« Le pays est au bord de la faillite »

Yassine Brahim, président du parti Afek Tounès, veut créer une nouvelle classe politique en attirant le maximum de compétences et de jeunesse tunisienne vers la gestion des affaires publiques.

L’Economiste Maghrébin Que pensez-vous de la loi de finances 2014 ? 

Bien que partant sur certains volets de bonnes intentions comme le rééquilibrage entre régime onshore et offshore, indispensable à terme pour le pays, cette loi a fini par être un ensemble de pansements par-ci et par-là très mal expliqués à l’opinion publique et surtout présentée en trop grande vitesse à l’ANC, avec un ministre des Finances faisant preuve d’une arrogance dépassant l’imaginable.

Nous ne sommes pas surpris par la réaction actuelle des citoyens et des opérateurs des petites entreprises qui n’avaient pas du tout pris conscience de toutes les nouvelles taxes proposées dans cette loi qui les touche dans leur activité.

De toutes les façons cette loi de finances sera revue par le nouveau gouvernement à mon avis.

L’économie tunisienne est en berne, quelles sont d’après vous les actions immédiates à entreprendre ?

L’Etat doit redonner de la confiance aux opérateurs économiques. Les projets qui sont en berne depuis deux ans doivent repartir. Les bateaux dans le port de Radès ne doivent plus rester en rade. L’autoroute Sfax-Gabès doit reprendre ses travaux, les projets dans les régions intérieures doivent augmenter de cadence. L’Etat doit être efficient et sur ce volet là, le track record de M. Mehdi Jomaa au ministère de l’Industrie est rassurant, il devrait bien refaire partir la machine.

Ensuite, l’Etat doit se faire respecter. Beaucoup de lois ne sont pas appliquées. Le laisser-aller est à tous les niveaux. L’Etat de droit doit reprendre place, sinon les débordements vont devenir insurmontables.

Nos frontières sont devenues plus que poreuses. L’Etat doit donner plus de moyens aux forces frontalières communes Gendarmerie-Armée et augmenter la collaboration avec les pays amis, pour combattre le trafic d’armes et de drogue qui augmente exponentiellement sur nos frontières.

Afek Tounes est partie prenante dans le dialogue national, après le choix de M. Mehdi Jomaa pensez-vous que le dialogue a été une réussite ? 

Dans un environnement international très tendu et un échec flagrant de la plupart des pays ayant vécu les soulèvements de 2011 et 2012, nous pouvons certes juger que la Tunisie n’avance pas vite, mais nous ne pouvons pas considérer que notre Dialogue national est un échec. Tout d’abord, il a été initié pour nous chez Afek Tounes en octobre 2012. Malheureusement, à ce moment là, les deux partis au pouvoir ne voulaient pas siéger avec certains partis… Ensuite, il a été relancé à Dar Dhiafa en avril 2013 et certains pas ont été réalisés à ce moment là, entériné ensuite en mai 2013 avec la société civile. Enfin, il est relancé en septembre 2013, après une année catastrophique vécue par le pays depuis septembre 2012.

Ce n’est pas facile, mais je pense que si le Dialogue National finit par réussir, et je pense qu’il réussira, l’histoire retiendra le rôle important qu’a joué le quartet pour éviter à la Tunisie une sortie violente de cette crise profonde que nous avons vécu durant les deux années de gouvernement de la Troika et de gestion de l’ANC par cette majorité.

Est ce vrai, comme on le dit, qu’Ennahdha a été le grand gagnant de ce dialogue national? 

Je pense qu’il n’y a ni gagnant ni perdant. Ennahdha sort du gouvernement parce ce qu’elle y est contrainte, le pays étant au bord de la faillite financière. Je pense que c’est la raison la plus importante, mais peu de gens l’évoquent. Mais ne l’oublions pas…

L’adoption de projet de constitution avance à grand pas. D’une façon générale pensez-vous que ce projet est le bon ?

Oui, je pense que la société civile et l’opposition ont joué un rôle fondamental pour améliorer depuis plus de 18 mois les diverses versions du projet de constitution. A ce jour, il reste encore des améliorations importantes à apporter surtout en ce qui concerne la justice et les lois transitionnelles qui ne peuvent pas rester liées avec une OPP qui peut changer plus tard. Ce sont les vrais débats des jours à venir.

Si c’était à refaire quelle modification feriez-vous ?

Un référendum pour légitimer la durée comme nous l’avions demandé avant les élections. Une erreur fondamentale a été commise en faisant confiance à Ennahdha lors de la signature du 15 septembre 2011. Tous les malheurs de la phase de transition sont dus pour ma part au non respect de la durée d’un an. Les méthodes de travail auraient été autres.

Certains diront qu’au contraire, cette durée nous a permis de voir ce que veut dire « les islamistes au pouvoir », et que c’est bénéfique pour eux, pour les citoyens et pour nous, pour que nous sachions tous à quoi nous en tenir aux prochaines échéances…

Il est question de constitutionnaliser le pacte social. Est ce le bon choix ? 

Le pacte social est une excellente avancée pour le pays. Il regroupe les organisations syndicales et le gouvernement pour dresser une vision intégrant les besoins de l’économie, les soucis sociaux, qu’ils concernent les travailleurs et/ou les sans emplois et l’Etat qui doit être un facilitateur permettant d’allier création de richesse et sa bonne répartition au sein de notre société. Les gouvernements changeant, les instances des syndicats aussi qu’ils soient patronaux ou des travailleurs, les cartes étant mouvantes, je pense que les pactes sociaux ont besoin d’être constitutionnalisé.

S’il y avait une présidentielle demain, seriez-vous candidat?

Je ne me suis pas inscrit dans l’activité politique avec un « parcours » en tête. Nous redémarrons Afek Tounes sur un projet à long terme consistant à créer une nouvelle classe politique, où nous comptons attirer le maximum de compétences et de jeunesse tunisiennes vers la gestion des affaires publiques. En tant que personne, je serai un des moteurs pour les échéances, au service de mon parti et du camp civiliste, que j’espère voir aller vers ces élections avec UN candidat unique pour les présidentielles et des listes communes pour les législatives. Ce n’est pas gagné, mais nous nous battrons pour!

 

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