Tunisie : échecs partout

Échecs partout : Voilà c’est fait, ils vont quitter le gouvernement. Une décision sage, l’unique, sommes-nous tentés de dire, d’un parcours de deux ans jalonné d’échecs comme l’a d’ailleurs courageusement avoué le prédécesseur du chef du gouvernement actuel.

Leur première déconvenue, sinon la principale, la majeure, en tant que frères musulmans, la plus amère de toutes, a été sans doute l’échec de l’établissement d’un Etat islamiste, jalon de l’ancrage de l’Islam politique dans le pays, mais aussi dans la région MENA (Moyen orient- Afrique du nord). Une approche à même, rêvaient-ils, de remodeler le paysage géostratégique, politique dans la région et par voie de conséquence dans le monde.

L’autre échec est en relation avec leurs alliés et leurs commanditaires, les bailleurs de fonds de la confrérie à l’échelle internationale à savoir les Etats Unis d’Amérique et le Qatar. Deux pays piliers de ce qui a été  qualifié de « printemps arabe !? » qui ont fait preuve de naïveté stratégique et d’une ignorance totale notamment en matière de pensée et d’aspiration des peuples arabes à la liberté et à la démocratie, aveuglés qu’ils étaient par leur obsession, leur entêtement à vouloir réunir Islam et politique alors que l’Occident  a de tout temps séparer l’église de l’Etat. Cuisant échec en Egypte, cuisant échec en Turquie ce « modèle de corruption à suivre » que l’on nous a présenté comme « un radeau de sauvetage » et échec moins cuisant, il faut l’avouer, chez nous où le peuple a rejeté cette idéologie théocratique venue d’ailleurs -et le projet de société rétrograde qu’elle sous-tend – et soutenue par le Qatar, un Emirat tiroir-caisse de l’extrémisme.

Echec d’Ennahdha dans son approche visant à mobiliser la population autour de la réalisation par étapes des objectifs de la révolution : l’emploi, la liberté et la dignité nationale. Bien au contraire, pour l’emploi il n’y en a eu prioritairement que pour ses militants et ses « défenseurs ». Des milliers à être recrutés surtout dans l’administration. La liberté, oui elle a été jusque là acquise mais à quels prix : assassinats politiques, usage de la chevrotine, ligue de la « répression » de la révolution, milice numérique, menaces de tous genres…et surtout liberté d’action pour « nos enfants » extrémistes djihadistes qui « ne sont pas venus  de la planète Mars et qui sont annonciateurs d’une nouvelle culture », celle de la Kalachnikov oui, des bombes, des attentats, des assassinats, des voitures piégées… Ansar Chariaa n’est en fait qu’une composante essentielle d’El Qaida, cette organisation terroriste  qui veut s’installer dans la région et la menace sérieusement à la faveur de la générosité américano-qatarie. Et ce n’est qu’hier seulement que Washington s’en est rendu compte et a décidé d’inscrire Abou Yadh, le chef djihadiste, et deux de ses lieutenants sur la liste des terroristes wanted.

Quant à la dignité nationale, il faut la chercher dans la dégradation de la situation socio-économique partout et plus spécifiquement dans les régions intérieures du pays, longtemps laissées pour compte, et où les conditions de vie se sont davantage dégradées sous le règne des islamistes.

Un bien triste bilan pour les frères musulmans tunisiens qui ont surtout cherché deux ans de règne durant à se faire « rembourser » à occuper le terrain en prévision des élections qu’ils comptent gagner pour rester au pouvoir et en attendant à « gérer » le quotidien. Le pays et son peuple, ils ont en fait un laboratoire pour la confrérie qui a échoué partout. Eux au moins ils vont signer la première constitution du mouvement. Un texte portant quand même les germes de leur idéal et les preuves de leur passage au pouvoir…

Mais c’est sans compter que le tunisien libre et digne, le peuple et sa société civile, cette forteresse inébranlable, seront toujours là pour défendre leurs droits, leurs libertés et leurs vies telles qu’ils les conçoivent et non pas telles que conçues à Washington et imposées par les pétrodollars de Doha.

 

 

 

 

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