Des députées islamistes votent contre l’article 45!

L’Assemblée nationale constituante a adopté, vers la fin de la matinale de la plénière du 9 janvier, l’article 45 du projet de la constitution portant sur les droits de la femme. 127 députés ont voté pour la formule : « L’État garantit l’égalité des chances entre la femme et l’homme pour assumer les différentes responsabilités et dans tous les domaines. L’Etat oeuvre pour réaliser la parité entre la femme et l’homme dans les conseils élus. L’Etat prend les mesures nécessaires afin d’éradiquer la violence contre la femme. »

Avant d’être ainsi votée, cette formule a été modifiée à travers un amendement statuant notamment sur la notion de parité entre la femme et l’homme dans les conseils élus. Les 116 députés favorables à la parité ont célébré leur victoire par le chant de l’hymne national. A ce moment là, plusieurs autres députés, parmi les 40 ayant voté contre, se sont écriés que l’amendement, présenté au départ comme un amendement consensuel par le rapporteur de la constitution et la présidente de la séance, n’avait rien de « consensuel ». Un beau chahut s’est déclenché quand le député de l’opposition Samir Tayeb, ne parvenant manifestement pas à comprendre qu’une femme se soit opposée à l’article 45, a taxé la députée Monia Ibrahim de « folle ».

Femmes tunisiennes en marche le 13 août 2013.
Femmes tunisiennes en marche le 13 août 2013.

Monia Ibrahim, du bloc Ennahdha, après avoir riposté à Samir Tayeb et refusé ses excuses, s’est dit avoir été exclue de la réunion informelle durant laquelle quelque 20 députés femmes avaient formulé l’amendement portant sur la parité. En plus de ce manquement de forme, la députée islamiste, qui a pourtant accédé au statut d’élue du peuple grâce au mécanisme de la parité, s’est longuement expliquée sur le fond de son refus de la parité. « Je suis pour la parité au niveau de la candidature aux conseils élus. Mais je ne vois pas comment les conseils élus seront à moitié composés de femmes ! » Comment Madame la députée ? « La majorité des partis politiques, contrairement à mon parti, n’ont pas les ressources humaines suffisantes pour qu’ils soient représentés par des femmes dans les conseils élus », a-t-elle répondu.

En plus de Monia Ibrahim, l’amendement a été désapprouvée par : Sana Haddad, Kaouther Ladghem et Zohra Smida, toutes membres du Mouvement Ennahdha. Celles-ci rejointes par les nahdhaouies Halima Guenni, Khira Sgairi, Monia Gasri et la députée du courant Al Mahabba Rym Thayri ont rejeté l’article 45 tel qu’amendé.

L’adoption de cet article a mis à mal plusieurs députés hommes des deux partis conservateurs. Colérique, Nejib Mrad, du mouvement Ennahdha a crié haro sur les contenus des articles, appelant carrément au référendum. « Passons la constitution au référendum et ce sera au peuple de décider », a-t-il conclu.

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