Tunisie : « A Kasserine, protester est un devoir ! »

Le gouvernorat de Kasserine a célébré hier, le 8 janvier 2014, la journée du martyr, dans une ambiance extrêmement tendue. La journée a été marquée par des protestations de colère, des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre, des tirs de lacrymogène intensifs et une tentative d’assaut contre le siège du mouvement Ennahdha à cité Ennour.

Kasserine - L'Economiste Maghrébin

 

Mohamed Ali Nasri, député originaire de la région, membre de Nidaa Tounes, a commenté les évènements. Entretien.

L’Economiste Maghrébin : Comment jugez-vous les évènements qui se déroulent actuellement dans votre ville ?

Mohamed Ali Nasri : Les Tunisiens des régions intérieures et notamment ceux qui vivent à Kasserine se sont révoltés contre Ben Ali et l’ont déchu. C’était une révolution contre la marginalisation, la misère, le chômage et la pauvreté. Et tant que la situation est la même, sinon pire, et tant que les causes de la révolution sont encore là, les Kasserinois ont le droit de protester.

Vous dressez là un bilan très négatif ? Le gouvernement assure que le problème est au niveau de l’exécution des budgets de développement

Ce n’est pas vrai. Tous les gouvernements qui se sont succédés après la révolution ont feint d’oublier le gouvernorat de Kasserine et ont ignoré ses 13 délégations. Aucun des budgets programmés depuis 2011 n’a compris des projets du secteur public au profit de la région. Il n’y avait que des aberrations qui ont augmenté la tension. Les gens ont patienté et attendu trois ans. Ils ont attendu déjà pendant plus de 5O ans. Mais il n’ont rien eu. C’est pour cela qu’ils protestent. Ils revendiquent tout simplement leurs droits fondamentaux à la vie et à la dignité.

Depuis trois ans, les gens à Kasserine vous ont choisi pour les représenter. Qu’avez-vous fait pour eux en tant que député à l’ANC ?

A chaque occasion, et surtout lors de l’examen des budgets, nous avons demandé d’appliquer le principe de discrimination positive au profit de Kasserine et des régions défavorisées.  Nous avons appelé le gouvernement à mettre en œuvre des projets du secteur public qui soient capables d’absorber les taux faramineux de chômage et d’améliorer un peu les indicateurs de développement. Mais, à chaque fois, nos demandes se heurtaient à des votes contraires.

Ne craignez-vous pas un dérapage irréversible dans la violence ?

Je lance un appel aux Kasserinois. Protester est notre droit. Protester est même un devoir. Mais ne détruisons pas notre ville.

Envisagez-vous une solution dans l’immédiat ?

En plus de mon appel au calme, je demande à Mehdi Jomaa d’agir dès son accès au pouvoir. Il faut mettre en place un budget complémentaire qui contienne des mesures urgentes de discrimination positive au profit de la région. La situation n’est plus soutenable.

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