tunisienne inconsciente par rapport à l’emploi et voulant à tout prix travailler sans pourtant disposer d’ un minimum de compétence ce qui est le cas d’une  bonne majorité des jeunes tunisiens »  le deuxième paramètre est quant à lui « relatif à l’aspect inhérent  à la problématique étant donné que plusieurs Etats n’ont pas pu résoudre d’une façon radicale ce problème de l’emploi » argumente-t-il.

Les protestations au-delà de leur caractère violent et hostile aux institutions  de l’Etat notamment les recettes des Finances et les locaux du mouvement Ennahdha, se sont caractérisés par des slogans traduisant une nostalgie de l’époque de Ben Ali ce qui indique d’après l’historien tunisien basé à Paris «  l’échec de la Troïka ».
Afin de sonder la situation de l’intérieur, nous avons contacté Salem Ayari, le secrétaire général de l’Union des Diplômés Chômeurs, comme son nom l’indique c’est un organisme qui défend  les droits économiques et sociaux  des diplômés chômeurs. L’organisme en question ne se contente pas de revendiquer  mais organise des formations au profit de ses membres afin d’améliorer leurs compétences.  Autour d’un café dans une ruelle abandonnéede Tunis, notre interlocuteur, fumant sa cigarette affirme que les dernières protestations contre la loi de Finances était attendues et pourraient dégénérer encore et encore. «  C’est le résultat naturel et attendu de la politique d’un gouvernement  qui n’a  aucune relation avec la révolution et ses revendications » dit-il fermement.  «  Traiter la révolution comme un butin de guerre est la cause immédiate des protestations » avance-t-il.

Le jeune secrétaire général nous lance plusieurs questions qui restent sans réponses à ses yeux : où est-il passé le budget alloué au développement régional et à la planification ? De quelle transparence parle-t-on quand il s’agit des dépenses du budget 2012 et 2013 ?

D’après Salem Ayari, les stratégies adoptées par le gouvernement ne laissent apparaitre aucune intention de réforme alors que «  nos statistiques affirment qu’il existe 700 mille chômeurs parmi lesquels 350 mille titulaires d’un diplôme universitaire »s’alarme-t-il. Quelles démarches le prochain gouvernement devraient adopter ? Pour répondre à cette question, M. Ayari expose la vision de l’Union : «  la solution doit se faire à deux niveaux : celui de la fonction publique qui est appelé à distribuer les richesses du pays d’une manière plus équitable et celui de la bataille de longue haleine à mener contre la corruption dans les concours du secteur public » avant de continuer qu’ « un dialogue sur l’emploi et le développement à la fois sérieux et responsable s’impose.

Notre interlocuteur conclut en déclarant que  la réponse à la question : «  quelle stratégie économique pourrait sortir le pays de la situation actuelle ? » devient de plus en plus urgente.

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